On rembobine

Three Billboards : La force des mots

Après la très forte impression de Bons Baisers de Bruges et le naufrage Sept Psychopathes, n’arrivant pas à trouver un équilibre entre éclairs de génie et beauferie lourdingue, on attendait Martin McDonagh au tournant. À tout moment, et par sa volonté de traiter son sujet par le drame et le comique, Three Billboards pouvait tomber dans l’écueil de son prédécesseur. Heureusement pour nous, ce n’est pas le cas.

On assiste au combat d’une mère réclamant justice face à des événements qui dépassent tous leurs acteurs indirects. La distance entre les panneaux, ce recul que personne n’arrive à prendre, est déjà annonciateur de l’amas de mauvaises décisions qui vont mener au crescendo de violence. Derrière l’humour noir – servi par des dialogues au diapason – se dissimule un véritable drame moderne. La stupidité des personnages, notamment ceux censés être au service des habitants, démontre d’un fond triste. On y voit la réalité des petites villes américaines, la détresse profonde et l’ambition rare pour ceux disposant de trop peu de moyens pour s’imaginer aller plus loin que le statut social où ils s’enferment. La bêtise qui fait rire au premier abord devient une idiotie plus grave, pleine de tristesse et de mélancolie.

Et c’est ainsi que McDonagh parvient à jouer sur les émotions, à nous faire passer des rires aux larmes en un clin de plan, par une force évocatrice qui nous rassemble tant elle nous concerne. Lorsque l’on parle d’enquête, de crime, on en oublie les proches, la vie quotidienne des locaux habitant des lieux de théâtres insensés. En nous proposant un film qui parle de ces laissés pour compte, on nous offre un angle rare, scène de possibilités de narration. Alors on se prête au jeu, l’humour nous aide à tenir face aux situations moins minimisées, et on y voit des gens dépassés, par eux-mêmes mais aussi par l’ampleur des événements.

Peut-on accepter de classifier Three Billboards comme une comédie quand le fond et les réflexions apportées prennent place en gravité, ou de qualifier de drame quelque chose qui nous aura autant fait rire ? C’est aussi en cela que le métrage de Martin McDonagh marque, en ce qu’il a d’unique, et en sa capacité à jouer constamment sur les deux tableaux sans tronquer son sujet.

Three Billboards : Les Panneaux de la Vengeance, de Martin McDonagh. Avec Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson… 1h55.
Sorti le 17 janvier 2018
Texte datant de 2018, remanié pour être publié dans nos pages

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

0 comments on “Three Billboards : La force des mots

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :