Au nom de la terre : Souffrance sous silence

La détresse des ouvriers agricoles n’est pas nouvelle mais est malheureusement trop souvent passée sous silence. Des conditions de travail pénibles, des rendements qui ne sont pas toujours présents, l’accumulation de dettes, une industrie qui se modernise mais qui n’accompagne pas ses travailleurs… Petit Paysan en avait déjà fait un douloureux portrait il y a deux ans. Cette année, Au nom de la terre les remet en lumière mais permet surtout à son réalisateur de rendre hommage à son père, ouvrier agricole, décédé il y a vingt ans. 

De retour de son ranch dans le Wyoming, Pierre 25 ans, reprend l’exploitation agricole familiale avec sa femme. Vingt ans plus tard, le monde agricole a changé et n’a pas eu pitié de Pierre et sa famille. L’exploitation s’agrandit, les dettes s’accumulent, Pierre tente de s’accrocher mais sombre petit à petit, emmenant sa famille dans sa détresse. 

Au nom de mon père

Ce sujet, Edouard Bergeon le maîtrise très bien puisqu’il a baigné dedans étant jeune et a vu son père dépérir pendant des années. De son film se dégage deux sujets bien précis. S’il veut pointer du doigt la difficulté des agriculteurs d’aujourd’hui, c’est avant tout une histoire de famille qu’il a souhaité transmettre. Comment les premières plus belles années se sont rapidement transformées en cauchemar. Pierre (Guillaume Canet) qui a du mal à tenir la cadence (et qui refuse d’être mis en arrêt maladie), son fils qui tente tant bien que mal d’aider son père, le voisinage jaloux de la modernité de ses installations. Sa femme Claire (Veerle Baetens), en plus d’assurer les gestions financières de la ferme, cumule un autre emploi de comptable, et une guerre des générations se crée entre Pierre et son père qui l’accuse de s’être plié au système, chose qu’il n’avait jamais fait de sa vie.

Guillaume Canet prête ses traits à Pierre, personnage directement inspiré par le père d’Edouard Bergeon, dont la ressemblance est plus que troublante. Sans jamais tomber dans un pathos ou un misérabilisme qui se prête pourtant plutôt bien au sujet, le réalisateur dessine le portrait d’une famille où plus rien ne va même si l’amour pour les uns et autres les a sauvé plus d’une fois. Canet livre une brillante performance (surtout dans la seconde partie du film) tout comme Veerle Baetens dont les épaules supportent toute la douleur de cette famille ainsi qu’Anthony Bajon qu’on retrouve après son Ours d’argent du Meilleur acteur pour La Prière. 

Au nom des fils

Le film se termine sur cette terrifiante réalité : En France, un agriculteur se suicide chaque jour. L’agriculture à l’époque du père de Pierre n’est plus la même qu’aujourd’hui. La mondialisation est passée par là, le besoin de rentabilité aussi. Les dettes s’accumulent et paradoxalement la banque refuse à Pierre un peu de trésorerie mais n’hésite pas à le pousser à reprendre des crédits pour des projets pharaoniques et coûteux d’extension. C’est devenu un cercle vicieux dont Pierre n’arrive plus à s’en sortir. Au nom de terre dénonce les aberrations d’un système qui ne fonctionne plus que par les chiffres. Toujours plus de poulets gavés pour qu’ils soient prêts au plus vite, de machines qui fonctionnent une fois sur dix et surtout toujours plus de travail pour un salaire minable pour qu’au bout du compte Pierre et sa femme se retrouvent en redressement judiciaire sur douze ans. Un pessimisme ambiant qui se dessine tout au long du film où finalement une seule issue est possible pour que cette souffrance s’arrête.

D’une photographie aux aspects western et aux paysages sublimes doublés d’une musique aux aspects country (qui reste malgré tout peu présente pour souligner le poids de la souffrance), Au nom de la terre est un magnifique film bouleversant, un hommage des plus poignants et peut-être un petit coup dans la fourmilière pour éveiller les consciences.

Au nom de la terre de Edouard Bergeon. Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon… 1h43
Sortie le 25 septembre

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