Critiques

[CRITIQUE] Moi, Tonya : Peut-on vraiment rire de tout ?

Moi, Tonya était une des grosses attentes de ce début d’année qui voit débouler dans les salles obscures très souvent les meilleurs films de l’année (merci la course aux Oscars). Déjà couronné par trois prix pour Allison Janney en tant qu’actrice dans un second rôle, le film de Craig Gillespie va essayer de rafler la mise aux Oscars où il concourt pour Meilleure actrice (Margot Robbie), Meilleure actrice dans un second rôle (Allison Janney qui a clairement toutes ses chances), et Meilleur montage. Cependant, malgré les critiques dithyrambiques, certains aspects du film dont les violences qu’a subi Tonya Harding peuvent prêter à un coup de gueule. Est-ce qu’on peut vraiment rire de tout ? Surtout en ce moment ?

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Vrai faux biopic « tiré d’interviews dénuées d’ironie, grandement contradictoires et totalement vraies de Tonya Harding et Jeff Gillooly », Craig Gillespie pose les fondations dès le départ. Ce film sera loin d’être un biopic formel, bien plus à l’image de la patineuse et sa vie absolument rocambolesque de sa jeunesse à cette fameuse affaire d’agression de Nancy Kerrigan.

Promise à un brillant avenir dans le patinage artistique, seule femme à avoir réussi le triple axel, Tonya Harding est un personnage que les médias américains ont adoré. Avec une mère tyrannique depuis sa naissance (jouée par une Allison Janney absolument électrisante), Tonya a appris à se battre pour s’en sortir et loin des carcans qu’imposent la discipline (de la grâce, des costumes aux prix exorbitants, de la musique classique…), la jeune femme s’est rapidement retrouvée du mauvais côté de la patinoire, les jurés préférant l’élégance de sa rivale Nancy Kerrigan que le côté brut et populaire assumé de Tonya (sa performance sur Sleeping Bag des ZZ Top). Ajoutez à cela une galerie de personnages tous haut en couleur que ce soit son mari (Sebastian Stan) aussi attachant qu’il est séducteur, redneck et violent, le menteur invétéré Shawn Eckhardt (Paul Walter Hauser) ou la méconnaissable Julianne Nicholson dans le rôle de la coach de Tonya.

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Derrière ce film, c’est avant tout le portrait d’une femme que la vie n’aura jamais épargné que ce soit sa mère, son mari, la profession, l’Amérique ou elle-même. Une anti-success story qui alimentera les tabloïds américains pendant des mois portée par une Margot Robbie impeccable et impliquée mais là où le bas blesse – et qui empêche d’apprécier pleinement ce moment de cinéma – est le traitement de la violence dans ce film. Malgré un côté absolument décalé et absurde à la Coen assumé du début à la fin, le manque de recul et de jugement vis-à-vis des violences qu’a subi la jeune femme de la part de son mari est consternant.

Car non, sous couvert d’humour noir, la violence contre les femmes n’est pas un sujet dont un peu en rire. Certainement pas lorsqu’elle reçoit une petite claque, qu’elle se fait exploser le visage contre un miroir ou qu’elle se prend le ricochet d’une balle que son mari vient de tirer (alors qu’il a une injonction du tribunal l’interdisant de s’approcher d’elle à moins de 300 mètres). Mais si c’est drôle alors ça va, si Margot Robbie casse le quatrième mur en s’adressant directement au spectateur lui disant que c’est de l’amour ou du romantisme alors c’est censé passer. Alors non, montrer des violences domestiques sur fond de musique pop des années 70 n’est pas acceptable (tout comme le fait de rire de la violence exercée par sa mère sur elle lorsqu’elle était jeune).

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Et même si cet aspect ne s’étend même pas sur la moitié du film, ce point de vue empêche d’apprécier pleinement ce qui devait être un biopic complètement déluré, pop et aussi électrique que la femme qu’est Tonya Harding, passée de superstar des patinoires à boxeuse, désormais plus connue pour ses sextapes et l’affaire Kerrigan que pour les merveilles qu’elle a effectué sur glace.

2,5 étoiles

Moi, Tonya de Craig Gillespie. Avec Margot Robbie… 2h
Sortie le 21 février

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