[PIFFF 2019] Jallikatu : Intervilles épicé

L’année dernière, l’Inde nous proposait The Man Who Feels No Pain – disponible sur Netflix pour les plus curieux – mélange détonant d’action à la sauce Bollywood. Le caractère film de super-héros / film d’arts martiaux n’enlevait rien aux clichés du genre, entre les chansons à outrance quand le héros voit sa bien-aimée, et la sur-exagération d’absolument tout. Cette année, c’est le sud de l’Inde qui est à l’honneur, et avec lui un réalisateur reconnu par de nombreux prix, Lijo Jose Pellissery, qui nous présente Jallikattu.

L’action se situe dans un petit village pourtant bien peuplé, où l’abattage d’un buffle destiné à un repas de mariage vire au carnage lorsque ce dernier parvient à s’enfuir. Il faut dire que quand « l’abattoir » est constitué d’un mec qui tient la bête et de l’autre qui frappe, les accidents du genre doivent souvent arriver. L’animal fuyant pour sa survie met donc à mal le village, et l’intégralité des hommes de la bourgade se met à sa poursuite. Eux censés sauver leurs habitations en danger vont ensuite traquer l’animal pour le mettre à mort, devenant peu à peu des sauvages désireux de croquer la chair convoitée.

Ce qui marque dès les premiers instants dans Jallikattu, c’est l’engouement de Pellissery pour les rythmes tribaux. Dès la première séquence, à l’éveil du village, les yeux s’ouvrent et les consciences s’affairent au rythme de l’horloge dont on nous martèle les secondes, et jamais la vitesse ne s’arrête. On comprend en à peine quelques plans les enjeux de certains personnages, les amourettes secrètes en contradiction avec les rites et tradition, mêlés dans ce chaos ambiant qui permettra aux protagonistes d’en profiter pour régler leurs différends. La caméra, toujours en mouvement, court avec les villageois, alertée par l’urgence, et déambule à vitesse folle dans ces ruelles, ces buissons, pour toujours s’accrocher à une action. Ce n’est que lorsque l’on quitte le village que les cadres s’agrandissent, nous montrant les issues pour la pauvre bête devenant alors notre héros. Une grandiloquence parfaitement retranscrite par un montage incroyable et une impression de chaos en constant crescendo.

Il faut cependant accepter que le rythme de Jallikattu aille de pair avec sa volonté de ne laisser aucun répit, qu’il soit visuel ou sonore. Jallikattu est un film bruyant, très bruyant même, et n’offre jamais aucun moment de calme. Quand ce ne sont pas les gens qui s’hurlent constamment dessus, la musique très violente vient nous extirper de la moindre tentative d’inattention, et on ne peut jamais décrocher de l’écran. Ce qui est alors une expérience sensorielle incroyable pour les uns peut devenir un vecteur de suffocation pour les autres. Une chose est sûre, on ne sort pas indemne, et la fascination pour ces hommes courant après la bête, prêts à s’entre-tuer pour récolter leur morceau de chair, devient aussi bestiale que les agissements de ceux qui ont perdu toute moralité et ne réagissent que par leurs instincts primaires et carnassiers.

Constat d’un réalisateur végétarien voulant dénoncer la bêtise des carnistes prêts à tuer les leurs pour tuer leur repas ? On ne sait pas vraiment, mais le parallèle vulgairement amené en conclusion, sur des hommes de cro-magnons s’éclatant au gourdin pour ne pas se partager une bête morte en dit long : l’homme est juste une bête parmi tant d’autres, pas si évoluée que ça.

Jallikattu, de Lijo Jose Pellissery. Avec Antony Varghese, Chemban Vinod Jose, Sabumon Abdumasad…1h35
Disponible sur Amazon Prime.

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