Good Boys : l’adolescence, entre idioties et volupté

Quand on entend les noms Seth Rogen et Evan Goldberg, les sentiments d’excitation mais aussi d’appréhension se mêlent. Excitation car c’est généralement la promesse d’une comédie à toute épreuve, généralement décérébrée, qui peut nous mener au fou rire si tant est que l’on accepte le type d’humour. On oscille entre les personnages débiles (The Interview, This Is The End) avec l’humour d’adolescents défoncés à la weed obsédés par le cul. Le ton volontairement outrancier est évidemment de rigueur. Appréhension car ce même humour est, à défaut d’être toujours d’une lourdeur caractéristique, sur la sellette, à deux doigts de tomber dans le pathos sans nom, voire le toxique au vu des thèmes abordés. Sauf qu’ici, les deux drôles ne sont ni à la réalisation, ni à la scénarisation. Ils y produisent en effet deux potes, Gene Stupnitsky et Lee Eisenberg, qui opèrent ici leur premier méfait après avoir scénarisé de nombreux épisodes de The Office. Si, faisant partie de la bande, ils peuvent avoir les mêmes travers, c’est vierge de tout a priori qu’il fait s’intéresser à ce Good Boys.


Ici, le terme est le passage à l’adolescence. Enfin, pas exactement, puisque pour renforcer l’aspect humoristique, le scénario offre un film que l’on verrait généralement avec de jeunes adultes en protagonistes, mais abordé par de jeunes enfants. Procédé qui peut rappeler Bugsy Malone, et où le décalage entre les situations et l’âge de leurs intervenants fait foi. Ces trois comparses qui veulent vivre les premiers frissons réservés à leurs grands frères, mais vu avec leur regard innocent d’enfants de 12 ans, ça fonctionne totalement. On suit donc un trio de copains inséparables, Max, Thor et Lucas, à qui la promesse d’une soirée où l’un d’eux pourra embrasser une fille pour la première fois les met en émoi et les entraîne dans une aventure délirante, bardée de péripéties. On se prend donc au jeu avec ses gosses irrésistibles, dont les obsessions naturelles deviennent des enjeux d’une importance capitale.


Stupnitsky et Eisenberg jouent surtout sur l’âge de l’innocence, ce moment où l’on découvre le monde adulte, et ce avec un certain cynisme. Si beaucoup pourront s’offusquer d’avoir laissé prononcer à des gamins des dialogues aussi crus, c’est que l’on oublie facilement qu’à 12 ans, on a déjà entendu nombre de mots offensants, qu’on a les hormones en ébullition et que l’on comprend bien plus de choses que notre naïveté ne laisse paraître. Là dessus, l’humour fonctionne aussi à merveille. On est hilare quand les marmots découvrent certains objets sexuels, et que leur imagination leur en fait fantasmer un usage improbable, mais aussi quand ils font preuve d’une connaissance aiguisée pour leur âge. Les dialogues sont parfaits en cela, et sont sublimés par le trio d’acteurs.


En effet, les trois gamins arrivent à nous attacher car leurs comédiens sont exemplaires (et on sait que c’est difficile de mettre en scène des bambins). On connaît déjà Jacob Tremblay, qui nous avait bluffé dans Ma Vie Avec John F. Donovan, et qui est une fois de plus totalement à l’aise (on espère sincèrement que le syndrome « enfant star » ne l’atteindra pas, tant on veut le voir évoluer) mais ses deux compagnons, Keith L. Williams et Brady Noon, ne sont pas en reste. Avec leur personnalité bien distincte et foncièrement différente de l’un à l’autre – l’un des thèmes du film est d’ailleurs la pertinence des amitiés, de celles qui se font par défaut de proximité et non par réelles affinités -, les trois copains nous touchent, que ce soit par leur vivacité que leur faiblesses, leurs aspirations qui nous rappellent à nos propres obsessions de jeunesse qu’à notre perpétuelle quête d’identité.


Au-delà d’une comédie qui fait mouche à chaque minute à grands coups d’effets de mise en scène qui jamais ne nous ménagent, Good Boys porte aussi un regard très juste sur le début de l’adolescence, cette période transitoire où tout détail nous semble important et déterminant pour l’avenir, où chaque émotion est un retournement, et où l’on commence à s’éloigner de ses premiers copains pour se concentrer sur nous-mêmes. Sans jamais en oublier de nous faire rire avec une certaine générosité – et sans aucune lourdeur malgré le ton des blagues, ce qui reste un sacré exploit -, on nous rappelle notre propre enfance, avec deux auteurs qui font écho à la leur, à ces moments où ils ont commencé à grandir.


Avec 90’s, où Jonah Hill abordait la quête de repère de l’enfant de manière bien plus sérieuse, Good Boys est un film fort sur ces sujets, doublé d’une comédie irrésistible. Une fois encore, si tant est que l’on accepte un humour sans aucun filtre, vu que là dessus, ça y va à fond.

Good Boys de Gene Stupnitsky. Avec Jacob Tremblay, Keith L. Williams, Brady Noon…1h40. Sortie le 21 août.

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