Les enfants du temps : mécanisme rouillé

S’il y a bien une grosse attente en ce début d’année 2020, c’est bien le nouveau film de Makoto Shinkai. Celui qui nous avait bouleversé fin 2016 avec son merveilleux Your Name revient avec Les enfants du temps (Weathering with you en VO). Une nouvelle romance au cœur d’un Tokyo constamment sous la pluie. Les premières images laissaient présager une petite merveille, mais force est de constater – à grands regrets – que le réalisateur commence à s’essouffler.

Un étrange phénomène météorologique s’abat depuis plusieurs mois sur Tokyo, le ciel gris et la pluie incessante sont au rendez-vous. C’est dans cette mégapole terne que débarque Hodaka, un jeune lycéen en fuite qui va être hébergé par un journaliste tenant un magazine sur les phénomènes surnaturels. C’est en enquêtant sur cette météo capricieuse qu’il va faire la rencontre de la jeune Hina qui semble avoir un don particulier, celui de faire apparaître le soleil quand elle le souhaite. Accompagnés du petit frère de cette dernière, les trois comparses vont en profiter pour monter leur petit business sans se soucier des conséquences…

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Tokyo/Paris : même combat, on en a marre du mauvais temps

Depuis ses débuts, Makoto Shinkai s’est évertué à dépeindre des relations amoureuses adolescentes dans un contexte qui sépare ces deux personnes que ce soit par le temps (Your Name) ou par l’espace (The Voices Of A Distant Star) magnifiant l’exercice avec une certaine maîtrise. Une maîtrise qui a atteint son apothéose dans Your Name mais après cette prouesse qui a fait parler d’elle à travers le monde, était-il possible de faire aussi bien, voire mieux ? Pas sûr.

Plusieurs éléments nous mettent déjà sur la voie : le retour de la collaboration entre le réalisateur et le groupe Radwimps qui nous offre une BO finalement assez ressemblante à Your Name (et en beaucoup moins saisissante) mais surtout le Work In Progress auquel nous avions assisté au dernier Festival d’Annecy, qui nous laissait déjà un avant-goût amer. Un film encore en post-production à un mois de sa sortie japonaise et une vague impression de rush se faisait sentir. On dénote surtout les ressemblances entre ce film et son prédécesseur : l’histoire, l’affiche, les personnages… Et au visionnage, toutes nos craintes se sont malheureusement avérées exactes.

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Un déséquilibre trop important

Les problèmes inhérents au film n’apparaissent pas de suite. Toute la première partie qui introduit la situation et les personnages est fidèle à Makoto Shinkai : des touches d’humour, de la poésie et de l’émotion. Le réalisateur sait nous prendre par les sentiments, nous décrire et nous présenter des personnages avec une vraie délicatesse qui ne sombre jamais dans le pathos. C’est dans la seconde partie que de nombreux défauts commencent à apparaître. Il est premièrement impossible de ne pas voir les ressemblances avec Your Name, on sent à quel point Makoto Shinkai s’accroche à ce qui a fait son succès quitte à en devenir vite redondant. Là où la recette aurait pu fonctionner, Les Enfants du temps s’embourbe à partir du moment où Hodaka et Hina se lancent dans leur petit business de distributeur de soleil. Une brocante a besoin de soleil, des mariés veulent du beau temps et ça s’enchaîne comme ça pendant de (trop) longues minutes si bien qu’on en oublie la relation qui est censée se créer. En une seule scène et après un oubli tant du spectateur que du réalisateur, toute leur relation amoureuse se construit et se déconstruit.

Un film qui ne sait pas ce qu’il veut

Toute la promotion de ce film a tourné autour de l’écologie, de son message préventif. Outre la pluie incessante, peu d’éléments nous font comprendre que ce film a une portée écologique. Était-ce un moyen pour vendre le film et « surfer » sur ce mouvement ? Peut-être. Il n’empêche que c’est une toute autre route que semble prendre le métrage : un pessimisme où des enfants plus totalement enfants et pas encore totalement adultes doivent apprendre à vivre et grandir alors que les lueurs d’espoir se dissipent aussi vite que les éclaircies. Et pourtant même ce sujet si intéressant à aborder est simplement effleuré en surface. Sur quasiment deux heures, Makoto Shinkai ne raconte presque rien.

On attendait énormément le réalisateur au tournant, peut-être trop d’ailleurs ? Sans lui retirer toute la délicatesse et la poésie qui caractérisent le film ni même le lyrisme de certaines scènes, le tout n’atteint jamais cette maestria qu’on attend désespérément. Les Enfants du temps a été déjà vu, chez son propre auteur, et en mieux.

Les Enfants du temps de Makoto Shinkai. 1h54
Sortie le 8 janvier

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