[ANNECY 2019] Ville Neuve : Valse à deux temps

Pour la première année, le plus beau des festivals aka le Festival d’Annecy a inauguré une nouvelle catégorie : Contrechamps. Une délicieuse sélection aux choix éclectiques qui montre une volonté de dévoiler une autre facette du film d’animation. Parmi cette sélection, le film de Félix Dufour-Laperrière (dont l’interview est à retrouver ici) Ville Neuve apparaît comme une véritable oeuvre expérimentale, peut-être difficile d’accès mais incroyablement poétique, liant intime et universel dans une valse sur deux temps.

Joseph et Emma se sont aimés, ils ont eu un enfant, ils se sont séparés. Des années plus tard, Joseph part un été dans la maison d’un ami. Il appelle Emma après tant d’années pour essayer de ré-écrire une nouvelle page ensembles. Parallèlement, le Canada se déchire alors que le Québec demande son indépendance. Tant de choses s’entrechoquent entre un pays déchiré, un couple qui tente de se réunir, un certain fatalisme chez Joseph et cette lueur d’espoir qui subsiste chez Emma.

Librement inspiré de la nouvelle « La maison de chef » de Raymond Carver, Félix Dufour-Laperrière – adepte d’un cinéma assez expérimental – s’empare de ces mots et de ses crayons pour nous offrir une fresque douce et poétique. La technique est absolument irréprochable. Utilisant l’encre sur papier, le résultat offre une palette de couleur finalement peu étendue qui oscille entre des aplats de noirs et de blancs et des nuances de gris. Dans un paysage si terne, se dessine les traits de Joseph, un père de famille dont son fils ne veut plus entendre parler et qui essaie de renouer les liens avec son ex-femme.

Ville Neuve est clairement un film à double tranchant. D’un rythme très lent et d’une image très contemplative, le film peut en laisser certains sur la touche mais si la délicatesse du film vous enveloppe dès les premières minutes alors c’est bingo. Le film oscille constamment entre les genres que ce soit la romance, la mélancolie, la tristesse ou encore même la politique. Film totalement artisanal qui, en plus de jouer sur ses images, joue également sur les sons. Tantôt bruyant et énervé, tantôt silencieux, le film est définitivement un objet à part, un instant de répit, une respiration dans ce Festival de folie et ça fait du bien.

On pourrait croire que noir c’est noir il n’y a plus d’espoir (cette vieille référence oh mon dieu) et pourtant, Ville Neuve qui accumule une certaine noirceur pendant tout le film se révèle dans un final en feu d’artifice, une lueur d’espoir amoureuse, humaine et politique.

Ville Neuve de Félix Dufour-Laperrière. Avec les voix de Robert Lalonde, Johanne Marie Tremblay… 1h16
Sortie le 26 juin

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