Critiques

[CRITIQUE] How to talk to girls at parties : Never mind the Buzzcocks

L’imaginaire de Neil Gaiman semble infuser de plus en plus les écrans. Après Coraline et American Gods, le public peut enfin découvrir How to talk to girls at parties, une adaptation d’une nouvelle de l’auteur britannique réalisée par John Cameron Mitchell.

Difficile de bien représenter la fougue et l’énergie punk via un écran de cinéma. Difficile d’égaler les uppercuts distordus assénés par Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Ballet) ou les violentes fulgurances de Tueurs nés. Mais soyons clair, ce n’est pas ce qui intéresse le réalisateur, John Cameron Mitchell. Selon ses propres dires, il voulait plutôt « faire un film pop sur l’amour ».  Et c’est bien une œuvre haute en couleur que nous offre le cinéaste anglais.

A Croydon, en 1977, Enn et ses deux amis sont des losers parmi les marginaux. Personne ne s’intéresse réellement à eux, et encore moins à leur fanzine. Après un concert, les trois garçons se retrouvent à frapper à la porte d’un étrange manoir habité par des aliens. Les locataires habillés en latex multicolore pratiquent une danse collégiale chorégraphiée. Parmi ces extra-terrestres au look de sci-fi vintage se trouve Zan (Elle Fanning) qui compte bien suivre les trois amis pour découvrir le monde des terriens, ses mœurs et ses rébellions.

Le film commence en transpirant l’esthétique punk par tous les pores, et nous présente l’environnement dans lequel évoluent les personnages : Croydon, ses briques rouges et ses concerts underground. Tout sent la bière et le parquet qui colle. Puis en entrant dans le manoir des extra-terrestres, le métrage opère un changement stylistique et nous plonge dans une atmosphère de galerie d’art contemporain sous fond de krautrock. Le film continuera ces ruptures visuelles tout le long, allant même jusqu’à invoquer une version baroque des visions hallucinées d’Altered States (de Ken Russell) dans une scène de concert endiablée. C’est d’ailleurs pendant cette scène que Enn contaminera Zan avec le virus de la révolte et que l’on comprendra les réelles intentions des aliens.

La métaphore sous-jacente qui irrigue le récit apparaît assez rapidement. On décèle tout de suite que les mœurs des extra-terrestres représentent le conservatisme de l’Angleterre dans laquelle vivent Enn et ses amis, les figures d’autorité aliens portant des imperméables aux couleurs de l’Union Jack. Le parallèle allant même jusqu’à représenter la Reine dans une figure démiurgique androgyne tout de blanc vêtue. Zan, dans sa volonté de briser les règles établies par ses aînés, arrivera à trouver une nouvelle voie, celle du cœur, et ainsi entraînera la chute d’un système millénaire en le détruisant de l’intérieur.

« LE PUNK, C’EST DU BLUES QUI SE BARRE EN COUILLES »

Si le point d’orgue reste la séquence du concert, le film regorge de trouvailles visuelles, la plus amusante étant l’extra-terrestre avec un double majeur, sorte de double doigt d’honneur à l’establishment. La mise en scène de la romance entre Enn et Zan offre des moments de douceurs captivants et les conflits internes qui animent les personnages sont retranscris avec justesse. On jubile devant les excentricités des extra-terrestres et la flamboyance du personnage de Nicole Kidman, sorte de guerrière moderne aux répliques qui font mouche. Mais même si le film propose un récit distrayant et un sous texte intéressant quoique facile, le tout reste un peu vain. On aurait aimé plus de fureur dans cette quête initiatique gentiment subversive. Car en délaissant la fantaisie rock’n’roll de la mise en scène pour l’injecter dans sa narration plutôt bordélique, John Cameron Mitchell laisse son spectateur sur sa fin. Mais finalement, est-ce que ce n’est pas ça, l’esprit punk ? S’affranchir des codes sans s’occuper du reste ?

How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell. Avec Elle Fanning, Alex Sharp… 1h42
Sortie 20 juin

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