[DEAUVILLE 2019] Waiting For The Barbarians : l’attente interminable

Comme on nous l’aura bien vendu, ce Waiting For The Barbarians. Retour inattendu pour un Johnny Depp qui, selon les dires, tente un rôle de composition, présence d’un Mark Rylance qui depuis ses trois collaborations avec Steven Spielberg ne quitte plus les esprits, adaptation d’un livre par un réalisateur reconnu dans les sphères cinéphiles, le projet a tout pour plaire. Dès les premiers instants, la photographie nous entraîne dans une poésie patiente, prenant le temps de la contemplation. 

Le désert, une colonie impériale gérée par un magistrat britannique vivant depuis longtemps en accord avec les locaux reçoit la visite d’un colonel de police chargé d’enquêter sur les agissements de deux « barbares », peuple nomade aux abords pacifiques mais refusant de se conformer aux lois de l’Empire. Après une séance de torture, la conclusion qu’un conflit imminent va débuter hante le colonel, qui décide de partir. Le magistrat va alors être partagé entre sa volonté de rester ce fonctionnaire tranquille qui ne fait pas de vague ou se lever contre une injustice qui lui semble évidente. 

Le film est construit comme une errance, une attente étirée sans issue. Ce désert est à la fois un lieu immense et une prison dont on ne conçoit jamais les limites. La contemplation est totale face à ce décor statique, nous renvoyant évidemment aux aspects nobles de Lawrence d’Arabie. Le rythme se calque sur l’inconnue, cette attaque à la fois concrète et imaginaire que les personnages redoutent autant qu’ils la fantasment. Le souci reste que ça ne décolle jamais vraiment. Si on apprécie la présence de Mark Rylance, son comparse Johnny Depp est dans un sous-jeu constant relativement agaçant, lui qui ne peut se sortir du gimmick du costume extravagant. Robert Pattinson, que l’on ne voit que dans de rares séquences, est quant à lui dans le surjeu, avec un personnage qui manque cruellement de consistance tant on n’a pas les éléments nécessaires pour s’y intéresser.

Le sujet du film pâtit de ce manque d’attachement aux différents protagonistes. Qui sont les réels barbares ? Peut-on attaquer impunément un peuple sur la base de justifications guerrières qui n’ont aucune preuve matérielle ? Les scènes fortes subissent le manque d’enjeu, et arrivent malheureusement au terme d’un ennui qui peine à nous les rendre dignes d’intérêt. Sans bouder la photographie, une mise en scène sobre mais efficace et une volonté d’atteindre le grandiose, Waiting For The Barbarians est un film mineur qui avait tout, tant dans son histoire que dans son ambition, de ce qui aurait pu devenir un véritable chef-d’oeuvre. Le coche est raté. 

Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra. Avec Johnny Depp, Mark Rylance, Robert Pattinson… 1h52
Sortie prochaine

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