[CRITIQUE] Call me by your name : Un chef-d’oeuvre sensuel

Un futur classique, un futur chef-d’oeuvre. Luca Guadagnino cristallise les émois d’un premier amour, un amour d’été, un amour qui va tout changer pour Elio et Oliver. Libre adaptation du roman éponyme d’André Aciman, Call me by your name est un petit bijou de sensualité et d’émerveillement qui devrait faire des ravages (on espère) à la prochaine cérémonie des Oscars. 

Ah le premier amour. Celui qui vous met des papillons dans le ventre, celui qui vous fait sentir vivant, fou, celui qui vous fait regarder votre montre toutes les deux secondes en attendant le prochain rendez-vous. Mais le premier amour c’est aussi les premiers sentiments, les premières hésitations, les premiers questionnements sur sa sexualité. Et c’est ce déferlement d’émotions que va subir le jeune Elio, 17 ans. En vacances avec ses parents dans le nord de l’Italie, sa vie va se retrouver chamboulée à l’arrivée d’un étudiant préparant son doctorat : le charismatique Oliver. Une méfiance qui va se transformer en amitié pour devenir quelque chose de beaucoup plus intime.

L’amour à l’état pur

Il serait réducteur de qualifier ce film de « simple romance homosexuelle » – même si le film a été salué par la communauté LGBTQ+ et a remporté le Grand-Prix Chéries-Chéris 2017 (un festival célébrant la communauté LGBTQ+ à travers une sélection de films et de cours-métrages), parce qu’avant l’arrivée d’Oliver, Elio apprécie la ravissante Marzia interprétée par la frenchie Esther Garrel mais Elio n’y connaît rien à l’amour. Il est hésitant, d’ailleurs il en faire part à ses parents. Mais quand Oliver débarque, un jeu du chat et de la souris s’installe petit à petit entre eux. Elio s’éloigne de Marzia pour se rapprocher dangereusement d’Oliver.

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Une relation amoureuse à remettre dans le contexte puisque toute l’action du film se déroule dans les années 80. Une romance discrète, à l’abri des regards où tout passe par des échanges visuels, des non-dits dont cette scène tout en plan séquence où Elio avoue à demi-mot ses sentiments pour Oliver. Mystery of love entonne Sufjan Stevens qui vient sublimer cette histoire d’amour de sa voix envoutante. Le mystère qu’est l’amour, ses questionnements qu’il engrange… D’ailleurs il faut saluer le travail du réalisateur qui nous offre une BO digne des plus grands films avec des morceaux magnifiques alternant entre le piano, des chansons festives des années 80 et cette chanson « Words » de F.R David qui résume à elle seule la complexité qu’est l’amour. Call me by your name n’est pas une histoire d’amour, c’est l’histoire de l’amour. Le plus pur, le plus viscéral qu’on puisse ressentir puisque c’est le premier. Doucement mais sûrement, comme un rayon de soleil d’été venant vous caresser tendrement la peau, Luca Guadagnino nous embarque dans une histoire exacerbant chacune de nos plus profondes émotions pour nous transporter, nous bouleverser. En touchant ainsi la corde sensible qu’est l’amour -sans superflus ni pathos, le film arrive facilement à toucher un large public allant ainsi au-delà du sexe et de l’orientation sexuelle de chacun. Le tout est de se souvenir de cette marque indélébile que laisse l’amour sur vous.

Une sensualité renversante

Mais ce qui fait basculer Call me by your name dans le chef-d’oeuvre ce sont les interprétations magistrales d’Arme Hammer (Oliver) et Timothée Chamalet (Elio). Une amitié qui s’est développée avant le tournage du film et qui, d’une façon totalement incroyable, transparait à l’écran d’une manière puissante et dévastatrice. Les échanges de regards, les chamailleries, les balades à vélo, le premier baiser. Jamais un duo n’aura aussi bien fonctionné à l’écran. Jamais dans la précipitation, le réalisateur aime nous faire languir. Tantôt ils s’aiment, tantôt Oliver l’ignore jusqu’à ce moment fatidique où l’été s’achève… Le talent d’Armie Hammer (vu récemment dans Free Fire) s’exprime enfin dans un rôle sur mesure, complexe et vulnérable se complétant ainsi parfaitement avec la révélation, que dis-je, cette bombe atomique qu’est le jeune Timothée Chamalet brillant de justesse et de douceur. Une mention spéciale également aux parents d’Elio (joués par Michael Stuhlbarg et Amira Casar) qui viennent apporter encore plus de douceur au film en prenant le contrepied avec des parents affectifs envers leur fils et qui le pousse à être celui qu’il veut devenir. A croire que Luca Guadagnino veut nous créer juste une parenthèse totalement magique et dénuée de mauvaises ondes.

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Tout n’est que sensualité dans ce film, tout en finesse et loin de n’être que du sexe ni de la romance non. Le lieu, la musique, l’atmosphère tout est empreint de cette magnifique sensualité qui se ressent dès les premières minutes du film pour ne plus nous quitter. Les scènes de sexe entre Elio et Oliver sont urgentes, désireuses mais aussi extrêmement pudiques. En imposant volontairement un tempo lent à son film, Luca Guadagnino veut être certain de marquer le spectateur et c’est ce qui fait le charme du film. La sensualité se retrouve dans chaque recoin de ce film.

Jusqu’à cette scène de la pêche qui deviendra forcément mythique et marquera longtemps les esprits. Moment charnière du film, elle exprime sans aucune parole la fougue mais aussi les craintes d’Elio que ce soit envers lui-même ou Oliver.

Call me by your name achève un triptyque entamé avec Amore en 2010, suivi de A Bigger Splash l’année dernière. Tous les trois abordent l’amour, le désir comme vecteur mais aussi destructeur. Mais comment appréhender ce désir lorsqu’on a que 17 ans ? En le vivant totalement, pleinement. Malgré cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes prête à nous achever une fois l’été terminé, on vit avec Elio, on désire, on s’y frotte, on s’y brûle jusqu’à en perdre la raison. C’est ça, Call me by your name nous fait perdre la raison. Nous fait aimer ses personnages si profondément qu’on en ressort différent.

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Le sourire aux lèvres après s’être imprégné de cet été 83 sous le soleil sicilien mais aussi le coeur en morceaux et pourtant, et pourtant… Le discours du père d’Elio est la lueur d’espoir, ce rayon de soleil qui nous manquait tant sous cette épaisse neige hivernale (le temps a passé depuis le départ d’Oliver) pour donner tout son sens au film. « Nous n’avons qu’un corps et qu’un coeur » alors chérissons-les même si parfois c’est dur, même si parfois ça fait mal parce que la seule façon d’avancer dans la vie et de se sentir pleinement vivant et de se faire frapper de plein fouet pour la joie et la douleur.

Et c’est exactement ce que nous inflige Luca Guadagnino avec son film, autant de joie que de douleur… afin d’en ressortir de là plus vivant que jamais. Call me by your name est un chef-d’oeuvre d’une beauté, d’une pureté rare. Un véritable concentré d’amour et de vie. On ne se contente pas de regarder Call me by your name, non on se laisse envoûter, on aime, on souffre, on exulte et vous savez quoi ? On en redemande encore et encore.

Call me by your name de Luca de Luca Guadagnino. Avec Armie Hammer, Timothy Chalamet… 2h11
Sortie le 28 février 2018

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