Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? : C’est plutôt à nous de se poser cette question

Comment commencer cet article ? Comment introduire le désastre à venir ? Allez savoir. Les mauvaises langues diront que je savais à quoi m’attendre, c’est en partie vrai. Il n’empêche que lorsque je vais voir un film au cinéma, je lui laisse toujours sa chance. Il n’y a pas que des mauvaises comédies même si j’y vais gaiement avec des aprioris. « La Ch’tite Famille » était une bonne surprise, tout n’était pas à jeter dans « Les Tuche 3″… après il y en a d’autres qui sont difficilement défendables. Même si le premier opus « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » tenait largement la route et était franchement drôle par moment, la question de la nécessité se posait déjà pour sa suite annoncée et soyons honnêtes lorsqu’on a vu débarqué le clip de « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » on était vraiment pas rassurés. Et bien après visionnage, c’est officiellement un naufrage. Attention, la suite la contient énormément de spoilers – est-ce si grave que ça ? Je ne crois pas -.

Etait-ce nécessaire ?

Cinq ans après le premier succès aux 12 millions d’entrées (avec de tels résultats évidemment qu’une suite allait être sur les rails), Philippe de Chauveron – qui a fait de la comédie ‘’anti-raciste’’ sa marque de fabrique avec entre-temps « Débarquement immédiat » et celui qu’on aurait tous voulu oublier « À bras ouverts » – revient en compagnie de la famille Verneuil et Koffi. Alors que David, Charles, Rachid et Chao décident de quitter la France, Claude et Marie Verneuil vont tout mettre en oeuvre pour convaincre leurs beaux-fils de rester dans ce beau pays qu’est la France tandis que la famille Koffi va faire face à un nouveau mariage pour le moins inattendu.

Pourquoi pas. Honnêtement pourquoi pas, la recette a plus ou moins fonctionné dans le premier opus donc pourquoi pas dans le deuxième. Jamais totalement pessimiste je lui laisse sa chance. Le film démarre et je me retrouve au bout de dix minutes à devoir sortir mon carnet car je sens qu’il va y avoir beaucoup de choses à dire sur ce film.

Des juifs, des arabes, des africains, des chinois… Il nous manquait qu’une Brésilienne. Apparition furtive, plan sur son fessier et accent brésilien un brin exagéré d’Ary Abittan. Le ton est donné et franchement, il fait peur parce que le reste est loin d’être mieux. Certains gags fonctionnent, d’autres moins. Certains sont racistes, d’autres sont juste mauvais. On notera malgré tout que la première partie du film reste ‘’correct’’ (dans la limite de ce que correct peut signifier ici évidemment) même si certaines phrases font tilter notamment lorsque Claude dit à table concernant l’Algérie : « Tout n’est pas à jeter dans la colonisation ». Nous vous rappellerons que la colonisation de l’Algérie a été reconnu une nouvelle fois comme crime contre l’humanité. Mauvais goût ? il semblerait bien. Je me contiens mais je tape très très fort sur mon clavier actuellement. 

On va m’accuser de radoter ou de plaider pour ma cause mais je soulignerai autre chose. Vous avez deviné avouez-le. Oui le racisme anti-asiatique banalisé. David, Charles, Rachid et Chao sont à un bar où chacun prend quelque chose à boire, Chao prend un pastis et le serveur récapitule en terminant par « Un petit jaune pour le monsieur » – en désignant Chao donc – blague raciste évidemment que Chao pointe du doigt en s’insurgeant mais laissant de marbre ses beaux-frères. C’est un détail mais il est là quand même tout comme à la fin lorsque Claude interpelle sa femme en lui disant « Et le chinois ? » en parlant de Chao. Pourquoi pas me diriez vous puisque ça va de paire avec le personnage du patriarche cependant est-ce qu’on a entendu Claude Verneuil appelé un de ses beaux-fils par « l’africain » ou « l’arabe » ? Non. Alors pourquoi devrait-on appeler Chao « le chinois » ? 

Ensuite Marie Verneuil fait la bonne samaritaine en prenant un réfugié pour le loger chez elle (« A bras ouverts 2 ») qu’elle présente d’abord à son mari en faisant un lapsus : « C’est Arash, le taliban qu’on va loger ». Heureusement que ce dernier lui explique une nouvelle fois qu’il fuit les talibans parce qu’il y aurait pu avoir confusion. Ce dernier tranquillement exploité pour faire tous les travaux de jardinage – oui puisqu’il est gracieusement logé dans la cabane dans le jardin rappelons-le – ce qui lui provoque un lumbago. Une des filles Verneuil l’emmène donc à la pharmacie pour lui acheter une ceinture de maintien. Ceinture que ce dernier s’empresse de mettre lorsqu’il est chez les Verneuil. Par malchance, Claude le voit par la fenêtre et pose que ce dernier s’attache autour de la taille une ceinture d’explosifs. Ni une, ni deux, il s’empare d’une pelle pour l’assumer avant de s’expliquer : « Quand on a une tête comme la sienne, tu mets de ceinture de maintien, tu mets du Voltaren ». Conseil donc à tous ceux qui portent une barbe, abstenez-vous de mettre des ceintures de maintien. 

Et puis nous terminons en beauté lorsque Laure est sur le point d’accoucher. Pas de chance, ils ne sont pas sur Paris à ce moment-là mais Claude s’insurge, « On a de très bons hôpitaux, c’est pas le Tiers-Monde ici », chose à laquelle répond André Koffi : « Dans le Tiers-Monde aussi il y a de très bons hôpitaux ». Mais vous savez bien que Monsieur Verneuil a toujours le dernier mot : « Grâce à qui ? À l’Europe et surtout la France ». Plus patriotique tu meurs.

Tiens en parlant de patriotisme tant qu’on y est. À ça pour dire que la France est mise en valeur… C’est Arnaud Montebourg qui va être content ! Mais alors il y en a bien un autre qui risque d’être content, notre cher Président de la République ! Parce que oui il y en a marre de la CGT, des grèves, qu’on aime pas les gagnants en France, que ce sont des petits bras jaloux et feignants, diantre ! « Ce n’est pas le Président qu’il faut changer, c’est le peuple » dixit un des beaux-fils et puis la France est de nouveau en marche comme l’affirme Claude Verneuil ! Pas sûrs qu’on soit tous d’accord. Bon ce discours là tombe vraiment au mauvais moment soyons honnêtes, ce n’est pas de leur faute mais ça ne les aide vraiment pas à gagner notre sympathie. Et comme pour enfoncer le clou comme il fallait, « Heureusement que les banques françaises sont solides et dirigées avec sérieux », m’enfin Monsieur Macron arrêtez d’ajouter des post-it avec des répliques dans notre script ! 

Et puis tant qu’on y est, pourquoi ne pas diffuser de fausses informations (je vois déjà Donald Trump hurler à la fake news qu’elle est cette sorcellerie ?) à portée politique et pas des moindres sur Chao pour qu’on lui refuse un Visa chinois (merci Mme Verneuil qui a découvert la magie de Photoshop pour faire croire qu’il était pro-Tibétain). Plus perfide ? Tu meurs. Car le film prône la mixité et Claude Verneuil qui devient le beau-père tolérant mais est-ce vraiment le cas ? Car lorsqu’on y regarde de plus près, les Verneuil deviennent plus tolérants car leurs beaux-fils et leurs filles restent en France, encore mieux, elles vivent toutes dans la même ville que leurs parents. L’issue de ce film aurait-elle été la même s’ils avaient tous décidés de partir ? 

Alors attendez qu’on récapitule, le racisme c’est fait. La leçon politique c’est fait aussi. Que nous reste-t-il alors ? Ah bah oui suis-je bête, le sexisme évidemment ! « Ah les femmes… on a perdu le pouvoir » comme disait André Koffi. Quelle tragédie, mon Dieu ! Mais ne vous en faites pas, les filles Verneuil sont reléguées au second rôle. Après tout ce sont les gendres qui sont emmenés en week-end dans les châteaux de la Loire et c’est sur eux que reposent la décision de partir ou non, il ne leur reste plus qu’à acquiescer docilement. 

Mais comme je ne suis pas mauvaise langue et que je veux souligner les choses qui vont dans le film quand il y en a (oui parce qu’après plus de 1000 mots pour dire ce qui n’allait pas dans le film je vous l’affirme, il y a des points positifs). La communauté LGBTQ échappe à toute blague de mauvais goût (cela sera-t-il réservé pour le possible 3e opus ? On l’espère pas, mais alors vraiment pas mais ce Chauveron nous réserve des surprises j’en suis certaine) et à certains moments le film dénonce que ce soit Isabelle (Frédérique Bel) qui dénonce le fait qu’elle doit bosser dix fois plus que les avocats hommes pour prouver qu’elle a sa place dans ce milieu ou bien ou encore Charles qui pointe du doigt pendant tout le film les problèmes de sous-représentation des noirs au cinéma et du racisme qu’ils subissent lors des casting. Un petit pas pour l’homme… et pas grande chose pour le reste vu comment toutes ces bonnes intentions sont noyées dans un déluge de mauvais goût absolument pas drôle.

Je voulais lui laisser une petite chance, je savais que ça n’allait pas être glorieux mais à ce point-là ? Oui je trouve ce film raciste, oui certaines phrases sont limites dangereuses. Il n’y a rien de drôle dans tout ça, encore moins une envie de mixité. Et comme le disait si bien Gringe : « C’est des blancs racistes, qui rencontrent un asiatique raciste, un noir raciste, un arabe raciste et un juif raciste et à la fin ils se disent : « Cool on est tous raciste, c’est ça le vivre ensemble ! »Je vous laisse méditer là-dessus.

Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron. Avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Abittan… 1h39
Sortie le 30 janvier

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