Us : Under the convenience store

Attention Spoilers

Une réflexion que l’on peut se faire lorsque l’on pense au cinéma de Jordan Peele, adoré outre-atlantique, c’est à quel point les Américains n’ont besoin de personne, et certainement pas des étrangers, pour montrer du doigt les problèmes de leur société et en déceler les moindres tâches. Au-delà de ce phénomène masochiste, on se rend compte que ce sont les américains qui ont toujours su filmer, mieux que tous, l’Amérique. En Europe, les cinéastes ont du mal à filmer  »l’essence » de leur pays : Dumont se contente du nord de la France, Moretti est l’un des seuls qui a réussi l’exercice, lui et Fellini. Ce n’est donc pas étonnant que Peele ait eu tant de succès avec Get Out, film pointant du doigt tous les travers d’une Amérique raciste se cachant derrière  »l’exploit » d’avoir élu un président d’origine Kenyane ; diluant son propos dans une histoire cauchemardesque, genre dans lequel Jordan Peele s’épanouit, à en juger l’excellence du film. 

Deux ans après Get Out is a documentary, Peele s’offre, cette fois, un véritable film d’horreur !

Plus qu’un avénement, Us est l’affirmation de Jordan Peele en tant que vrai metteur en scène, là ou certains pensaient que Get Out n’était qu’un habile coup de chance. Certes, le charme du premier film est perdu au profit d’une oeuvre plus sûre d’elle et plus symbolique, plus ambitieuse aussi. Là où le petit budget de Get Out lui donnait ce charme minimaliste et déjà impressionnant, Us et son budget pose son poing sur la table, impressionnant geste là aussi. La scène d’introduction pose immédiatement les bases,  de son histoire, mais surtout de sa mise en scène : jeu de miroirs et de doubles ; jeu de dézoom comme le témoigne cet impressionnant générique d’ouverture ; ce dézoom est intéressant car il s’opère également dans l’histoire : on imagine que la famille Wilson est la seule à être attaqué par leurs doubles, puis l’on découvre que c’est un pays entier qui est attaqué. Le film atteint son point d’orgue symbolique lors de son tout dernier plan, symbole d’une société lunaire et cynique.

Peele réussit la mise en scène de son monde du dessus mais également de son monde d’en bas : entassés dans ces couloirs étranges, les Reliés vivent comme en haut, si ce n’est à 2-3 différences près : en haut, les gens s’amusent dans les manèges tandis qu’en bas, ils se contentent de tourner sur eux-même ; en haut, ils se nourrissent de junk food, en bas ils se nourrissent de lapin cru ; la symbolique s’associe à la chorégraphie des corps, la danse, la démarche : ces gestes que les Reliés font, c’est comme une caricature de nos propres mouvements que le réalisateur exploite. 

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Alors qu’Adelaide se fait attaquer par l’une des jumelles gymnastes l’acte Orange Mecanique, un plan nous dévoile qu’un ciseau est caché sous le plan de travail. Adelaide le saisit immédiatement, or aucun plan n’indique que celle-ci a vu le ciseau  ; le film regorge de gestes cinématographiques intéressants comme celui-ci et qui montre que Peele a une grande connaissance en terme de scénographie. La scène d’arrivée des Reliés est remarquable en terme de mise en scène et d’écriture. L’oeuvre fait sens dans un monde qu’on ne reconnait plus, et si beaucoup lui reproche un dernier quart d’heure trop explicatif, c’est que Peele ne fait pas l’impasse sur l’histoire au détriment d’un propos politique qui prendrait trop de place dans le film : selon moi, cette fin sert à équilibrer le film entre cinéma (on a bien vu le travail remarquable de mise en scène) et le message politique. Les acteurs sont, dans l’ensemble, très bons car ils arrivent à nous faire oublier que ce ne sont pas eux qui jouent leur double…

Certes, il manque cette fougue que Get Out avait car on sent bien que les enjeux sont cette fois, plus grand, il n’en reste que Us est un travail exquis de mise en scène et de scénographie au service d’une idée impeccable mais d’un scénario déséquilibré à force de ne pas vouloir l’être… Cette fois, le Mal vit en bas du  »convenience store »…

Us de Jordan Peele. Avec Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elizabeth Moss… 1h56
Sortie le 20 mars

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