[CRITIQUE] Sauvage : Amèrement suave

La Semaine de la critique recèle très souvent de jolis morceaux de cinéma et a largement confirmé son statut de dénicheur de perles que ce soit avec Grave (Julia Ducournau), Ava (Léa Mysius) ou encore Oh Lucy ! (Atsuko Hirayanagi). Et cette année le film qui a fait trembler la Croisette est français cocorico ! Premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet, Sauvage cache plutôt bien son jeu derrière son pitch aussi simple qu’il est brut de décoffrage : un jeune homme de 22 ans qui se prostitue pour (sur)vivre cherche désespérément l’amour sans jamais le trouver.

Nous allons de surprise en surprise avec Sauvage, quel paradoxe qu’est ce film. Aussi doux qu’il est âpre, aussi tendre qu’il est violent… Le long-métrage de Vidal-Naquet est absolument sans concession – au sens propre comme au sens figuré -, plongée intimiste au coeur de la prostitution masculine à travers Léo, un jeune homme de 22 ans qui enchaîne rencontres sur rencontres alors que le garçon est clairement en recherche d’amour. Il craque d’abord pour Ahd, un autre jeune homme qui se prostitue mais qui ne l’aime pas en retour – il le clame même haut et fort, il n’est pas gay – et cherche juste un homme plus âgé pour se sortir de cette galère. Ensuite il s’éprend pour un autre garçon avant de se résigner – plus ou moins – à vivre aux crochets de Claude. Sauf qu’entre-temps, Léo galère pas mal entre des rencontres qui ne finissent pas toujours bien, un organisme qui le lâche à petit feu et cette envie consumante de connaître l’amour avec un gigantesque A. Un trop plein de sentiments qui joue de mauvais tours à Léo, le menant de désillusion en désillusion. 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Vidal-Naquet ne passe pas par quatre chemins. Complètement brut de décoffrage, le film se permet d’aller là où personne ne va jamais – le terrain de la prostitution masculine bien plus tabou que la féminine – avec une attention et un regard profondément humain, jamais moralisateur sur ces hommes tapis dans l’ombre à la lisière de la forêt, survivant comme ils peuvent, chacun avec sa personnalité entre un qui cherche l’amour, l’autre l’argent ou encore un autre qui fait ça pour le plaisir. La caméra filme les corps aussi abruptement que sensuellement dans des scènes aussi torides que violentes – aussi physiquement que psychologiquement -. Et au coeur de ce déchaînement corporel, une lueur d’espoir pour Léo, celle d’aimer et surtout d’être aimé en retour : par un homme surtout, mais même la moindre marque d’affection lui conviendra – cette longue étreinte entre Leo et le docteur qui le soigne – et tant pis s’il doit être roué de coups pour y parvenir, il s’accroche jusqu’au bout.

Sauvage est une formidable pépite du cinéma français porté par un Félix Maritaud (déjà aperçu dans 120 BPM) transcendant de justesse et d’émotion. Une découverte de l’amour, une découverte de soi, un formidable film où se côtoie les extrêmes, bref on espère qu’il repartira avec un petit quelque chose. 

Sauvage de Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard… 1h37
Sortie le 22 août 

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