Bugsy Malone : Panique chez les couche-culottes

Dans les années 80, on scande le nom d’Alan Parker à chaque sortie. Il faut dire qu’avec des propositions telles la comédie musicale Fame, le trip psychédélique Pink Floyd’s The Wall, Birdy, Angel Heart ou encore Mississippi Burning, le réalisateur s’est rapidement imposé. Si c’est Midnight Express qui le fit exploser au yeux de tous, son premier projet au succès critique prononcé annonçait déjà les couleurs d’un auteur à l’ambition folle…

Un hommage trop clinquant dans son récit….

Bugsy Malone est passé à bien des égards loin des mémoires collectives. Par chez nous, on peut clairement supposer que son manque de reconnaissance est avant tout du à la traduction de son titre, Du Rififi Chez Les Mômes (on comprend l’affiliation au film culte de Jules Dassin, mais difficile de comprendre de quoi il s’agit). Sur le papier, un simple film de gangsters, qui singe les films de mafieux des années 30 et peine à s’éloigner de ses pères. Sortant régulièrement les gros ressorts, Alan Parker démontre de tout son amour pour cette famille du cinéma, mais ne parvient pas à se sortir de l’accumulation, voire l’énumération de gros clichés poussifs. Le parrain ventripotent accro aux bonnes chaires, la fille rêvant de succès qui se retrouve victime du réseau, le héros au grand cœur qui l’accompagne dans sa quête d’idéal, et évidemment les guerres de gangs et autres règlements de compte, rien n’y coupe. Malgré une mise en scène très propre, mettant en valeur chacun des éléments, Alan Parker n’apporte aucune lecture ou détournement de codes, et Bugsy Malone a tout du film de mafieux type, scolaire et générique, du moins sur le papier.

…mais qui brille par l’originalité de sa forme.

Où est donc celui que nous avons qualifié en amorce d’auteur ambitieux ? C’est dans un simple postulat que Bugsy Malone va s’affranchir de ses codes pour se générer une identité propre : l’intégralité des personnages, des protagonistes aux figurants, est interprétée par des enfants. Sans que cela n’altère le fond, le film gardant un caractère très sérieux qui renforce l’aspect comique du côté juvénile, c’est dans le visuel que les codes se détournent. Les armes deviennent des fusils à crème pâtissière, les whiskies du thé glacé, les véhicules des voitures à roulettes (mais qui conservent l’aspect des voitures d’époque, pour ne jamais que l’on n’y voit un aspect ridicule). Il est surtout délicieux de voir ces bambins jouer avec un certain aplomb et un certain sérieux, si bien qu’on en vient à oublier leurs bouilles pour se concentrer sur le récit, auquel on croit.

L’originalité se situe également dans le ton, puisque le film arbore les couleurs de la comédie musicale. Ici, les morceaux sont chantés par des adultes doublant les enfants, pour un résultat toujours brillant par ses chorégraphies. On ne cache pas un certain amusement durant ces parties chantées où tout semble exagéré, mais le film parvient à ne pas tomber dans la parodie – alors qu’ironiquement, il en est une -, et fait sourire sans attirer la moquerie. Tel un « Goonies » 10 ans plus tôt, Bugsy Malone nous propose une panoplie de jeunes acteurs malheureusement tombés dans l’oubli depuis, à deux exceptions près, loin d’être moindres. Jodie « Tallulah » Foster, qui joue aussi dans Taxi Driver la même année, s’offrant ainsi un début de carrière exemplaire, et Dexter « Babyface » Fletcher, qui est désormais un réalisateur reconnu avec le succès des excellents Eddie The Eagle et Rocketman. Deux talents dont on aurait eu tort de se priver.

Dommage que Bugsy Malone, en parvenant à offrir une rupture de ton qui lui confère une forte identité, ne parvienne pas à proposer un récit suffisamment fort et original pour s’offrir une place au panthéon des films cultes. Il n’en reste pas moins un véritable trésor de cinéphile, vers lequel il fait toujours plaisir de revenir. De belles éditions existent, une comédie musicale est régulièrement mise en scène dans les théâtres anglophones, et le film est régulièrement montré en projections confidentielles grâce à l’aura de son auteur.

Du Rififi Chez Les Mômes, d’Alan Parker. Avec Jodie Foster, Scott Baio, Dexter Fletcher…1h33. Sorti le 25 août 1976.

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