Critiques, Deauville 2018, Festivals

[DEAUVILLE 2018] Night Comes On : Come to the light

Gestation longue et douloureuse – financer un premier film n’est jamais chose facile – pour la réalisatrice qui nous offre son premier long-métrage. Depuis 2009, Jordana Spiro avait en tête cette idée de comprendre et analyser ce qui traversait l’esprit de ces enfants et adolescents placés – ou sortant – de familles d’accueils. « Night Comes On » s’intéresse à l’une d’entre elles. La jeune Angel, dix-huit ans, tout juste sorti de prison après y avoir été incarcéré pour port d’arme illégal – ajouté à cela d’autres délits -. Deux choix s’offrent alors à la jeune femme : combler son désir de vengeance ou prendre soin de sa petite soeur Abby, actuellement en famille d’accueil. 

Sujet ambitieux, important mais également casse-gueule si sa réalisatrice sombre dans le pathos, les conséquences de la destruction de la cellule familiale sur des enfants qui n’ont pas les outils ni l’amour nécessaire pour appréhender la vie comme il faudrait. D’autant plus qu’Angel a été témoin du meurtre de sa mère perpétré par son propre père. Un début de descente aux enfers pour la jeune femme jusqu’à passer par la case prison. Une fois en dehors il faut tout reconstruire et surtout retrouver sa petite soeur Abby, placée dans un foyer qui n’en a que faire d’elle – la mère touche de l’argent de l’Etat en prétextant que les enfants sont dérangés afin d’obtenir des médicaments que les enfants revendent en cachette pour se faire de l’argent -. Tiraillée entre ce désir de vengeance et celui de reconstruire une famille, la réalisatrice suit le chemin de rédemption semé d’embûches d’une jeune fille sans repères.

Véritable souhait de la réalisatrice, le film prend son temps, se sublime dans les silences et les regards pleins d’intensités de son actrice principale Dominique Fishback même s’il n’évite pas de temps en temps quelques longueurs qui pourraient nous faire décrocher mais c’est indubitablement les deux prestations électrisantes et tout en sensibilité de Dominique Fishback et Tatum Marylin Hall qui font que le film se place facilement dans le haut du panier de la compétition à Deauville. 

« Tu n’es pas comme lui » affirme la jeune Abby à sa soeur alors que cette dernière lui demande si elle est comme leur père. « Night Comes On » est aussi un message pour tous ces jeunes issus de familles d’accueil et qui, comme Angel, sont en perdition. Celui qu’il n’est jamais trop tard pour prendre sa vie en main et enfin devenir quelqu’un. Jordana Spiro s’attaque à un sujet sensible typiquement américain : celui de ces structures censées aider ces enfants et qui, mal encadrées, sont souvent à l’origine de bien des problèmes de ces enfants. D’autant plus que ce sont généralement les enfants de couleurs qui sont plus touchés par les maltraitances et abus sexuels que les enfants caucasiens. Un terrible constat vecteur de problèmes plus profonds chez une grande partie de ces enfants qui, une fois adultes, ne sont pas préparés. 

Pour son premier essai, Jordana Spiro marque la compétition au fer rouge avec un film touchant et sensible grâce à un duo d’actrices solaires et qui plus est, sont afro-américaines – il est également rapidement évoqué qu’Angel soit lesbienne -, de quoi insuffler un vent de fraicheur dans une industrie qui a bien besoin de nouvelles figures féminines. 

Night Comes On de Jordan Spiro. Avec Dominique Fishback, Tatum Marilyn Hall, John Jelks… 1h26

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