[CRITIQUE] Blade Runner 2049 : Un sequel digne de ce nom

Décidément, le top 10 de cette année va être compliqué à faire et il serait fort agréable de la part des hautes sphères cinématographiques d’arrêter de sortir toutes les deux semaines un film qui bouleverse tout notre top 10. Chaque fin d’année, Denis Villeneuve aime bien débarquer sans prévenir pour nous jeter à la figure un bon film, parfois même des chefs-d’oeuvres que ce soit Sicario (qu’on mettra dans la catégorie des bons films) fin 2015 ou Premier Contact (qui celui-ci file directement parmi les chefs-d’oeuvres) fin 2016. Et en s’attaquant à Blade Runner 2049, suite du visionnaire -et au passage chef d’oeuvre, Blade Runner de Ridley Scott, Denis Villeneuve n’a pas eu peur de s’imposer un sacré challenge. Alors réussi ou pas ? 

Que s’est-il passé depuis Blade Runner ?

2022, un blackout plonge les Etats-Unis dans un chaos inédit. La nourriture se fait rare, le système climatique est en plein déclin et toutes les données informatiques sont soient effacées soit corrompues ce qui entraîne le monde des finances dans une chute inexorable. Evidemment, les Réplicants sont pointés du doigt et un an plus tard, Niander Wallace entre en scène. A la tête de la Wallace Corporation, il rachète ce qu’il reste Tyrell Corporation en 2028 avec la fortune qu’il s’est fait en créant de la nourriture génétiquement modifiée. En 2036, l’interdiction de possession d’androïdes est levée, Niander Wallace a donc tout le loisir d’introduire ses nouveaux Réplicants, plus dociles : les Nexus 9.

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Nous voilé désormais en 2049, la misère est à son apogée et les tensions entre humains et Réplicants est de plus en plus forte. C’est dans ce contexte qu’on découvre l’officier K, Blade Runner effacé mais efficace, chargé d’éliminer les androïdes récalcitrants. Cependant suite à ce qui devait être une banale affaire de plus, l’agent K se retrouve traqué à son tour. Son seul espoir pour découvrir le fin mot de cette histoire ? Retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner disparu depuis des décennies.

Une suite fidèle sans être copiée/collée

On sait à quel point il est compliqué de s’atteler à la suite d’un film culte. Nombreux sont ceux qui s’y cassent les dents en voulant réaliser un film mieux que son prédécesseur mais Denis Villeneuve a eu l’intelligence de poser ce postulat de départ : « Quoi que je fasse, je serai toujours comparé à l’original et mes chances de succès sont très minces« . De ce fait, le réalisateur se déleste de ce poids de devoir faire aussi bien que le précédent et réussi ce joli tour de force de s’approprier l’univers tout en gardant l’essence même de Blade Runner.  Le Los Angeles de 2049 rappelle vaguement celui de 2019 mais en beaucoup plus sombre et sordide. La pluie constante, la pauvreté, les rues malfamées et ces blocs de bétons sans âmes qui servent d’immeubles… Les seules touches de couleurs se retrouvent dans ces hologrammes grandeur nature qui semblent d’ailleurs être la seule source de plaisir de cette société, appelée Joi, elle est tout ce que vous voulez et dit tout ce que vous voulez entendre.

Dans cet univers SF on aurait pu craindre à une surdose d’effets spéciaux maintenant que les nouvelles technologies le permettent mais Denis Villeneuve fait du Denis Villeneuve c’est à dire un style épuré, jamais dans l’excès. Quelques touches d’effets spéciaux savamment dosés comme il a su si bien le faire dans Premier Contact et ouf, on évite l’overdose !

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La photographie sublime encore plus les décors dans des jeux de lumières tantôt aveuglantes, tantôt sombres et poussiéreuses. On retiendra cette scène de l’agent K dans un Las Vegas à l’abandon qui est d’une beauté renversante.

Ainsi Blade Runner 2049 respire à plein nez les traits et le coeur même de Blade Runner en s’autorisant quelques libertés pour faire de Blade Runner 2049 non pas « une suite de Blade Runner » mais bien un film de Denis Villeneuve à part entière.

Une première partie qui prend (trop ?) son temps

Et parce qu’il fallait bien lui trouver une petite aspérité à ce Blade Runner 2049, on parlera de cette première partie du film. Déjà première appréhension lorsqu’on découvre que le film dure 2h30. Faire tenir le spectateur sur une aussi longue durée est un pari quasi impossible. Le réalisateur québécois y arrive dans l’ensemble même si la première partie se veut bien trop contemplative au regard de son personnage principal. On le suit chez lui, au boulot, de nouveau chez lui puis de nouveau au boulot, bref rien ne bouge réellement dans cette première partie qui fait plus le constat d’une société à la dérive qu’autre chose.

Un scénario qui évite la simplicité

Cependant l’histoire arrive à s’installer au fur et à mesure notamment grâce à cette nouvelle mission qui va bouleverser toutes les idées de l’agent K, une trame de scénario qui n’est pas non sans rappeler celle de Blade Runner et de Rick Deckard. Je n’en dirais pas plus sur ce point-là pour ne pas spoiler quelques idées du film. Dans tous les cas, Denis Villeneuve arrive à éviter les facilités de scénario (même si à un moment on a eu un peu peur) tout en ponctuant son film de rebondissements, plutôt habile et malin jusqu’à ce final assez évasif au fond qui pourrait peut-être laisser croire à une suite (en tout cas tous les éléments pour son présents).

Un casting 5 étoiles, mais inégal

Ryan Gosling (La La Land), Harrison Ford (bah Harrison Ford quoi), Jared Leto (Dallas Buyers Club), Dave Bautista (Les Gardiens de la Galaxie)… Denis Villeneuve a réuni du très beau monde que ce soit du côté masculin que féminin notamment Robin Wright mais qui apparaissent de manière inégale et parfois infondées. Je n’évoquerai pas le cas Harrison Ford pour vous laisser la surprise mais on peut se poser des questions concernant le cas Jared Leto. Après quelques minutes d’apparitions dans Suicide Squad, rebelote dans Blade Runner 2049 où le méchant de l’histoire n’est pas tellement là et n’apporte aucune plus value au film. D’ailleurs à la fin du film il semblerait qu’il est complètement disparu. Dommage sachant que Jared Leto s’implique énormément dans chacun de ses rôles (pour le rôle de Niander Wallace, l’acteur a réalisé toutes ses scènes avec lentilles l’empêchant de voir). Ryan Gosling est sans aucun doute l’un des acteurs de l’année avec cette inexpressif caractéristique d’un robot qu’on observe dans Blade Runner 2049 mais qui s’adoucit au fur et à mesure notamment grâce à Joi, cet hologramme avec qui il a une relation ambigüe. Un hologramme joué à la perfection par Ana de Armas et à qui on ne rend pas assez compte parce qu’elle réalise un sacré travail d’expressions dans ce film. Harrison Ford quant à lui nous prouve qu’il en a encore sous le pied et fera sans aucun doute plaisir aux plus nostalgiques d’entre nous.

BLADE RUNNER 2049

Le cas Zimmer

Et pour compléter cette superproduction américaine, Denis Villeneuve a fait appel au compositeur du moment qu’on a d’ailleurs retrouvé dans le récent Dunkerque. Il faut savoir que le premier choix était Jóhann Jóhannsson avec qui il avait déjà collaboré pour Premier Contact notamment. Et il est simple de faire le parallèle entre ces deux films puisque là où Premier Contact avait quelque chose de subtil, Blade Runner 2049 tambourine à tout va. Des basses, du bruit en veux-tu en voilà à croire que c’est le concours de celui qui crie le plus fort. Parfois ça fonctionne, d’autres moments on frôle le mal de crâne. Alors à trop vouloir mettre Zimmer à toutes les sauces est-ce qu’on ne risque pas  l’overdose du spectateur ?

Pour conclure sur ce qui est là probablement le film de science-fiction de l’année, Blade Runner 2049 s’inscrit aussi dans le thriller presque onirique et Denis Villeneuve réussit le pari haut la main de succéder à Ridley Scott avec une suite digne de ce nom, visuellement plus qu’alléchante sans paraphraser ce qui s’avère être le film d’une décennie (voir plus), sans dénaturer le propos et en imposant sa touche personnelle pour nous offre au final une oeuvre à la fois grandiose et intimiste.

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, Etats-Unis, 2017, 2h31
Sortie le 4 octobre

2 commentaires sur « [CRITIQUE] Blade Runner 2049 : Un sequel digne de ce nom »

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