Yves : Il est temps de rompre la glace

Aujourd’hui, il suffit de dire à un objet réagissant à notre voix qu’on veut écouter une certaine musique, faire nos courses, envoyer un message à nos proches, avoir un 27° bien fumant pour notre eau de bain et le tour est joué. Aussi édifiantes pour l’humanité que sont les avancées des technologies et les intelligences artificielles, le règne de l’assistanat n’a jamais été aussi proche de son comble grinçant. Quand on n’est plus capable de sortir pour choisir trois fruits parce qu’une appli peut le faire à notre place, il y a des questions à se poser.


Mais trêve de ce ton sérieux en guise d’introduction, ce que nous propose Benoit Forgeard avec Yves est une comédie pur jus, dont le protagoniste principal n’est autre qu’un frigo qui parle. Irréaliste et pourtant, Yves ne représente qu’une étape pas si éloignée des Alexa et autres nouveaux « compagnons de vie » qui engorgent nos salons. Yves passe du réfrigérateur programmé pour adapter les aliments à un régime sain – aliments qu’il commande lui-même -, à l’ami de tous les jours, qui s’immisce dans les relations de son propriétaire et va calquer son caractère pour forger le sien.


Et niveau propriétaire, il n’a pas que des cadeaux. Jerem (interprété par l’excellent William Lebghil ) est le jeune adulte bordélique, vivant encore accroché à son adolescence et ses envies de succès. Rappeur inconnu, il va utiliser Yves pour enrichir ses compositions et trouver alors la notoriété désirée. Ce qui est marquant dans le fait que Yves est un personnage à part entière, c’est la complicité qu’il entretient avec les différents protagonistes. La voix d’Antoine Gouy le rend plus vivant que jamais, et il semble dans notre inconscient bien plus animé que ce qui nous est montré. Alors on trimbale Yves partout avec un diable, on l’emmène au lac, au studio, il devient une part importante de nos vies, jusqu’à en prendre toutes les décisions.


Au-delà de la comédie sur les dérives de l’assistanat à outrance, Yves s’essaie à la comédie romantique. On suit donc l’avancée du couple Jerem / So (interprétée par Doria Tillier, dont le jeu est bien moins pertinent), chaperonné par les décisions que va prendre Yves pour les rapprocher. Benoit Forgeard va donc pouvoir jouer avec les clichés inhérents au genre tout en les détournant : on passe par le quiproquo, les débuts, le mensonge, les révélations, tout ça sous fond d’une comédie qui n’oublie jamais de nous amuser. 


Elle en est même très généreuse. Si tant est que l’on accepte le postulat de base, et le fait que l’absurde va régulièrement flirter avec la non-subtilité volontaire, il y a de quoi se mettre sous la dent. Toujours allant aux confins de l’imagination, le film ose tout, jusqu’à son final à l’Eurovision où Yves va rapper face à des machine à laver allemandes qui font du metal indus à la Rammstein. Il part ensuite dans les affres de la célébrité, d’un frigo accro aux sensations extrêmes, en volonté de sexe et autres réjouissances. Tout ne passe pas, mais le film débite tellement d’idioties qu’il y a forcément des moments qui font mouche, où l’on ne boude pas son plaisir. Surtout, il n’hésite pas à instaurer du malaise pour justifier son propos : jusqu’où peut aller une intelligence artificielle, et à quel moment ne se distingue-t-elle plus de l’humain ?


Yves est donc une sacrée surprise, au postulat venu d’ailleurs. Appuyé par un William Lebghil qui tient parfaitement la baraque, et est à mourir de rire en paumé moderne, il n’en est pas moins solide et offre une de ces comédies que l’on ne voit pas tous les quatre matins. Qui apporte malgré tout des réflexions solides sur le tout technologique. Un pari complexe, qui va probablement diviser, mais plutôt réussi. 

Yves de Benoît Forgeard. Avec William Lebghil, Doria Tillier, Antoine Gouy, Philippe Katerine…1h47.
Sortie le 26 juin

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