Le lac aux oies sauvages : Polar, romantisme et néons

Reparti bredouille de la Croisette cette année, Le lac aux oies sauvages, nouveau film de Diao Yinan, déjà auteur de Train de nuit ou Black Coal, vient nous faire coucou en plein cœur des fêtes en nous apportant un soupçon de noirceur ainsi qu’une pointe de romantisme.

Si le cinéma chinois nous avait offert Les Éternels en début d’année, un film criminel dramatique, dans lequel Diao Yinan apparaît d’ailleurs, ce dernier est venu boucler la boucle avec son nouveau film qui est un polar pur jus. En effet, le cinéaste avait à cœur de porter ce genre à l’écran depuis un petit moment et c’est désormais chose faite avec ce métrage où l’on suit un chef de gang et une prostituée, deux êtres perdus, le premier en quête de rédemption, l’autre de liberté, au beau milieu d’une chasse à l’homme. Ces deux marginaux vont alors ensemble affronter leurs peurs et jouer une fois pour toutes avec leur destin.

Le synopsis sonne cliché et c’est assez volontaire puisque Diao Yinan dit clairement être amoureux des films noirs classiques occidentaux, dont il reprend de nombreux codes d’écriture. Pourtant, le déroulement de l’intrigue en question ne va pas être si simpliste et le réalisateur s’en sert même de prétexte pour s’amuser à dépeindre tantôt satiriquement tantôt brutalement la société qu’il observe. On peut citer à ce titre l’une des premières scènes où l’on voit une réunion de la pègre qui est ridicule mais qui termine par un bain de sang d’une violence inouïe. Et tout le film suit plus ou moins cette logique, à laquelle vient se greffer une dimension romantique par les interactions entre les deux protagonistes.

C’est d’ailleurs cette dynamique qui porte le film puisque malheureusement le personnage principal masculin est complètement sous-écrit et, malgré sa noble quête et son fort côté chevaleresque, il ne nous fait pas vibrer tant que ça hors des scènes de combat, brillamment réalisées. Parlant de chevalerie, il est intéressant de noter que ce film est autant un film noir qu’une transposition d’une aventure médiévale chinoise à notre époque. Ici, les scooters remplacent les chevaux, les pistolets les épées et les décapitations existent toujours dans ce monde où les gangsters sont les chevaliers errants de jadis.

Le ton est alors fortement onirique et l’on est pris dans cette fuite romantique où nos parias, angoissés par la trahison, l’avidité et la mort, essaient de mener à bon port leur barque en traversant ce vaste lac hostile qu’est celui de la vie de marginal. L’eau est d’ailleurs au cœur même du récit, dès la première image avec la pluie battante qui accompagne la rencontre des deux personnages puis, avec le fameux lac aux oies sauvages, nous donnant à voir tant la beauté de la passion entre deux corps esseulés que la tristesse d’une société gangrenée par des maux tels que la prostitution avec ce commerce des « baigneuses ». C’est peut-être aussi l’un des points forts à relever, l’intelligence de glisser ce message social sans trop l’appuyer, en jouant simplement sur l’image, le mouvement.

Ce mouvement en revanche, c’est sûrement ce qui nuit au métrage dans sa première partie, par sa lenteur. Car si Diao Yinan arrive à nous émerveiller avec ses scènes d’une grande poésie et d’une grande violence, l’introduction de son œuvre est assez poussive et même la scène citée au début de cet article ne convainc pas vraiment. On met un certain temps avant de rentrer dans cette intrigue qui n’a franchement rien de palpitant au premier abord, et le premier quart d’heure n’est pas des plus passionnant. Mais une fois le micmac lancé et la course poursuite amorcée, le rythme, bien que lent, demeure très satisfaisant et l’on est investi pleinement dans cette épopée nocturne teintée de néons roses envoûtants, rappelant par moments le style de Nicolas Winding Refn.

Ainsi, Le lac aux oies sauvages est une belle petite incursion chinoise dans nos salles en cette fin d’année. Certes peu pêchu et inégal en termes d’écriture, il nous offre de vrais bons moments de tension et de poésie, qu’on ne voit finalement que trop peu dans nos productions occidentales. S’il n’est pas le polar de l’année, il est un des plus beaux et légers, tant visuellement que dans ce qu’il raconte, et ça, mine de rien, entre deux repas festifs un peu lourd, ça ne peut pas vous faire de mal !

Le lac aux oies sauvages, Diao Yinan. Avec Hu Ge, Kwai Lun-mei, Liao Fan, … 1h53

Sortie le 25 décembre 2019.

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