Les filles du docteur March : Et Greta créa les femmes

Trois ans après ses débuts remarqués dans la réalisation avec Lady Bird, un teen movie aussi sympathique que touchant, Greta Gerwig repasse derrière la caméra en ce début d’année pour nous offrir son adaptation du célèbre roman de Louisa May Alcott avec Les filles du docteur March.

Jo (Saoirse Ronan, déjà actrice principale dans le film précédent de la cinéaste), Meg (Emma Watson), Amy (Florence Pugh) et Beth (Eliza Scanlen) sont sœurs et ce film nous donne à voir leur vie quotidienne, tant passée que présente, notamment marquée par la rencontre de Laurie (Timothée Chalamet), voisin venant troubler la quiétude sentimentale des demoiselles par ses agissements comme par les membres de son entourage qu’il amène nécessairement à faire interagir avec celles-ci.

Greta Gerwig a un sens de la mélancolie et des bons sentiments et ce, que ce soit comme actrice ou réalisatrice. Elle arrive rapidement à nous immerger dans un monde réconfortant, chaleureux grâce à l’écriture de ses protagonistes et la manière délicate qu’elle a de les introduire. Ce faisant, elle nous fait nous attacher à la galerie de personnages suscités et plus encore même, puisque les personnages même tertiaires arrivent à se démarquer suffisamment. C’est là l’un des talents de la jeune cinéaste, qu’elle confirme ici, à savoir faire exister individuellement chaque personne. Cette connexion qu’elle crée, cette empathie entre le spectateur et ceux qu’il est amené à voir évoluer, permet de suivre l’histoire avec grand intérêt, aussi futile le quotidien de quatre jeunes filles puisse-t-il sembler comme le mentionne Jo pendant le métrage.

Certes, il peut arriver que l’intrigue patine et peut-être que certaines scènes auraient pu être raccourcies, mais l’ambiance développée est si riche en émotion que l’on est pris dans cette aventure familiale, nous faisant passer d’un sourire béat, limite niais, à de belles larmichettes (voire des torrents pour les plus sensibles). Cette candeur globale ainsi que l’aspect romantique et hors du temps de nombreuses séquences, contrastés par de magnifiques incursions dramatiques, donnent un ton particulier au film, teinté d’un lot de moments réjouissants mais toujours avec une tristesse lancinante qui subsiste intérieurement. On a là un mélange parfaitement dosé, chose assez rare dans les grandes productions américaines récentes.

Cela est sans nul doute dû aux acteurs mais surtout actrices. Tout le monde est excellent et parfait dans son rôle. Les sœurs dégagent une véritable alchimie entre elles – avec leur mère également, joliment interprétée par Laura Dern -, et si toutes arrivent à briller, c’est Florence Pugh qui vient confirmer un peu plus, après sa merveilleuse prestation dans Midsommar, qu’elle est une des jeunes actrices les plus prometteuses. Côté masculin, Timothée Chalamet, comme à son habitude, est très bon. On peut cependant regretter la sous-exploitation de Louis Garrel qui, bien que marquant sur le peu de temps d’écran dont il dispose, aurait mérité plus de visibilité. Les autres seconds rôles viennent agrémenter ce petit univers, parfois par de simples comportements, et on croit véritablement à ce qui nous est offert, du moins l’on a envie d’y croire et de vivre avec ces personnages.

La mise en scène et le sens du montage ne sont également pas en reste pour nous toucher et la gestion des flash-backs est très réussie avec des raccords très intéressants entre les scènes (certains sont malheureusement approximatifs ou étranges), et tout ceci apporte une grande fluidité à l’histoire tout en renforçant les émotions. À ce titre, la séquence finale est assez brillante tant elle joue avec le spectateur et ses sentiments.

À travers le quotidien de ces jeunes filles, la cinéaste va réussir à nous montrer diverses facettes de la féminité et de la vie en tant que femme. Chacune des sœurs a sa propre vision du monde, ses aspirations et chacune essaie de vivre sa vie de la manière la plus libre possible, en s’affranchissant des différents carcans qu’on tente de leur imposer.

Mais la question du féminisme est brillamment gérée par Gerwig qui comprend que mettre en avant les femmes ne passe pas par la dévalorisation gratuite des hommes avec lesquels elles interagissent (la plupart des studios feraient bien d’en prendre de la graine) mais plutôt par une écriture fine et subtile des deux. Certaines répliques pour caractériser le côté « strong independent woman » de Jo sont un tantinet excessives, même si elles coïncident plus ou moins avec son tempérament, mais dans l’ensemble le message est bien amené et développé.

Ainsi, pour son deuxième long-métrage seulement, Greta Gerwig confirme tout ce que le premier laissait présager quant à son talent de narratrice et de réalisatrice. Livrant ici un beau conte mélancolique sur l’amour, l’ambition et la place des femmes, elle nous charme encore davantage et on ne peut que se languir de voir ce qu’elle nous prépare pour la suite.

Les filles du docteur March, de Greta Gerwig. Avec Saiorse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson… 2h15

Sortie le 1er Janvier 2020.

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