Deauville 2018, Festivals

[DEAUVILLE 2018] Hal : Les studios m’ont tuer

Hollywood a vu dans les années 70-80 apparaître un drôle de personnage en la personne d’Hal Ashby. Personnage à part entière et typiquement Woodstockien dans sa manière d’être et de vivre, Hal Ashby n’est pourtant pas le réalisateur le plus connu de ces années là. Et pour cause, le bonhomme – qui fut prospère et efficace dans les années 70 – a vu sa carrière décliner dans les années 80 notamment lorsque Ronald Reagan a mis fin aux lois antitrust et que la monopolisation a gagné du terrain dans la sphère cinématographique. Hal Ashby n’est qu’un des nombreux exemples de la bataille – perdue d’avance – que peuvent se livrer art et industrie.

« I basically have a very positive philosophy of life, because I don’t feel I have anything to lose. Most things are going to turn out okay. » – Hal Ashby

Derrière sa gouaille et son allure négligée entre ses cheveux blancs et sa longue barbe grise, Hal Ashby sait ce qu’il veut et il a toujours tout fait pour l’avoir. Premier job chez Universal puis assistant réalisateur sur « The Loved Ones » chez MGM, Hal fait une rencontre décisive en la personne de Norman Jewison, le début d’une grande carrière pour le bonhomme féru de cinéma. Sensible aux causes humanitaires et au racisme qui sévit à travers tout le pays – « The Landlord » -, le réalisateur en devenir est avant tout un homme à l’enfance compliquée. Des parents divorcés à l’âge de six ans, le suicide de son père à douze ans… Une enfance qui s’est rapidement répercutée lorsqu’il est devenu lui-même père à un jeune âge, laissant sa fille pour partir faire carrière en Californie. 

Ce bourreau de travail arrive cependant à ses fins puisqu’il sera récompensé d’un Oscar en 1966 pour son travail sur « Dans la chaleur de la nuit » de son ami Norman Jewison. Ne s’imposant aucune limite quitte à déplaire aux studios, Hal Ashby s’illustre dans l’analyse sociologique d’une Amérique en mutation tout en s’accordant de véritables parenthèses remplies d’humour noir à l’image de son « Harold et Maud », totalement passé inaperçu à l’époque de sa sortie mais devenu désormais culte. 

Il est dommage de voir comment le système a abîmé un réalisateur aussi libre dans sa tête et sur sa pellicule. Prolifique et terriblement efficace dans les années 70, le bonhomme perdra de sa gouaille dans les années 80 alors que Ronald Reagan frappe fort en mettant fin aux moins antitrust, la monopolisation des grosses majors prend place et tout se joue désormais à qui aura la plus grosse. Dans des mémos retranscrits dans le film, on ressent toute la colère et la frustration qu’a pu ressentir Hal Ashby à cette époque. Les années qui ont suivi furent compliqué pour le réalisateur qui n’a plus la même énergie qu’avant dans des films qui passeront quasiment tous inaperçus jusqu’à ce qu’on lui décèle un cancer du pancréas. Ashby n’aimait plus ce qu’était devenu l’industrie du cinéma et cette bataille constante entre art et industrie, c’est même ce qui l’a tué selon ses proches. Une fin bien triste pour un homme extraordinaire sur tous les points, aussi libre qu’amoureux du cinéma et de la caméra. 

À travers des images d’archives et témoignages de ses proches, Amy Scott rend un vibrant hommage à un réalisateur atypique, victime d’un système plus gourmand que passionné et qui nous donne furieusement envie de se faire dans la foulée la filmographie de ce cher Hal Ashby. 

Hal de Amy Scott. Avec les interventions de Jeff Bridges, Jane Fonda, Norman Jewison…

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