Dolemite Is My Name : Black Lives Better

Tiens, c’est vrai, on vous parle rarement de métrages Netflix. Faut dire qu’entre le risible et le très mauvais, on est rarement face à la qualité. Alors au lieu d’aller se farcir la dizaine de films de Noël qui, on le sait pertinemment, vont nous faire sauter au plafond (on va pas vous mentir, il y a ici un message caché pour notre rédac chef adorée, qui se réjouit à l’idée de voir Flocons d’Amour), on a tenté de fouiller un peu sur la plate-forme pour trouver une idée digne de ce nom. Et mazette, on a trouvé.

Rudy Ray Moore, ça ne doit pas vous dire grand chose. À vrai dire, à nous non plus. Icône de la blaxploitation mais aussi risée des critiques ciné, le comédien est principalement connu pour son personnage Dolemite, dont la particularité est de proférer des insultes à tout va, dépassant les limites du bon goût en tous points. D’abord sur scène, puis en albums musicaux, avant de tenter l’expérience sur grand écran via deux énormes navets qui lui offrent renommée et carrière, Rudy Ray Moore est aussi un symbole de persévérance, une tête brûlée qui ne recule devant rien pour paver sa voie vers le succès. Sujet en or pour Craig Brewer (Hustle And Flow, Black Snake Moan) qui avec Dolemite Is My Name lui rend un hommage tonitruant.

You’ll remember his name, or he’ll kick the shit out of you, motherfuckers !

À l’image de son personnage excentrique, Dolemite Is My Name est un véritable bonbon, un film pop-corn qui parle de films pop-corns et qui brille par son absence de prétention. On se prend au jeu du langage cru, et on affectionne immédiatement cet homme frapadingue qui touche par son envie de succès mais aussi par sa persuasion que la sincérité qu’il met dans son œuvre est un immense gage de qualité. Avec un Eddie Murphy qui se fait plaisir comme au premier jour, impossible de ne pas tomber sous le charme. L’acteur, que l’on avait pas vu depuis Mr Church (2016) ou encore Mille mots (2012), deux métrages que l’on préfère oublier, s’offre ici un « Come-back » inattendu, et s’en donne à cœur joie pour nous offrir, à l’instar de Rudy Ray Moore, du grand spectacle humain. Avec un mimétisme – il suffit de voir le peu d’images d’archives balancées en pré-générique final pour voir que la ressemblance et frappante – qui laisse malgré tout place à l’improvisation, il donne la réplique à un casting afro-américain d’exception. Si l’on est content de voir Wesley Snipes dans un rôle comique, c’est Da’Vine Joy Randolph qui explose en Lady Reed.

Eddie Murphy, définitivement le nouveau roi de la sape

Du cinéma pour parler de cinéma

Au-delà d’une œuvre de divertissement fort appréciable, Dolemite Is My Name parle aussi de notre rapport au cinéma. On y voit par exemple une bande d’afro-américains débarquer dans une salle de cinéma pour voir une comédie de boulevard avec Jack Lemmon, et ne pas en comprendre l’intérêt comique, pour finalement décider de faire leurs propres comédies, des films qui quelle que soit la qualité, leur parlent. Le film parle évidemment de représentation à une époque où les genres dits « raciaux » ne se mélangeaient pas – rappelons que le duo « mixte » Riggs / Murtaugh de l’Arme Fatale a choqué les esprits, et que c’était 12 ans plus tard -, et de l’importance pour toute ethnie culturelle de voir des codes qui lui sont chers montrés dans un art aussi universel que le cinéma. Postulat sur la tolérance, où la descente en flèche des critiques n’atteint pas des auteurs qui se disent juste que les gens ne comprennent ni leur art, ni leur humour, qui nous rappelle que quelque chose qui ne nous parle pas peut charmer quelqu’un, et qu’en aucun cas, un ressenti doit être une vérité unilatérale.

Le film cherche avant tout à amuser, et le fait parfaitement bien. On découvre toute une époque du cinéma aujourd’hui disparue. La Blaxploitation est un genre marqué, qui aujourd’hui ne se référence plus que par la parodie (Black Dynamite) ou l’hommage (Jackie Brown) mais qui résonne encore comme une période passionnante de la culture afro-américaine, de leur envie d’émancipation d’un tout qui a refusé trop longtemps de les inclure (et continue encore, trop souvent, mais c’est une autre histoire). Craig Brewer en est sans conteste un amoureux, et donne une envie folle de se jeter sur ces raretés uniques, joyaux des cinéphiles et autres collectionneurs. Le choix d’Eddie Murphy, représentant incontestable de la comédie afro-américaine, n’est pas anodin, et on espère voir le comédien dans des rôles tout aussi à la hauteur prochainement. Une fois qu’il se sera dépêtré des prochaines suites au Prince à New York et au Flic de Beverly Hills qui, elles, ne sont pas rassurantes.

Dolemite Is My Name, de Craig Brewer. Avec Eddie Murphy, Da’Vine Joy Randolph, Wesley Snipes…1h58. Disponible sur Netflix.

Une réflexion sur “Dolemite Is My Name : Black Lives Better

  1. En fouillant le catalogue Netflix on tombe sur des films de Noël, c’est vrai, mais aussi un Scorsese, un Soderbergh, un Baumbach, un Cuaron et même un Bong Joon-ho… D’inégales qualités certes, mais c’est peut être mieux que de se fader au ciné Frank Dubosc filmé par Denisot.
    Et puis ce Dolemite que je mets de suite sur ma liste à voir !
    Merci pour ce conseil.

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