Terminator : Dark Fate. Le mirage au dur reflet

En 2019, toute l’industrie cinématographique a compris que tenter de réinvestir la saga Terminator, désormais aussi redoutée que la gangrène, est une cause perdue. Toute ? Non. Une petite bande de scénaristes résistants s’attelle encore et toujours à la lourde tâche…

Que faire d’une licence qui a tout dit, surtout le pire ? On a souvent tendance à exagérer nos passions quand il s’agit des épisodes originaux d’une saga, considérés comme intouchables, prenant alors la peine de cracher allégrement sur ses suites si tant est qu’elles ne soient pas instiguées par leurs auteurs référentiels. Mais quand il s’agit de Terminator, le caractère sacré du diptyque de Cameron n’a jamais eu autant de résonance. Il faut dire que niveau suites, les propositions ont été corsées. Entre un Terminator 3 : Le Soulèvement Des Machines engloutissant son budget dans le portefeuille de l’ami Schwarzy et passant un métrage complet à nous promettre un grand spectacle qu’on ne verra jamais, et un Terminator Genisys absolument pathétique, du scénario aux propositions visuelles, seul Terminator Renaissance offrait de véritables propositions, quant à elles perdues dans un spectacle oscillant entre le brillant et le pathos. Mais dont on aurait aimé voir une continuité tant le potentiel, qui enfin allait ailleurs, était présent.

T’as le look, coco

Alors quelle est la brillante idée qu’ont eu les cinq scénaristes affairés au projet ? Annuler tout bonnement les suites. Et pas dans un tour scénaristique intra-diégétique comme on a pu le voir avec X-men : Days of future past, loin de là. En faisant tout simplement comme si ces dernières n’avaient jamais existé. Une démarche malhonnête et stérile, qui crache sur le boulot d’auteurs qui, quelle que soit la qualité du rendu, ont eu la confiance des producteurs pour apposer leur vision de l’univers post-apocalyptique tant chéri par ses fans, et se voient ainsi désincarnés de toute existence. Démarche assez contemporaine, que l’on a déjà vu dans le dernier Halloween, mais aussi dans les esquisses scénaristiques d’Alien 5, arlésienne de Neill Blomkamp qui ne verra probablement jamais le jour (au final, sûrement pour le mieux). Démarche que l’on va tâcher d’ignorer, histoire d’accepter le postulat de départ et de juger l’œuvre proposée.

Si l’on ne savait pas que ce nouveau volet est une continuité directe du second, le film passe son temps à nous l’hurler à la gueule. Tant dans ses thématiques – plus copié-collé, tu meurs – que dans sa construction narrative, Terminator : Dark Fate est un ersatz forcé, une compilation de ses prédécesseurs, proposant des moments sympathiques à regarder comme les pires des gênes visuelles. Clairement victime de l’effet « Star Wars 7 », on imagine déjà le cahier des charges, demandant à Tim Miller de cocher toutes les cases forçant la nostalgie chez les fans de la licence. Leur montrer qu’on a compris ce qui faisait l’essence de la saga, et qu’on est capable de le montrer à nouveau. Alors on calque, on recopie, on reproduit les moments phares. L’arrivée de deux protagonistes du futur, un Terminator ayant pour cible une menace loin de se douter qu’elle en est une, et une humaine – augmentée, et capable d’affronter la machine, cette fois-ci – destinée à la protéger. Un premier affrontement mettant en amorce la fuite, une course-poursuite véhiculée, un affrontement final dans une usine, rien n’y coupe.

Un robot ? M’en branle, j’ai un gros flingue.

En cela, Terminator : Dark Fate réussit son pari, et arrive même parfois à le sublimer. Avant de sombrer dans des scènes d’action interminables (et souvent sous-exposées quand elles sont nuptiales) et montées à la truelle au fur et à mesure qu’elles s’enchaînent – Hobbs & Shaw, t’as traîné dans le coin ? -, le film se tente à offrir un spectacle honnête et généreux, contenant ses moments de bravoure, portés avec brio par une très bonne Mackenzie Davis. On pense notamment à son premier affrontement avec le Rev-9, où la mise en scène met parfaitement en avant la mouvance des corps et des chorégraphies. Une action brute, qui ne ménage pas ses effets, et surtout ne tombe pas dans l’écueil des blockbusters modernes de tout désamorcer par l’humour – il y en a et oui, il est mal placé, mais on y reviendra -. Porté sur les épaules de ses héroïnes, Terminator : Dark Fate parvient également à nous faire oublier la plus grosse frayeur élancée lors des premières annonces : la présence de Linda Hamilton au casting. Sarah Connor est ici complètement réiconisée, et l’actrice déborde de charisme, rendant alors son personnage indispensable à l’intrigue. Loin d’un simple caméo, le scénario s’axe sur son parcours, les idéaux autour de son fils annihilés dès les premières minutes – les plus amoureux ont beau hurler, c’était là le choix le plus logique – pour nous en apporter la vision de la guerrière immortelle. À l’image d’une Ellen Ripley pour la saga Alien, Sarah Connor est le réel visage héroïque de Terminator, celle qui par sa survie et sa force parvient à insuffler le souffle nécessaire et crée par sa détermination l’espoir de l’humanité. Des thématiques chères à Cameron, qui les avait alors parfaitement mises en avant lors de son diptyque (Un John Connor certes fantasmé mais qui ne doit sa victoire qu’à la conviction de celle qui a survécu et combattu pour tout lui apporter), et un « girl power » loin d’être dicté par des conventions actuelles, qui n’aurait su en être autrement. On avait beau nous donner des gros robots et un chef de la résistance masculin, Terminator a toujours été une licence portée par ses figures féminines.

Trois p’tits trous et c’est r’parti

C’est en partant sur des bases légères mais bien solides que le film parvient malgré tout à se casser la gueule. La réiconisation d’Arnold Schwarzennegger en T-800 n’est, quant à elle, pas du même acabit. Lui qui a été maltraité comme il faut dans les deux suites où il apparaît est évidemment vu avec un regard plus clément, mais qui ne lui épargne pas sa part de ridicule et d’humour mal placé, notamment dans l’explication de sa présence au sein de l’intrigue. Le personnage n’est pas non plus inutile, et va servir le propos lorsque l’action redémarre, mais cela ne suffit pas. Une fois les postulats posés, on se rend vite compte de l’esbroufe, de l’attirance nostalgique qui ne tient pas sur la durée. Car en recopiant habilement, bien qu’inférieurement, ses deux modèles, Terminator : Dark Fate ne propose absolument rien. Il nous met en scène l’exact même conflit avec une entité portant juste une appellation différente, et ne nous donne qu’une envie irrépressible de se plonger à nouveau dans les deux métrages cultes de James Cameron.

Loin d’être la catastrophe annoncée, Terminator : Dark Fate est-il pour autant une bonne surprise ? Le film a pour fonction d’essuyer les plâtres, de mettre un coup de neuf à la licence en dynamitant les suites conchiées par tous. Mais au main d’un réalisateur incompétent et de scénaristes paresseux, le bon moment passé devient vain. Une sorte de reboot inavoué, destiné à tenter de réinsuffler la magie des deux premiers opus sans y apporter l’audace et la proposition. Reste le retour de Linda Hamilton, qui apporte son lot de frissons à toute personne ayant grandi dans l’ombre de Sarah Connor.

Terminator : Dark Fate, de Tim Miller. Avec Linda Hamilton, Mackenzie Davis, Arnold Schwarzennegger….2h06. Sortie le 23 octobre 2019.

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