Critiques

Assassination Nation : Privé, vous avez dit privé ?

Est-ce que le concept de vie privé est encore valable en 2018 ? À l’heure où nous passons notre vie le nez collé à notre téléphone portable, où l’on connaît plus les hashtags en tendance que ce qui se passe dans le monde, où l’échange verbal s’est transformé en sms et où paraître est bien plus important qu’être, « Assassination Nation » tombe à pic et est loin de prendre des pincettes. Alors que se passe-t-il lorsque une petite bourgade se retrouve victime d’un hacker et que tous les mails, photos, vidéos et messages se retrouvent en ligne à la portée de tous ? Le véritable visage de notre société se dévoile et franchement c’est pas beau à voir.

Avec une carrière plutôt discrète commencée en 2011 avec le très sympathique (et déjà irrévérencieux) « Another Happy Day », Sam Levinson n’a été aperçu qu’en 2009 en tant qu’acteur dans « Stoic » et scénariste de « The Wizard of lies » l’année dernière avant de revenir en force en cette fin d’année avec son second long-métrage « Assassination Nation ». Rendez-vous dans la ville de Salem – le choix est loin d’être anodin et on le comprendra assez rapidement – où l’on suit les tribulations de Lily et ses meilleurs amies Bex, Em et Sarah alors qu’elles doivent échapper à toute une ville qui ne souhaite qu’une seule chose : leur mort alors qu’ils sont certains que Lily est la hackeuse qui a posté sur le net toutes les informations privées de la ville. Véritable chasse aux sorcières version 2018, « Assassination Nation » reprend les éléments qui avaient conduit à l’exécution d’une vingtaine d’habitants de Salem il y a 326 ans – dénonciation, calomnie, mensonges et violence exacerbées – pour les réintroduire dans un contexte beaucoup plus moderne où la technologie a pris le pas et que le concept de vie privée ne tient plus qu’à un fil. 

Les habitants découvrent que leur maire a de drôles de tendances sexuelles, que leur mari n’est peut-être pas celui pour qui il se fait passer et que la gentille fille qu’ils avaient élevé dans la traduction catholique n’est pas aussi prude que ça…

Mais au-delà de ce petit jeu morbide pour découvrir qui a fait ça et connaître les secrets les mieux gardés de ses voisins, Sam Levinson pose un regard intelligent et soulève de vraies questions dans une société où tout repose sur le paraître et où n’importe quelle photo, vidéo ou parole peut-être mal interprétée. Le proviseur du lycée est-il réellement pédophile parce qu’il a une photo de sa fille nue à six ans alors que certains parents affichent fièrement sur leur cheminée une photo de leur propre fille nue lorsqu’elle était petite ? 

En parallèle de ces réseaux sociaux qui dirige notre quotidien, le réalisateur fait surtout – et avant tout – un portrait de jeunes filles à l’aube d’être des femmes coincées dans un patriarcat encore malheureusement bien présent que ce soit du regard du père ou du petit-ami ou de n’importe quelle force masculine supérieure toujours prête à dicter aux femmes ce qu’elles doivent dire ou penser, encore plus dans une société sur-sexualisée par notamment ces dits réseaux sociaux. Inspiré par les « Subekan », Sam Levinson ne lésine pas sur la violence accrue et l’hémoglobine autant pour choquer que pour faire prendre conscience du monde dans lequel on vit, dans lequel les coups ont remplacé la parole. Véritables héroïnes badass, Lily, Em, Bex et Sarah sont des ambassadrices de choc pour les mouvements #MeToo… avec une furieuse envie de s’en sortir et de se dégager de la vision patriarcale imposée par la société. Elles sont ce qu’elles sont, elles le revendique haut et fort et nous on ne peut qu’applaudir. 

Visuellement, Sam Levinson nous offre un plaidoyer pop, coloré et absolument surexcité, miroir de notre monde actuel et même si le réalisateur veut nous proposer un constat de la société américaine, force est de constater que « Assassination Nation » se fait surtout le miroir d’un monde régit par la force du net, quitte à ce qu’on en perde notre propre capacité de réflexion.

Assassination Nation de Sam Levinson. Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef… 1h48
Sortie le 5 décembre

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