Critiques On rembobine

La piscine : l’amour en proie au doute

Une villa, le soleil, Alain Delon et Romy Schneider faisant bronzette, le cinéma a-t-il beaucoup mieux à offrir que cela ? Pas vraiment quand Jacques Deray se met derrière la caméra et s’attelle à nous offrir un thriller aussi sensuel qu’étouffant qu’est La piscine.

La réunion sur grand écran de l’un des couples les plus glamours de l’histoire vient autant régaler nos rétines que la musique de Michel Legrand chatouille nos oreilles durant le générique. Alain Delon est Jean-Paul, écrivain raté reconverti en agent publicitaire, et Romy Schneider est Marianne, sa compagne depuis deux ans. Leur amour est passionnel, charnel et Deray ne tarde pas à le montrer. Il exalte leurs corps en les montrant au soleil, ruisselant tant de sueur que l’eau de la piscine, et nos sens sont alors éveillés. La première heure devient alors le théâtre d’une tension sexuelle permanente, renforcée à l’arrivée à la villa d’Harry (Maurice Ronet), playboy spécialisé dans l’édition musicale et ancien amant de Marianne, accompagné de sa fille de 18 ans Pénélope (Jane Birkin).

Canicule sentimentale

La chaleur monte donc progressivement à mesure que les regards se croisent. Le côté malsain gagne en ampleur quand, lors d’une soirée, Harry se rapproche tendrement de Marianne durant un slow, ce à quoi Jean-Paul répond en allant réconforter une Pénélope un peu paumée. Pourtant, et c’est là l’intelligence de Deray, rien n’est jamais montré comme étant consommé. Tout adultère possible n’est que sous-entendu et encore, sans aucune certitude. Il nous maintient en apnée face à ce chassé-croisé au cœur de la villa mettant à mal un amour qui semblait jusque-là imperturbable.

Il distille un poison, le pire de tous dans ce genre de situations, le doute. Romy Schneider, alors dans un creux de sa carrière et imposée par Delon aux producteurs, révèle une palette de jeu folle et un aspect pernicieux qui donne au film toute sa saveur étouffante. Ses courbes deviennent objet de rivalité, chacun de ses mouvements source d’un désir irrépressible mais son caractère trempé en fait une femme intelligente qui a conscience de ses atouts. Son jeu tout en nuance contraste alors avec celui de Jane Birkin qui, si elle peine à chaque ligne de dialogue à délivrer, vient servir en tant que gamine à peine majeure et paumée de consolation à un Delon rongé par la jalousie.

La guerre psychologique entre ce dernier et Maurice Ronet, déjà amis-ennemis pour Plein Soleil neuf ans plus tôt, devient donc l’épicentre du suspense jusqu’à un point de non-retour glaçant et une conclusion toujours aussi efficace et marquante. La piscine n’a pas perdu de sa superbe presque 50 ans après son apparition. Malgré son montage hasardeux à quelques endroits, il s’agit d’un film fort dont l’impact n’est pas négligeable mais la classe inégalable ; Luca Guadagnino et François Ozon ont essayé de recréer le miracle, en s’en inspirant, avec de la réussite mais sans jamais atteindre le niveau de l’œuvre de Deray. En même temps, face au couple Delon-Schneider, évidence absolue à l’alchimie radieuse et envoûtante, difficile de lutter…

La piscine de Jacques Deray. Avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet, Jane Birkin, … 2h

Sortie le 31 janvier 1969.

À propos Elie Bartin

L'as du patrimoine, perdu dans un autre temps, qui à seulement 22 ans fait frémir André Bazin à chaque écrit. Ce que tu appelles "journée de 24h", j'appelle ça "deux films de Jacques Rivette". Mon relecteur a beau avoir raison en disant que la Corée est le pays ultime du cinéma, je joute contre vents et marées pour déclamer mon amour pour la belle France, qui ravit mes séances depuis toujours, avec une verve et rage que l'on pourrait penser snob. Alors je me soigne en écrivant ici, et en variant les sujets, parce que j'aime de tout, et que tout est cinéma. Et en vrai je suis juste un petit con sans arrogance qui prend tout avec cynisme et sans sérieux. Allez viens, on se marre bien. (Merci à Thierry de Pinsun pour la bio)

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