Critiques On rembobine

Tous en scène : de l’amour de la comédie musicale

On cite souvent Chantons sous la pluie de Stanley Donen ou Un américain à Paris de Vincente Minnelli quand on pense aux grandes comédies musicales hollywoodiennes des années 50. Pourtant, ce second cinéaste ne s’est pas contenté de faire danser Gene Kelly. Il a aussi pu profiter de l’un des plus grands noms de ce genre avec nul autre que Fred Astaire, « tap-dancer » devant l’Éternel, dans Tous en scène sorti en 1953, l’un des meilleurs « musical » de la période, trop souvent oublié malheureusement.

S’il partage certaines similarités avec le chef d’œuvre de Stanley Donen déjà cité, comme le duo de scénaristes ou encore son thème d’une carrière à relancer, The Band Wagon comme il est appelé outre-Atlantique se distingue par ce qu’il est intrinsèquement. Minnelli réalise ici un film miroir de la réalité du milieu et des participants au projet. Fred Astaire est littéralement Tony Hunter, une ancienne figure des comédies musicales d’antan dont la carrière a perdu en éclat et qu’il s’agit de faire reluire. Il trouve donc un couple d’amis à New York, scénaristes, qui vont essayer de remettre leur camarade sur le devant de la scène en proposant de monter une pièce sur Broadway. Là, Tony va faire la rencontre de Cordova, un metteur en scène et acteur un peu mégalo sur les bords qui va radicalement transformer le projet initial alors que notre star sur le déclin peine à s’entendre avec la ballerine Gabrielle Gerard, incarnée par Cyd Charisse, qui partage l’affiche avec lui.

« That’s Entertainment ! »

La dimension méta du film est donc indéniable et intéressante mais ce n’en est même pas la force. Tous en scène impressionne surtout par ses numéros et ses chansons. Si le début peut laisser perplexe, malgré la petite aventure rocambolesque de Fred Astaire dans New York, Minnelli se rattrape rapidement et nous embarque dans son univers. Décors fastueux, chorégraphies gracieuses et inventives, mise en scène sobre aux soubresauts créant l’émerveillement, on sent une réelle maîtrise de la part du cinéaste.

Clearly not a waste of a lovely night

Le vrai point de départ serait donc la séquence « Dancing in the dark », quand Tony et Gabrielle font réellement connaissance en dansant sous les étoiles dans un parc ; un passage que Damien Chazelle reprend pour « A Lovely Night » dans La La Land. Les numéros qui s’en suivent, amusants et de très bonne facture, vont alors être les briques formant le socle pour la conclusion du récit. En effet, à mesure que nos personnages essaient de monter leur pièce et que les déconvenues s’enchaînent, on décèle tout de même en filigrane quelque chose de puissant qui sommeille. L’évolution des numéros évoquée précédemment n’est en réalité qu’un prétexte pour amener à ce qui représente sûrement la quintessence de la comédie musicale hollywoodienne : le « girl hunt ballet ».

Sans trop en dire, car ce serait gâcher la surprise procurée par cet éclat de génie pur, il s’agit là d’un segment de dix minutes durant lesquelles les astres sont alignés, et le cinéma musical semble plus simple et envoûtant que jamais. Minnelli finit par toucher au sublime et ancre son œuvre au panthéon des créations du genre. On est conquis, heureux par ce divertissement de chaque instant. Si l’impression qui perdure est celle que l’on pourra difficilement voir quelque chose d’aussi spectaculaire dans ce registre, on sent aussi notre amour pour les « musicals » croître une fois le rideau retombé sur ce Broadway cinématographique.

Tous en scène de Vincente Minnelli. Avec Fred Astaire, Cyd Charisse, Nanette Fabray, … 1h52

Sortie le 7 août 1953.

À propos Elie Bartin

L'as du patrimoine, perdu dans un autre temps, qui à seulement 22 ans fait frémir André Bazin à chaque écrit. Ce que tu appelles "journée de 24h", j'appelle ça "deux films de Jacques Rivette". Mon relecteur a beau avoir raison en disant que la Corée est le pays ultime du cinéma, je joute contre vents et marées pour déclamer mon amour pour la belle France, qui ravit mes séances depuis toujours, avec une verve et rage que l'on pourrait penser snob. Alors je me soigne en écrivant ici, et en variant les sujets, parce que j'aime de tout, et que tout est cinéma. Et en vrai je suis juste un petit con sans arrogance qui prend tout avec cynisme et sans sérieux. Allez viens, on se marre bien. (Merci à Thierry de Pinsun pour la bio)

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