Critiques

[CRITIQUE] Festival de Deauville, Acte VIII : « Comancheria »

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David Mackenzie est au cinéma ce que le vin est à l’oenologue, meilleur d’années en années. Après son moyen Rock’N Love, son pas mauvais Perfect Sense et son très bon et surprenant Les Poings contre les murs, le réalisateur britannique revient trois ans plus tard avec son excellent Comancheria. Un western des temps modernes où deux frères braquent les agences d’une même banque pour récupérer les terres familiales et ainsi rembourser la banque avec leur propre argent. A leurs trousses, un duo de shérifs dont un bientôt à la retraite bien décidé à les arrêter.

Comancheria mélange les genres, oscillant entre le drame et le thriller sous fond de western. Le tout avec une bande-son qui est un régal pour les oreilles et le tour est joué.

Le meilleur rôle de Chris Pine ?

Le film repose avant tout sur deux duos qui s’opposent. D’un côté on a Marcus un shérif bientôt à la retraite qui aime charrier son binôme Alberto, un shérif mi-indien mi-mexicain, à base de blagues racistes mais jamais bien méchantes. Tel un vieux couple, ils se chamaillaient, se cherchent mais ne peuvent pas se passer l’un de l’autre.

Et de l’autre côté on a le duo de frère, Tanner et Toby. Diamétralement opposés dans leur caractère et pourtant intimement liés par la même volonté, celle de rendre justice à leur mère décédée et récupérer le ranch familial saisi par la banque. Ben Foster tient le rôle de Tanner, sorti de prison, violent, excessif tandis que Chris Pine campe celui de Toby, plus posé, plus réfléchi et beaucoup moins impulsif que son frère. Deux caractères qui s’entrechoquent et qui les mettent souvent en désaccord pourtant au final c’est bel et bien l’amour fraternel qui règne dans une dernière scène poignante mais loin d’être larmoyante.

D’ailleurs on peut le dire, ce rôle de Toby est probablement le meilleur rôle que Chris Pine ai incarné jusque là. Connu principalement pour jouer dans la saga Star Trek, l’acteur dévoile une nouvelle facette de lui beaucoup plus profonde et intéressante à voir.

Dénoncer les inégalités sur fond de désert et d’armes à feu

Comment ne pas apprécier le film dès les premières secondes avec sa musique texane, le braquage de banque et comment ne pas se prendre de sympathie avec ces deux braqueurs qui, dès les premières minutes, s’avèrent être moins bien préparés qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs ce qui fait le charme du duo, ils ne sont pas professionnels et il font ça pour une bonne raison. C’est d’ailleurs là-dessus que David Mackenzie pointe le film. Les inégalités entre les riches et les banques qui profitent des plus démunis pour s’enrichir encore plus et de cette guerre du pétrole qui leur sera finalement favorable.

Le film semble être hors-du-temps. Bien qu’ancré dans le Texas d’aujourd’hui, ces petites villes reculées et peu peuplées donnent une âme supplémentaire au film qui se confirme comme étant un véritable western des temps modernes. Des villes où les armes à feu se portent comme un sac à main (quoiqu’aux Etats-Unis c’est plus ou moins ça) et où chacun peut faire sa loi à sa guise et se faire justice soi-même (la scène de course-poursuite entre les habitants d’une petite ville et les frères est impressionnante !)

Au final il n’y a ni méchants, ni gentils, juste un système inégalitaire au service des plus riches que Toby et Tanner vont prendre à leur propre jeu en échappant toujours de justesse à la justice. Captivant de la première à la dernière minute, Comancheria tire amèrement sur une Amérique dont la crise économique pousse n’importe quel individu à commettre le pire.

Ma note : ★★★★

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