Velvet Buzzsaw : ceci n’est pas un film

On attendait le nouveau coup de massue post Nightcall de Dan Gilroy – on évitera d’évoquer « L’Affaire Roman J. qui est un désastre – et c’est sur Netflix qu’il est – plus ou moins – arrivé ce 1er février avec Velvet Buzzsaw. Critique amère du monde de l’art, des gens qui la font vivre et petit jeu de massacre certes prévisible mais terriblement jouissif. 

Un vieillard sans famille décède et laisse derrière lui des centaines de tableaux aussi fascinants que presque dérageants. Sa voisine, une jeune femme travaillant dans une galerie d’art et avide de reconnaissance, y voit là une opportunité en or. Elle décide de les prendre et de les montrer à sa cheffe qui voit en ces tableaux un incroyable potentiel. Ni une, ni deux, ces tableaux font le tour du très fermé monde de l’art à Los Angeles. Ce qu’ils n’avaient pas prévus, c’est que ce ces toiles soient hantées par l’esprit de leur créateur et que ce dernier est bien décidé à ce que ses toiles ne tombent pas dans le macabre système des galeries d’art remplies de critiques et rôdeurs en tout genre. 

Dan Gilroy et Jake Gyllenhaal c’est une affaire qui roule comme qui dirait. Celui qui avait réalisé l’une de ses plus belle et profonde performance dans Nightcall trouve un nouveau rôle à sa hauteur. Aussi démesuré que hautain, le critique d’art Morf Vanderwalt fait la pluie et le beau temps sur le monde de l’art contemporain et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Mais quand bien même il s’en fiche. Gilroy installe une galerie de personnages plus intéressants les uns que les autres et qui ont tous le point commun de vouloir la gloire, d’en vouloir toujours plus jusqu’à plus soif que ce soit la directrice de la galerie Rhodora Haze (fabuleuse Rene Russo), la conseillère Gretchen (excentrique Toni Collette) ou encore l’avenante et téméraire Josephina (Zawe Ashton qui réussit à rendre son personnage absolument insupportable au bout de deux scènes). Chacun d’eux veut sa part du gâteau – voire le gâteau en entier si c’est possible – de quoi s’attirer les foudres du défunt peintre qui va prendre un malin plaisir à les tuer un par un. Comment ? En se servant de l’art tout simplement. Car Velvet Buzzsaw c’est avant tout l’art qui reprend le dessus sur la société et ce qu’elle lui a imposé depuis ces années c’est-à-dire un commerce aussi banal qu’un autre. L’art se venge de ceux qui le font et le défont constamment sans oublier de se moquer d’eux (chacun périra de manière plus ou moins absurde). Dans ce déchaînement on retiendra cette critique – peut-être pas acerbe et peut-être trop explicite – qui nous offre des moments aussi drôles que cynique comme lorsqu’on se demande si ce corps étendu dans cette marre de sang est une exposition ou non ou encore lorsque le critique Morf est coincé dans cette pièce insonorisée et attaqué de toute part par toutes les critiques qu’il a pu émettre auprès des autres depuis des années. 

C’est loin de faire dans la finesse, c’est certain mais l’esthétique de Velvet Buzzsaw et son casting porté par un Jake Gyllenhaal aussi critique que coincé rend le tout déjà vraiment plaisant à regarder et permet de remettre l’art à sa place première. C’est loin d’être à la hauteur de Nightcall (peut-être qu’on en attendait trop) mais ce film reste cependant une jolie tentative, un peu comme si Destination Finale s’était retrouvé dans le MOMA. C’est pas fin mais c’est fun. 

Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy. Avec Jake Gyllenhaal, Billy Magnussen, Toni Collette…
Sortie le 1er février sur Netflix

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