Mon Frère : Colère refoulée

Alors croyez-le ou non mais je ne suis pas morte. Qui dit été dit job d’été et qui dit job d’été dit moins de temps pour parler cinéma. Qui plus est j’avais envie d’écrire sur un film qui me tenait vraiment à coeur et jusque là tout ce que j’avais vu était sympa bien qu’oubliable (à vrai dire j’aimerais beaucoup parler de Promare mais je n’ai toujours pas les mots pour donc peut-être qu’un quatrième visionnage m’aidera enfin !). Puis j’ai enfin découvert Mon Frère. Il est vrai qu’en période estivale le peuple va moins au cinéma et préfère aller voir Simba plutôt qu’un film français parlant de jeunes délinquants. Pourtant il s’avère que Mon Frère est une surprise, une excellente surprise et une nouvelle preuve que le cinéma français peut être exigeant et efficace.

Teddy passe du jour au lendemain de simple lycée à pensionnaire d’un Centre Educatif Fermé après qu’il a été accusé du meurtre de son père violent. Une période de sa vie qui va s’avérer compliquée entre le manque de son petit frère, une colère et un secret refoulé mais également d’autres pensionnaires déterminés à lui mener la vie dure dont notamment Enzo, la racaille du CEF qui, tout comme les autres gamins qui se retrouvent dans ce Centre, porte en lui le poids d’un passé bouleversant. Teddy tente alors de survivre tant que bien mal en attendant son procès mais c’était sans compter sur l’amitié surprise qui va naître entre lui et Enzo qui va leur permettre à tous les deux de s’en sortir.

On peut dire que le timing est plutôt mal tombé lorsque la promo du film a commencé alors que le rappeur – et acteur principal du film – MHD se retrouve confronté à la justice. Cependant, les deux n’ayant aucun rapport entre eux ni de lien direct, il serait triste de juger le film en partie à cause de cette affaire qui n’impacte pas en soi la qualité du film et c’est pour cela que j’ai délibérément décidée de ne pas prendre en compte cette affaire.

Dès les premières minutes l’histoire est posée. On découvre Teddy, un jeune homme à la silhouette filiforme, presque fragile et quasiment muet. D’ailleurs muet il le sera quasiment pendant tout le film, MHD s’impose dans son silence. Dans ce visage fermé, ce visage torturé qui ne cesse de cacher quelque chose, on le voit, on le sent mais sans savoir ce que c’est jusque dans le dernier quart d’heure. Tout ce qu’il tente de faire c’est de survivre, suivre la meute quand il le faut pour éviter de se faire manger par les autres. Parallèlement on suit également le quotidien d’Andy, le petit frère de Teddy. Placé sous la tutelle de sa grand-mère après la mort de son père et la fugue de sa mère (partie pour ne plus essuyer les coups de son mari violent), ce dernier n’a de cesse de vouloir retrouver son grand frère mais également sa mère partie s’installer à Amsterdam. À l’aide de flashbacks savamment placés qui se veut en miroir de ce que vit actuellement Teddy, Mon Frère vous prend rapidement à la gorge. Rapidement une tension s’installe mais pas une tension qui vous fait peur, une tension étouffante, écrasante… Le film transpire le poids de la douleur dans tous ses personnages que ce soit les pensionnaires du CEF, les éducateurs vite démunis ou les familles en dehors. 

La maîtrise de ce film est folle. Cette tension permanente, cette dure réalité des CEF, les passés des délinquants en attendant leur jugement qui sont encore tous des gamins, ces passés qu’on ne voit pas, qu’on ne devine pas et qui sont souvent lourds de conséquence. Sans jamais tomber dans le pathos du sujet, Mon Frère nous ouvre un monde et nous dit tout simplement « Ce sont des gamins ». Outre MHD qui offre une prestation surprenante de justesse et d’humilité, on retient aussi Darren Muselet dont le charisme et l’émotion nous bouleverse au plus haut point. 

Mon Frère est un cri (à l’image de sa scène finale dévastatrice et pourtant si simple), un cri de rage, un exutoire à la violence, aux passés, à la douleur et le tout dans un écrin tellement beau. Les larmes aux yeux du début à la fin, il se pourrait bien que Mon Frère soit l’un des meilleurs films français de cette année.

Mon Frère de Julien Abraham. Avec MHD, Darren Muselet, Aïssa Maïga… 1h36
Sortie le 31 juillet

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