L’homme du sud : cultiver sa liberté

Alors que la seconde guerre mondiale touche à sa fin, Jean Renoir, illustre cinéaste français retranché outre Atlantique depuis quelques années alors, réalise son troisième film américain, L’homme du sud (The Southerner en version originale). Un film pas forcément très connu dans nos contrées mais loin d’être à oublier dans la carrière du réalisateur.

Narrant l’histoire de Sam Tucker (Zachary Scott) qui, accompagné de sa femme Nona (Betty Field), leurs enfants Daisy et Jot et sa grand-mère, va décider de devenir cultivateur de coton à son propre compte, L’homme du sud montre avant tout les désillusions liées à cette ambition, la conviction d’un homme dans son projet et l’adaptation d’un groupe à un nouveau mode de vie.

Étant encore peu acclimaté au système hollywoodien, Renoir se place ici dans le sillon des drames Fordiens tels que Les raisins de la colère mais adapte ce genre à sa sauce, française évidemment. Ainsi, il va privilégier les thématiques et le réalisme au divertissement habituel américain et proposer une œuvre profonde et intéressante.

Ici Renoir montre un retour à la terre, littéralement, avec cette famille qui va venir gratter un sol abandonné pour lancer sa culture. Il ne lésine pas sur l’utilisation de la nature, omniprésente tant visuellement que dans le son, et propose ainsi une immersion dans la campagne, à l’instar de son Toni très ancré dans le sud de la France mais bien différent dans le fond, avec ce tout qui accompagne cette tentative d’émancipation.

À ce propos, il est notable qu’il s’agit d’un film indépendant du cinéaste sur le sol américain, après deux essais plutôt difficiles avec les studios. On sent donc bien la voix de Renoir derrière celle de Sam qui s’oppose à de multiples reprises à l’idée de se conformer au système, à travailler en usine ou comme journalier dans un champ, ce qui est qualifié de choix de « la sécurité » pendant le métrage. Le réalisateur fait vraiment de cette position le symbole de son choix d’opter pour la difficulté, prix fort certes mais lui garantissant le contrôle de ses actes et de son art.

Parallèlement à cette quête de liberté, il met en avant d’autres thèmes forts comme l’importance de la famille, la solidarité, la misère ou encore la détermination. Il distille alors chacun de ces messages habilement à travers les divers malheurs et péripéties rencontrées par la famille Tucker : un voisin excessivement envieux, la maladie d’un enfant ou bien une catastrophe naturelle.

Il essaie même de montrer une image assez progressiste de la femme pour l’époque avec Nona qui, au départ montrée comme la simple suiveuse en décrivant son mari comme « le chef », devient de plus en plus forte tant dans son soutien que ses initiatives, allant même jusqu’à coucher un homme en un seul coup et réparer la maison comme si de rien n’était alors que son mari semble désemparé.

Tout ceci est joliment montré par une photographie sublime, marquée par une belle utilisation des ombres pour amplifier l’aspect dramatique, dans des décors naturels et par la mise en scène classique de Renoir, réaliste et non ostentatoire. Ce dernier, s’il rate une scène d’action au cœur du film et que le rythme du film souffre de certaines lourdeurs, livre un dernier acte impressionnant et prenant qui offre une belle conclusion à ce qui n’est en réalité que le début d’une belle et longue aventure à venir pour cette famille.

Ainsi, en montrant sa propre volonté de détachement du système, Renoir livre un film profond et puissant thématiquement parlant qui, au sortir de la guerre, lui a valu une nomination à l’oscar du meilleur réalisateur en 1946. S’il n’est pas considéré comme une œuvre des plus marquantes du cinéaste chez nous, à l’inverse de La règle du jeu ou La grande illusion pour ne citer qu’eux, L’homme du sud demeure un film fort intéressant dans son contenu comme dans son contexte dont la (re)découverte, et pourquoi pas réévaluation, ne peut pas être une mauvaise chose.

L’homme du sud, de Jean Renoir (1945). Avec Zachary Scott, Betty Field, … 1h32

Ressortie en salles le 5 février 2020.

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