Destination Finale : la Mort invisible sous toutes ses formes

À l’orée des années 2000, les films d’horreur finissent une décennie leur ayant offert un nouveau regain de licences, pour le meilleur et surtout le pire. Avec Scream, Wes Craven a pavé une nouvelle voie, plus moderne, détournant les codes tout en en gardant une certaine essence. Alors on s’est bouffé une tripotée de sagas, généralement de très basse qualité. Jeepers Creepers, Urban Legend, Souviens-toi L’été Dernier, et consorts. La qualité se trouve généralement dans le one-shot (on pense à l’excellent Candyman de Bernard Rose) et ces « teenage movie » horrifiques ont souvent tendance à se ressembler, sortant très rarement du domaine du « Slasher« . Choisir de parler de l’un d’eux devient alors un parcours du combattant, notamment quant à la peur d’écrire une idée générique, qui peut s’affilier à tous ces films sans grand intérêt. Mais alors que la rédaction s’est décidée à parler ce mois-ci de la peur invisible, de celle dont on ne devine qu’à peine la forme, un nom nous vient rapidement en tête : la saga Destination Finale.

Des codes éculés mêlés à une idée originale : bonne recette ?

À première vue, le premier opus de James Wong ne présente pas tant de différences face à ce à quoi on est habitué. Les protagonistes sont de jeunes adultes, assez naïfs dans leurs caractères, et sont complètement insouciants. L’écriture des personnages est totalement à côté de la plaque, préférant voir les adolescents comme des abrutis en rut sans leur offrir une couche de complexité. L’idée reste de faire du sensationnel, pas de voir du Larry Clark ou du John Hughes, passons. Le film va se démarquer dans son approche du meurtre et de son antagoniste principal : la mort elle-même. Adversaire bien difficile à déjouer, et donc enjeu invisible et intéressant à développer. On suit ce groupe d’étudiants en partance pour Paris, dont l’avion va prendre feu peu après le décollage, tuant l’intégralité de l’équipage. Mais ça, c’était sans compter sur la soudaine vision d’Alex, qui va entrevoir l’accident avec exactitude avant que ce dernier ne se produise. Réussissant à fuir l’appareil à temps, il sauve et à la fois condamne une poignée de ses camarades. Il est temps pour la mort de rattraper sa liste de victimes, et pour cela, comme tout psychopathe qui se respecte, cette dernière est minutieuse, patiente et méthodique.

Alors qu’est-ce que ça donne, ce premier volet ? Ne mâchons pas les mots, c’est pas terrible. Le problème réside en une mise en scène assez quelconque, et un ton qui essaie d’être beaucoup trop sérieux face au non-jeu général du casting. Pourtant, les bonnes idées foisonnent, et les situations à fort potentiel vont laisser un sentiment de manque assez regrettable. Les protagonistes vont se faire poursuivre par la mort, qui va les exécuter dans l’ordre où ils auraient du mourir lors de l’accident initial. Sans grande surprise sur les événements à venir, l’idée est de pousser l’aspect divertissant du film sur une question simple : de quelle manière la mort va-t-elle arriver à ses fins, et quelle forme va-t-elle prendre ? Sans trop de sensationnel, la volonté étant d’aller crescendo de ce côté, cette dernière va utiliser des manières « réalistes » pour passer inaperçue, puis gagner en intensité au fur et à mesure que les protagonistes ont conscience de leur malédiction. Exemple, une mort par pendaison dans une douche, qui n’écarte en aucun cas la thèse du suicide suite au traumatisme. Seulement, à ne pas assumer cet aspect sérieux via un côté trop léger et adolescent, tout tourne vite au ridicule.

S’éloigner des sentiers battus, vers le spectaculaire

Ça, David Richard Ellis, en charge du second volet, l’a bien compris. Le cœur de cible de Destination Finale est un public jeune, en besoin de sensations fortes. Pour assumer le postulat irréaliste, il faut y aller à gros coups d’exagération, d’hémoglobine filmée en gros plan. En somme, du gros film à pop corn qui tâche, pour qu’on en redemande. Cette fois-ci, on va suivre Kimberly, qui va avoir la vision alors qu’elle est sur le point d’entrer sur l’autoroute via une bretelle d’accélération. Niveau mise en scène, Ellis se lâche. Les morts sont en gros plans, quelquefois ralenties et multi-anglées, toujours spectaculaires, rien n’est oublié pour procurer un rire noir, une hilarité forcée tant les situations sont ubuesques.

La trame est calquée sur le premier, mais chaque mort est un amoncellement de situations, la caméra joue à nous confondre, étirer chaque scénette pour que la question du premier épisode, « De quelle manière la mort va-t-elle orchestrer ses meurtres ?», prenne tout son sens. Tout devient un danger potentiel, on imagine tout ce qui peut tuer dans le champ, pour finalement être surpris tant le côté sournois des scénaristes nous malmène. Surtout, contrairement au premier épisode, chaque mort est due à une succession de situations pouvant l’entraîner, et qui peuvent juste être dues à « la faute à pas de chance ». Dans le premier volet, on sentait clairement la Mort comme un élément, qui pouvait modifier chaque élément à sa guise, retirant alors tout son côté hasardeux qui la rend plus redoutable encore. Évidemment, c’est uniquement sur ce point que l’accent est porté, le reste demeurant d’un niveau assez bas : jeu des acteurs peu convaincants, trame copiant l’exacte narration du premier volet, et mise en scène qui au-delà des meurtres est plate au possible.

On conserve la recette mais on régresse

L’évolution dans le spectaculaire n’est malgré tout pas dédaignable, et donne enfin à Destination Finale une identité qui le démarque, qu’elle soit de bonne ou mauvais goût. Aussi, le choix de reprendre James Wong pour réaliser le troisième épisode semble étrange. Si ce dernier a bien compris vers quoi la licence partait, et s’essaie à l’exercice, le résultat n’en est que plus décevant. La première scène, censée dévoiler l’intégralité du « body count » avant que ce dernier ne s’effectue au compte-goutte, se déroule cette-fois-ci dans un parc d’attraction, quand un manège mal entretenu va entraîner l’intégralité de son wagon vers le trépas. Alors l’imagination du spectateur est fortement sollicitée, vu que la mise en scène met un point d’orgue à n’absolument rien montrer.

Avec un montage chaotique et brouillon au possible, James Wong s’évertue à tenter d’apporter l’impressionnant par le dynamisme, mais en oublie ce qu’il est censé filmer. Résultat, on ne voit absolument rien à part une bouillie visuelle où notre imagination ne parvient pas à faire le reste tant elle est agressée par le flot d’images constantes, et rien ne semble impressionnant, horrible, ou amusant selon la manière dont on conçoit le ton du film. Les idées sont là, auraient pu avoir un certain panache à l’écran, mais tout ce mauvais savoir-faire nous renvoie vers un film ennuyeux, qui peine à décoller, et nous fait espérer sa fin avec impatience.

Moins de personnalité, plus d’efficacité

Les quatrième et cinquième volets se ressemblent énormément, à tel point que le retour de David Richard Ellis derrière la caméra pour la quatrième n’apporte que peu de différence. Loin d’être les pires épisodes, ils apportent d’un côté un spectacle sympathique, qui renoue intelligemment avec les codes du second opus, et de l’autre une conclusion qui, hors du reboot déjà dans les rails, ne laisse place à aucune suite possible selon cette continuité. Le seul rajout du quatrième épisode consiste en une deuxième vague de « flash-forwards » dans l’esprit du protagoniste principal. En plus de la vision du premier accident, cette fois-ci prenant lieu dans une course de Nascar et allant toujours plus loin dans la grandiloquence, ce dernier aura aussi des flash très prononcés lui donnant un avertissement sur chaque décès à venir.

S’il y a toujours eu un système de signes permettant aux héros de déjouer les plans de la Mort, il est ici bien plus précis, et tente en cela d’apporter un avant-goût pour « faire mousser » la scène, lui apporter un second souffle lorsque la déchéance s’exécute. Au final, cela ne fait qu’alourdir encore plus la narration, si bien que le procédé est totalement éludé dans l’épisode-conclusion. Malgré une tentative qui dessert le propos, le quatrième volet, suivi de près par le cinquième, réussit sa proposition de spectacle décomplexé. La mise en scène n’est jamais avare en gore, en gros plans qui tâchent (un œil doit se faire empaler par une poutre ? T’en fais pas, tu vas tout voir!) et provoque autant le rire que le dégoût, à l’instar de ce qui faisait le charme du second volet. Mention spéciale à la scène de la gymnastique, qui en jouant constamment à brouiller les pistes sur l’élément létal final, nous offre un tour de grand huit qui fait méchamment grincer des dents à son issue. Et le côté boucle achevée renforce le scénario, qui aussi forcé soit-il fait sourire par sa malice en s’approchant alors d’un Saw qui lui était bien plus lourd dans son exécution.

Une saga très inégale, dont les meilleurs épisodes peuvent à peine prétendre au statut de films corrects. Des œuvres passables, qui sont malgré tout au-dessus de nombre de films d’horreurs pour ados de cette période (On se rappelle de Mortelle Saint-Valentin?), et peuvent représenter des plaisirs coupables. Grâce au ton léger et volontairement pop corn (ce qui ne soigne en aucun cas ses défauts mais permet de passer outre vu que les exigences deviennent moindres au fur et à mesure des épisodes), on ne boude pas un certain amusement. Quels espoirs pour le reboot ? Si le sujet arrive à se prendre beaucoup plus au sérieux avec une esthétique plus soignée et un ton moins adolescent, on peut tenir là une fable glauque sur le rapport à l’inéluctable. Mais faut pas rêver, alors on croise juste les doigts pour obtenir quelque chose de potable, qui avec des variations de scénario peut amuser. Happy Birthdead y est bien arrivé, alors pourquoi pas Destination Finale ?

Destination Finale de James Wong. Avec Devon Sawa, Ali Larter, Tony Todd…1h38. Sorti le 12 juillet 2000.

Destination Finale 2 de David R. Ellis. Avec Ali Larter, A.J Cook, Tony Todd…1h30. Sorti le 9 avril 2003.

Destination Finale 3 de James Wong. Avec Mary Elizabeth Winstead, Ryan Merriman, Tony Todd…1h33. Sorti le 22 mars 2006.

Destination Finale 4 de David R. Ellis. Avec Bobby Campo, Shantel VanSanten, Haley Webb…1h30. Sorti le 26 août 2009.

Destination Finale 5 de Steven Quale. Avec Nicholas d’Agosto, Emma Bell, Tony Todd…1h32. Sorti le 31 août 2011.

3 réflexions sur “Destination Finale : la Mort invisible sous toutes ses formes

  1. Ah la la, la saga Destination Finale, je l’aime énormément, car comme tu l’as dit, ça changeait des autres slashers du moment, et avoir la mort comme antagoniste : quoi de mieux et d’original pour ce genre de film ? 😉
    Les deux premiers sont les meilleurs (surtout le 2, qui est mon préféré), car ça lançait la mythologie de façon intelligente (le fait de pouvoir passer son tour, ou de créer une nouvelle liste), avec une histoire innovante pour du slasher ! 🙂
    Le 3 est passable, il n’y rien de bien neuf et les morts commencent vraiment à devenir un peu « gros ».
    Le 4 est le pire selon moi, car même si l’idée d’avoir plusieurs visions durant le film était sympa, comme tu l’as dit, au final, ça a alourdis le récit. Puis, certaines morts étaient grotesque dans celui-là (le coût de la piscine était vraiment de mauvais goût !).
    Et le 5, reste dans la même ligné, mais est sauvée par son final qui clôture la saga de façon très satisfaisante, car on peut pas faire mieux dans le sens : la boucle est bouclée ! 😉 PS : Par contre, j’avoue que la mort de la gymnaste est la pire de toute la saga, car pas du tout réaliste ! ^^
    Une saga que j’aime quand même dans son concept, même si, elle a quelques défauts ! 🙂 J’espère que le reboot donnera une seconde vie potable à la saga, car avec ce concept, on peut avoir du très bon, si c’est vraiment bien fait ! 😉

    1. Hey ! Merci de ton commentaire, et d’avoir pris le temps d’écrire tout ça ! Cette saga est un véritable plaisir coupable, aucun véritable bon film, mais un condensé de bons moments 🙂 Je ne te rejoins pas sur le premier, mais le second est, pour moi également, mon préféré 🙂

      1. Ça m’a fait plaisir de partager ma « passion » de la saga « Destination Finale » ! ^^
        Oh oui, je pense qu’on peut considérer ça comme un plaisir coupable ! 😉
        On se rejoint sur le 2 en haut du podium, c’est cool ! 🙂 Sinon pour les autres, je pense que c’est une question de goût, j’ai un ami dont le préféré est le 4, alors que c’est celui que j’ai le moins aimé ! ^^

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