[DEAUVILLE 2019] Ham On Rye : disparition solaire, puis scénaristique

Le Ham On Rye est un sandwich assez réputé aux États-Unis, consistant en une tranche de jambon disposée sur du pain de seigle, généralement accompagné de salade et de tomates. Évidemment, pour ne pas masquer le goût, les dites tomates doivent être coupées en fines rondelles, et la sauce reste légère, pour n’apporter qu’un accompagnement permettant de savourer le fameux mets. Faites maisons, elles peuvent se composer de mayonnaise ou de ketchup, mais aussi de recettes plus alambiquées telles que…..Bon, vous voyez pas le rapport ? Nous non plus. 

Le rapport, d’ailleurs, c’est ce que l’on cherche tout au long du métrage. Ham On Rye ne partait pourtant pas perdant, posant une ambiance adolescente, à l’image volontairement laide, faisant référence aux séries fauchées d’été des années 90. Lumières envahissantes, gros plans invasifs, où jeunes boutonneux en quête d’un bal de fin d’été se préparent progressivement à la fête. La soirée animée en question représente d’ailleurs le pinacle du film. Après des moments où chacun danse à sa manière, les garçons rentrent dans un cercle féminin, choisissent une partenaire qui doit alors accepter ou refuser leur choix. Partant dans la nature qui les accueille, les couples établis s’éloignent vers l’horizon, et disparaissent vers un au-delà qui peut représenter une forme d’éternité, d’accomplissement. Certains indices disséminés en amont démontrent d’ailleurs de l’importance de ces choix, que c’est une décision capitale pour leur vie future.

Et en développant chacun de ses aspects pour étirer le métrage, on aurait parfaitement pu s’arrêter là. Le métrage aurait alors eu un aspect mystique, où chacun peut alors y voir son interprétation et garde un sentiment satisfait. Mais pourquoi faire simple quand on a envie d’en rajouter des couches ? Comment alors une deuxième partie dont le pénible se mêle à l’ennui. Et pour cause, il ne se passe strictement plus rien, pourtant les minutes défilent, transformant le même ennui en torture. Une torture risible tant les dialogues, loin d’être pensés comme tels, forcent l’hilarité. L’impression que l’écriture est partie en roue libre quand tout à coup, quelqu’un nous raconte la vie des huîtres et des colliers de perles, ou que des jeunes accoudés à leur bagnole l’abandonnent sur place pour partir sur leur segway dans un moment où, en plein fou rire, on se demande juste pourquoi. 

On ne se pose plus vraiment la question de ce qui s’est passé en première partie, on reste face aux jeunes oubliés, ceux qui n’ont pas été choisi, qui restent (oui, évidemment qu’on a bien compris que c’est là tout le sujet du film, l’attente insoutenable d’une seconde chance lorsqu’on a raté une opportunité, la solitude face à l’abandon quand les autres ont réussi là où on a échoué, etc…), et on ne ressent plus rien. Déjà car avec le foisonnement de personnages qui étaient proposés en avant-propos, on n’a réussi à ne s’attacher à personne, mais aussi parce cette fameuse solitude, la mélancolie lyrique sur laquelle tout aurait pu s’axer est inexistante. Au lieu de ça, on voit des scènes chiantes, par des personnages chiants, et chaque fois qu’un fondu au noir nous semble salvateur, on reste collé à sa montre, avant de désespérer encore.

La question qui se pose surtout est de savoir si tout cela a bien sa place en sélection compétitive à Deauville. Si les films que nous avons vus pour l’instant n’ont pas tous la même qualité, ils sont tous sujets à un avis mêlé de subjectivité, avis qui alors peuvent se contredire sans qu’on y voit un réel souci. Ham On Rye, lui, a peut-être quelques amateurs, mais semble générer une désapprobation générale. Dans les deux séances qui lui ont été consacrées à l’heure où ces lignes sont écrites, nombreux sont ceux qui ont quitté la salle, atterrés devant le pauvre spectacle. On serait très étonné, voire offusqué, de le voir dans le podium de la compétition.

Ham on Rye de Tyler Taormina. Avec Haley Bodell, Cole Devine, Lori Beth Denberg… 1h24
Sortie prochaine

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