Play : Rembobiner pour mieux évoluer

Après Les Gamins et une adaptation de Robin des Bois, Anthony Marciano et Max Boublil se retrouvent à nouveau pour Play ! Pensé comme un film générationnel, un témoignage de deux gosses des années 90, il s’agit d’un bon divertissement pour tous mais évidemment surtout d’une véritable madeleine de Proust pour toutes les personnes ayant grandi en un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Ce long-métrage retrace donc les 25 dernières années de Max, interprété par Max Boublil, que ce dernier a filmé continuellement en commençant avec un caméscope pour finir avec un smartphone. On le voit donc évoluer, lui, sa famille et sa bande d’amis au gré des années et des événements marquants de cette période.

Une réussite formelle indéniable

On a là un film à concept puisqu’en réalité, chaque image que l’on y voit est issue de la caméra de la diégèse, ce qui fait de cette réalisation une sorte de « found footage » comique. De plus, le film a été co-écrit par Max Boublil et Anthony Marciano et résulte en un mélange de leurs souvenirs respectifs. Le film bénéficie d’une belle distribution avec Alice Isaaz, excellente et magnifique ici, qui interprète Emma, le couple Noemie Lvovsky – Alain Chabat pour jouer les parents de Max ou encore Thomas VDB qui intervient quelques minutes dans le rôle d’un producteur de pièces de théâtre un peu bizarre mais drôle. Le choix des acteurs pour incarner les personnages jeunes est également très réussi surtout pour Max où la ressemblance avec la version adulte est assez bluffante.

La première chose que l’on peut noter c’est la narration, qui repose énormément sur le montage. Si l’on peut croire au début que l’on ne va assister qu’à un enchaînement de souvenirs et d’éléments nostalgiques, on est vite surpris de voir une trame se développer à travers principalement la relation entre Max et Emma. Cette amitié, à la lisière de l’amour, est le fil rouge du film et ce qui lui permet d’avancer de manière logique. Le travail des ellipses est également à noter, lesquelles sont souvent bien gérées tant de manière comique que dramatique et apportent une grande fluidité au récit, ce qui dans bon nombre de films pourrait résulter en quelque chose de très brouillon et agaçant.

Ce qui fait la force du métrage, c’est tout le soin apporté à la reconstitution. Les décors sont gorgés de petits détails : une gameboy color au coin d’une table, une affiche 3615 Ulla dans la rue, un poster des Crados etc … Tout cela ajoute déjà un certain charme et surtout du réalisme, d’autant que ces éléments ne sont pas portés aux yeux du spectateur de manière criarde, ils sont simplement présents dans le décor, dans un coin du cadre. Par ailleurs, pour ceux qui n’ont pas toutes les références, le film ne perd pas en intérêt puisque ce qu’il met en avant est universel et elles ne sont pour la plupart qu’un petit bonus, donnant un côté ludique à l’ensemble.

La bande-son allant d’Hélène Rolles aux Pixies en passant par Oasis joue un rôle important également mais surtout ce qui est intéressant c’est le travail de recréation d’événements notamment la scène de la finale de la coupe du monde 98 où le réalisateur mêle habilement images d’archives et reproduction avec figurants. La mise en scène est donc aussi une partie importante du film car, bien qu’on ne la ressente pas par l’aspect « vlog » qui se dégage, chaque mouvement de caméra nécessite une préparation minutieuse. On la voit aussi évoluer avec les différentes technologies qui arrivent et font changer la qualité, la fluidité dans les mouvements, les ratios et autres aspects techniques. C’est donc assez ingénieux et plaisant à voir.

Nostalgie, amour, présent et… prévisibilité

Le film tourne principalement autour du temps qui passe, du besoin de se souvenir pour avancer. Il y a également un beau message sur la transmission inter-générationnelle, l’héritage socio-culturel avec le fait que Max tient sa passion de filmer en permanence de sa mère et son côté foufou, extravagant de son père. On le voit aussi mimer des scènes de son enfance une fois père et commencer à partager ce qu’il aime, ce qui est en fait une mise en abyme du propos de base du film.

L’humour est très présent, comédie oblige, et fait mouche. On a droit à quelques « running gags » vraiment sympathiques, comme celui lié à l’âge d’une conquête d’un ami de Max, mais on a aussi pas mal de scènes entières purement comiques à l’image de la virée en voiture le premier jour du permis de Max ou encore l’anniversaire des quatre ans de sa fille.

Néanmoins, certaines blagues sont assez prévisibles, et une fois la trame établie, on devine assez facilement sa résolution, reprenant le script assez classique de la plupart des « romcoms ». Cela peut nuire à l’impact émotionnel, tout comme le fait que la plupart des enjeux dramatiques sont rushés, surtout vers la fin, ou bien désamorcés par un élément comique. Tout ceci empêche le final d’impacter fortement alors que Boublil et Isaaz donnent vraiment tout pour nous émouvoir.

Cela dit, le film est très satisfaisant et surtout d’une grande fraîcheur à l’heure où nos comédies populaires ont tendance à se reposer sur des « vannes » tristement discriminatoires et un formalisme plus digne de les faire qualifier de téléfilms que de sorties cinéma.

Ici, on ne voit pas le temps passer, on ressent le vécu d’une génération, que l’on ait partagé ce vécu et ces années ou non, et on suit les pérégrinations de celui qui jadis aimait les moches avec joie. Bref, Play, c’est beau, original et sympathique. C’est la bonne comédie française du début d’année, qui raconte presque trois décennies et qui permet de commencer la nouvelle de la meilleure des manières.

Play, de Anthony Marciano. Avec Max Boublil, Alice Isaaz, Noémie Lvovsky, … 1h48

Sortie le 1er janvier 2020.

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