[DEAUVILLE 2017] Jerod Haynes : « Filmer ce film sans aucune violence c’est presque un exploit »

Avec Blueprint, Daryl Wein et Jerod Haynes ont bouleversé le Festival de Deauville. Un film minimaliste au message fort surtout en ces temps compliqués. On se fait un ciné a rencontré l’acteur principal du film Jerod Haynes. Une acteur pied à terre, drôle et au discours intelligent. 

  • Pour Blueprint vous êtes l’acteur principal, le co-scénariste et le co-producteur. Est-ce que c’est la 1ère fois que vus endossez autant de fonctions ? Comment s’est passée cette expérience ?

Oui c’est la première fois que j’endossais plusieurs casquettes mais c’était cool. J’ai un beaucoup de respect pour les scénaristes et les producteurs parce que c’est vraiment un truc énorme qui doit être respecté.

  • Vous l’aviez dit lors de la présentation avant la projection du film, vos amis et votre famille font partie du film. Ont-ils eu leur mot à dire sur le film ? Est-ce qu’ils vous ont aidé dans l’écriture du scénario ?

Oui je leur ai demandé de l’aide dans le sens où on a fait de notre mieux pour rester ouvert et le plus important c’était de donner leur quotidien et leur point de vue vis-à-vis de la société. Nous voulions vraiment montrer les relations parce que le film parle de ces relations. Les relations par rapport au monde, à ta famille, à tes amis… Ils étaient très ouverts à ce propos. Le film n’existerait pas sans eux. Ils ont dit la vérité, leur vérité.

  • Dans le film, la mère de Reggie dit à un moment : « Nous n’avons pas le luxe de nous dire que ça ne nous arrivera pas » concernant les noirs se faisant tuer par des policiers blancs. Est-ce que le film ne serait pas un peu fataliste dans un sens ? 

Qu’est-ce que vous voulez dire par fataliste ? Parce que j’y vois plusieurs significations

  • Le film dégage beaucoup d’espoir surtout à la fin mais d’une certaine manière, il y a une partie plus sombre où on a l’impression qu’on fait un simple constat et qu’on se dit que ça va continuer malgré tout, que dans 10 ou 20 ans il y aura toujours ce même problème. 

Je vais vous dire quelque chose. L’espoir est ce qui nous fait nous lever tous les matins. Dans le film, l’espoir s’est transformé en foi et je pense que c’est pour ça qu’on voit Jerod prendre un tournant dans sa vie et qu’il s’est dit : « je m’arrête de m’apitoyer sur mon sort, j’ai beaucoup plus à gagner » mais je ne vais pas vous mentir, il y a toujours une autre facette, c’est ce qui nous rend complexe, avec la peur, le doute, l’anxiété… C’est ce que ressente les noirs mais plus généralement n’importe qui dans le monde surtout maintenant. Chaque être humain traîne derrière lui cette paranoïa et c’est pour ça que je cherche toujours l’espoir et que je pratique la foi. Je ne pratique qu’à cause de mes doutes, ma peur, mon anxiété, mes désirs, mes besoins… Si on regarde un peu l’histoire, ça n’a jamais cessé. Ca continue d’arriver. Même en ce moment pendant que nous avons cette conversation, ça continue d’arriver. On a tourné l’été dernier mais ça continue encore. Comment vous sentiriez-vous si vous regardiez autour de vous ? Est-ce que ça va s’arrêter maintenant ? On doit trouver un moyen de se dire, comment s’en sortir ensembles ? Comment se rassembler ? Comment créer un dialogue entre la population et les forces de police ? Parce qu’il y a une vraie barrière de la langue. Chaque partie voient les choses différemment.

  • Ce qui est intéressant dans le film c’est que vous ne diabolisez pas les forces de police, vous en parlez seulement à travers la télé qui rapporte les nouvelles du jour. D’ailleurs votre personnage refuse d’utiliser la violence contrairement à ses amis qui ont tous une arme et qui lui en donnent d’ailleurs une pour se protéger mais qu’il refuse d’utiliser malgré tout. Pourquoi avoir voulu traiter de ce sujet sans utiliser la violence, là où d’autres films le font régulièrement ? 

Oh je suis heureux que vous l’ayez remarqué. Donc vous l’avez remarqué ? Ce film n’est pas violent mais les gens pensent au début que le film va être violent parce qu’on a un casting noir, dans les quartiers sud de Chicago et les affrontements entre les noirs et la police donc les gens s’attendent à de la violence. Cependant Daryl et moi nous avons décidé qu’il n’était pas utile de montrer de la violence. On sait que ça arrive. Nous voulions aborder le côté psychologique. Le plus important c’est l’histoire racontée, créer de l’empathie. Cette communauté est composée de personnes avec des sentiments mais aussi des blessures et ne savent pas comment gérer tout ça. C’est pour ça qu’on a appelé le film Blueprint (un projet, un plan en français) car il n’y en a pas. Lorsque ses amis lui donne une arme c’est pour qu’il puisse se protéger puisque les forces de l’ordre qui sont censées le faire ne le font pas mais Jerod refuse et se dit qu’il se passera ce qui devra se passer. Le revolver ne le protègera pas et il se dit : « non ce n’est pas moi ». Filmer ce film sans aucune violence c’est presque un exploit et j’espère que les gens le verront et le comprendront. Tous les films sur les noirs n’ont pas besoin d’être violents.

  • Plus généralement, à votre avis qu’est-ce qui pousse certaines personnes à devenir violentes envers les autres et dont les forces de l’ogre alors que d’autres préfèrent ne rien faire ?

Je ne sais pas si je suis d’habilité à répondre à cette question mais je peux vous dire une chose, en tant qu’être humain, je peux comprendre ce comportement. Si vous laissez dans le coin un lapin il va devenir violent c’est normal. Quand les gens sont blessés, on ne peut pas leur dire comment réagir. Je pense que personne sur cette planète ne sait comment réagir face à la douleur. C’est pour ça que le suicide est réel, que la violence est réelle. Il y a une différence entre être en dehors de la cage au lion et être à l’intérieur. On peut-être à deux centimètres de la cage, ce ne sera jamais la même chose que si nous sommes à l’intérieur même si le lion est à l’autre bout, les réactions ne seront pas pareilles. En tout cas ce que j’espère c’est qu’on puisse plus discuter et échanger et qu’on deviennent tous égaux et qu’on arrivent à régler ça ensembles. Et je pense que les choses ne changeront pas tant que ceux qui sont affectés ne parleront pas.

  • Maintenant que Donal Trump est président et avec tous les terribles événements qui se sont passés et qui continuent d’ailleurs de se passer, comment cela change votre façon de travailler ? Et surtout avec ce film qui va bientôt sortir, est-ce qu’il a maintenant une autre signification ?

Je pense que c’est notre travail à nous les artistes de raconter des histoires. Je me vois comme un traducteur. Je veux montrer aux autres que oui ça aussi ça existe. Tout ce que nous faisons en fait c’est de mettre un miroir et de dire tout simplement : « Ca c’est nous ». Après on est d’accord les imperfections sont ce qui te rendent parfait mais personne n’est parfait mais il y a certaines imperfections qu’on ne peut pas se permettre d’avoir. Maintenant nous voyons les choses de manière différente. Mais je pense que c’est moment pour tout le monde, moi-même ainsi que vous d’utiliser notre voix pour parler et se rassemble et essayer d’arranger les choses. Il faut qu’on se réunisse. Vous savez, un ami m’a dit une fois : « Nous nous rassembleront que le jour où la planète sera envahie par les aliens ! » (rires). Mais oui ça nous affecte forcément tout ça, nous sommes le miroir et nous faisons en sorte d’essayer de faire progresser la société.

  • Et enfin la question « OnSeFaitUnCiné ». Si vous deviez nous emmener au cinéma, quel film voudriez-vous nous montrer et pourquoi ?

Oh c’est facile, Blueprint (rires) !

-Excepté Blueprint !

Il y a deux films. Get Out et Forrest Gump. Forrest Gump car la perception est qu’il a des problèmes mentaux alors que ce sont tous les autres qui ont des problèmes mentaux. Il est ce que nous rêverions d’être. Maintenant avec la société actuelle, les réseaux sociaux, twitter, Instagram… Tout le monde cherche la reconnaissance alors que lui non. Il veut juste rendre les gens heureux. Je pense que Forrest Gump restera un film très puissant pour toujours. Et Get Out parce que Jordan Peele a fait un film très clairvoyant. Ce n’est pas seulement une question de racisme mais également de classes sociales. Maintenant ce n’est plus la couleur, c’est l’argent. L’argent est le nouveau racisme. Regardez Donal Trump, il parle à ceux qui sont riches. Toi là, Donald Trump ne te parle pas. Je pense que Get Out arrive à pointer du doigt la culture américaine mais pas que, celle du monde entier. Get Out est fait pour te rendre mal à l’aise et c’est pour ça que je l’adore.

Retrouvez Jerod Haynes sur Twitter (@mrjerodhaynes) et sur Instagram (@jerodhaynes)

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