Koyaanisqatsi, c’est l’histoire de la vie…

À l’heure où les questions liées à la protection de la planète ou à la place de l’humain sont plus que jamais omniprésentes, il est on ne peut plus bon de se replonger dans l’une des œuvres les plus singulières en la matière : Koyaanisqatsi.

Tiré de la langue hopi, le titre signifie « La vie en déséquilibre ». Il s’agit du premier volet de la trilogie des Qatsi dont les deux chapitres suivants, Powaqqatsi et Naqoyqatsi, sortiront respectivement en 1988 et 2002. Comptant Francis Ford Coppola comme producteur exécutif et réalisé par Godfrey Reggio, ce documentaire expérimental est une merveille à l’impact culturel fou.

L’épopée humaine : une expérience unique

Le but est simple : nous faire revivre l’espace de 86 minutes toute l’histoire de l’humanité et de la Terre, des pictogrammes amérindiens arborant les parois rocailleuses des canyons de l’Utah jusqu’aux fusées décollant de leurs bases au sol. Plutôt que de s’orienter vers le documentaire classique avec une narration logique et une voix-off, Reggio choisit de nous faire vivre une expérience sensorielle, presque métaphysique, complètement dénuée de paroles.

Ainsi commence notre périple, ponctué de plans d’ensemble d’endroits à la beauté sans pareille et de « time-lapses » (technique sur laquelle le film est un pionnier) sur les nuages, la mer mais aussi la ville, le tout accompagné par la musique extraordinaire de Philip Glass qui signe là l’une des meilleures bandes originales de l’histoire du cinéma. On peut par ailleurs relever que deux des morceaux de cette dernière, Pruit Igoe et Prophecies, sont souvent repris dans d’autres œuvres comme le Watchmen de Zack Snyder (pour la naissance du Dr Manhattan) ou Grand Theft Auto IV.

La musique donne toute son âme au film. Glass adapte parfaitement chaque partition à ce que nous avons devant nous et ce faisant, il nous envoûte pour mieux nous percuter, nous transcender. À cet égard, on peut citer la séquence « The Grid » dans laquelle est dépeinte, pendant une vingtaine de minutes, la folie qu’est la vie dans les grandes villes et l’aliénation des hommes par la société telle qu’elle est devenue depuis la seconde guerre mondiale mais aussi la fin où la décharge émotionnelle est très forte.

Toutefois, le film n’est pas une simple critique virulente de la technologie et de ses conséquences, mais simplement un constat tant de ses bienfaits que des horreurs qu’elle a tristement amenées. Basé sur cette dynamique dénuée de manichéisme, le film de Reggio devient alors un message d’alerte sur notre monde, ce qu’il a été, ce que l’on en fait et ce qu’il risque d’advenir si on ne réagit pas.

Un édifice cinématographique visionnaire

Il se fait également concepteur d’une nouvelle manière d’envisager le cinéma puisqu’à travers cette entreprise ambitieuse il crée un métrage où ses trois artisans principaux sont égaux en importance et en reconnaissance. La photographie, autre élément majeur du film, est opérée ici par Ron Fricke, également scénariste du projet (on vous propose dans ses réalisations les deux pépites Baraka (1992) et Samsara (2011) aux thématiques plus variées encore), dont le travail est fabuleux. Il magnifie chaque environnement montré, des déserts arides de l’Arizona aux rues gorgées de frénésie de Los Angeles en passant par les champs de fleurs et centrales nucléaires. Cette collaboration à six mains est une franche réussite tant ces trois aspects sont en symbiose et nous offrent ici un trip unique, duquel on ne sort pas, qui nous effraie autant qu’il nous fascine.

Avant-gardiste tant sur la forme que dans le fond, Reggio signe avec Koyaanisqatsi une œuvre à la résonance on ne peut plus actuelle. Si la bande-son de Philip Glass n’a de cesse de charmer nos oreilles et de nous hypnotiser, les images auxquelles elle est associée restent gravées en tête, provoquant en nous émerveillement et réflexion chaque fois que l’on y repense. Poussant le médium cinématographique dans des retranchements jusqu’alors inexplorés, ce film est un ovni qui n’a perdu ni sa superbe ni son impact. Il demeure le trip ultime qui finit par vous prendre aux tripes.

Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio. Photographie par Ron Fricke et musique par Philip Glass. 1h26. Sorti le 24 août 1983.

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