Critiques

[CRITIQUE] Creepy : Le mal selon Kurosawa

Une enquête policier insolvable, un nouveau voisin étrange et un cadre oppressant. Kiyoshi Kurosawa réussit un joli tour de force avec son nouveau thriller Creepy. Avec peu de moyens, il réalise un polar à l’univers sombre et angoissant, faisant ainsi oublier l’échec de son précédent film Le secret de la chambre noire. Avec son talent inimitable pour le film de genre et une pointe de Park Chan-Wook pour l’intelligence du scénario, Kiyoshi Kurosawa signe un excellent film. 

Après un accident au travail, Takakura abandonne son poste de détective pour devenir professeur en criminologie. Qui dit nouveau travail dit nouveau départ et quoi de mieux qu’un déménagement ? Sauf que le couple va vite découvrir que leur voisin Nishino a un drôle de comportement et tandis que Takakura aide un ancien collègue dans une affaire de disparitions, sa femme Yasuko commence a avoir une attitude de plus en plus étrange.

Kiyoshi Kurosawa, roi de la mise en scène

Toute la tension et l’angoisse du film réside dans de petits détails. Des pièces de puzzle minutieusement et intelligemment dispersées permettent rapidement de comprendre les états d’esprits de chacun des protagonistes. On a d’un côté le couple formé par Takakura et Yasuko, très heureux, très libres aussi et ouverts vers les autres qui n’hésitent pas à sonner chez les voisins pour se présenter. On se retrouve d’abord face à une voisine peu encline à parler puis vient le second voisin. Avec sa maison implantée en arrière, elle représente physiquement l’état d’esprit de cet étrange voisin. Reclus, complètement asocial, Nishino a même un côté presque animalier. Méfiant aux premiers abords, il arrive rapidement à se faire accepter d’abord par le chien du couple, puis par la femme. Seule personne qui résiste, Takakura qu’on suit également dans un autre univers qu’est l’université. Là-bas il y retrouve un ancien collègue qui lui demande de l’aide sur une ancienne affaire : trois membres d’une famille disparaissent subitement sans laisser de traces et en laissant derrière eux leur fille, partie en voyage scolaire à ce moment-là.

On comprend rapidement que cette affaire de disparition et ce voisin sont intimement liés, mais comment ? Le réalisateur nous laisser quelques indices troublants comme le fait que les maisons de Takakura et de Nishino aient la même disposition que celles des personnes disparues. Kiyoshi Kurosawa s’amuse avec la mise en scène de son film entre l’agencement de la maison de Nishino : un endroit lugubre fait de portes closes, de trappes secrètes et de couloirs exigus ou encore les jeux de lumière lorsque la seule rescapée de la famille raconte sa version des faits à l’ancien inspecteur.

Teruyuki Kagawa est l’incarnation parfaite de ce voisin. Un subtil mélange entre beauté et froideur. La caméra capte à merveille celui qui semble être le mal incarné. Dénué de sentiments, de savoir-vivre, les motivations de Nishino restent floues jusqu’au bout. D’ailleurs Takakura explique les différents types de psychopathes lors d’un cours donné à l’Université. A la même manière que Mademoiselle, Creepy est un film à tiroirs où la réponse n’est jamais donné si facilement.

Creepy est l’exemple même qu’il n’y a pas besoin de gros budgets pour réussir à faire un thriller totalement anxiogène et prenant. Avec un casting idéal et un scénario parfaitement ficelé, Kiyoshi Kurosawa nous rappelle à quel point il est un génie dans son domaine.

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