Un fils: Une urgence familiale

Un fils est le premier film de Mehdi M. Barsaoui, une nouvelle surprise d’un cinéma maghrébin s’imposant à la face du monde, et dont de nombreux films ont commencé à titiller les festivals du monde entier. Papicha de Mounia Meddour en Algérie, Much Loved de Nabil Ayouch au Maroc ou Plus Jamais Peur de Mourad ben Cheikh en Tunisie. Une démonstration toute belle d’un cinéma grandissant lors de cette dernière décennie. Aujourd’hui Un Fils est la preuve qu’une nouvelle génération est bouillonnante et prête à s’exprimer. Mehdi M. Barsaoui réunit Sami Bouajila (Indigènes, Braqueurs) et Najla Ben Abdallah, connue pour avoir jouer dans des séries locales.

Fascinant dans son ouverture, Un Fils saisit avant l’événement dramatique la complicité touchante entre les membres d’une famille. Des scènes en voiture qui nous attrapent par leur exiguïté, des moments qui semblent pleins de franchise. Farès faisant conduire Aziz, ou Aziz chantant à tue-tête une musique festive. La voiture, un des lieux les plus communs des souvenirs de voyage est utilisé ici avec une certaine justesse. Autant que cette scène où ils retrouvent des amis dans un coin de forêt, habillés sans contraintes, buvant de la bière et se marrant comme libérés des chaînes d’une société qui préfère revenir à une régime conservateur. Cette scène de festivités résonne tout au long du film.

L’histoire a lieu en 2011, aux débuts d’une instabilité politique en Tunisie entre sa révolution qui vire du pouvoir Ben Ali et le retour de fondamentalistes et terroristes. Rien n’est frontal, tout est souligné, ce terrorisme qui bouleverse la vie de cette famille, qui détruit la vie d’Aziz n’est pas seulement une attaque contre leur fils, mais contre une nouvelle génération. Entre la vie et la mort, dans le compte à rebours pour sauver la vie de leur enfant se déploie toute une métaphore brutale qui lie la plus grande intimité à la vie de tout un peuple. Barsaoui ne manque pas de filmer cette dualité entre l’étouffant hôpital et l’immensité du désert tunisien. Un Fils sait comment nous faire ressentir cette attente terrifiante propre à l’hôpital. En rendant ces lieux lugubres par leurs néons verdâtres, silencieux par ce couple qui se brise et doit attendre les échos du choc pour de nouveau s’exprimer correctement. Farès et Meriem sont impressionnants tant ils tiennent leurs rôles et arrivent en gradation à atteindre l’apothéose des personnages meurtris par l’événement et les découvertes qui explosent le couple. 

Il est cependant dommage de voir qu’Un Fils ne parvient pas à avoir une fin digne de ce nom. On a cette impression de non-choix, d’une peur de suivre une voie plutôt qu’une autre. L’histoire évolue selon les complications et l’évolution clinique du fils Aziz, et l’écriture arrive même à nous surprendre et à nous emmener ailleurs en divisant temporairement la subjectivité qui n’est plus celle du couple, mais d’une part Farès et d’une autre Miriem.

Un Fils de Mehdi M. Barsaoui est un film à voir, en plus d’être beau dans son esthétisme. Il ne cède pas dans un manichéisme primaire, dans le pathétique et dans le tire-larmes. Un bon film est celui qui arrive à parler de la grande Histoire dans la petite et Un Fils y arrive avec talent. 

Un fils, de Mehdi MBarsaoui. Avec Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri… 1h36.
Sortie le 11 Mars 2020. 

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