Jumbo : Manège de la vacuité

Venant ouvrir l’édition 2020 du Champs Elysées Film Festival, le premier long de Zoe Wittock a tout de l’ovni de ce genre d’événement, prêt à faire sensation. Pourtant, parfois les astres ne s’alignent pas, la mayonnaise tourne au lieu de prendre, et l’on se retrouve face à des Jumbo. Des films d’une indigence rare mais se voulant percutants, pour un résultat affligeant.

Attraction fatale

Dès le départ ça sent le roussi, avec un postulat qui, sans créer l’indignation, laisse fortement perplexe quant à la suite des événements. Noémie Merlant, après nous avoir marqué dans le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, tombe ici dans un trip, aussi régressif dans la forme que se croyant progressiste sur le fond, d’ado boutonneuse surfant sur la vague des mouvements LGBT (comprenons-nous bien, nous dénonçons là l’accumulation de clichés qui desservent plus l’acceptation d’un mouvement qu’autre chose, du pseudo-métaphorique qui se veut woke mais n’y comprend rien. Comme cité précédemment, Sciamma, elle, l’a compris) tout en s’inspirant d’un fait divers peu vendeur (l’histoire de la personne ayant épousée la Tour Eiffel). Incarnant Jeanne, une jeune femme n’arrivant pas à aimer les hommes, malgré la pression de sa mère envahissante et libidineuse (Emmanuelle Bercot), qui développe des sentiments pour la nouvelle attraction du parc où elle travaille.

À partir de là, c’est la fête au village. La jeune cinéaste belge, également scénariste, s’embourbe dans un enchaînement de clichés des plus désolants. Tout y passe : les hommes présentés sont odieux ou pervers, – on notera à ce titre la délicieuse performance de Bastien Bouillon, lequel se croit dans un mauvais gonzo à chaque apparition au point de susciter une hilarité des plus appréciables au milieu du naufrage ambiant -, maman n’approuve pas le comportement de son enfant, et les répliques aberrantes du type « C’est peut-être à vous d’ouvrir les yeux » sont légions. Autant dire que l’exaspération est de mise, comme le propos est plus bateau que n’importe quelle chanson de Big Flo et Oli intentant de nous faire comprendre la vie, la vraie.

On en arrive à se demander si tout l’aspect conte, volontairement mis en avant, ne serait pas qu’un prétexte pour justifier une absence partielle de talent. Rendons à César ce qui lui appartient, il y a bien quelques scènes qui sortent du lot et traduisent une certaine pulsion créative, à l’instar de celle impliquant une salle blanche et de l’huile. Noémie Merlant, quant à elle, parvient tant à embrasser la dimension de folie passionnelle de son personnage, qu’à virer au ridicule en l’espace de quelques secondes, pour un résultat très inégal mais pas dénué d’intérêt. À propos de son personnage, au-delà de sa non-attirance pour le sexe opposé, on lui décèle un vrai malaise avec les hommes, dont la cause n’est tristement jamais exploitée ou développée. Le film préfère la montrer batifoler sur des barres en métal dans un délire clipesque nauséabond tandis que môman boude. Sur le reste, on oscille entre l’abomination et l’insignifiance, avec par exemple une photographie soignée certes, mais qui ressemble à n’importe quelle « teen-serie » Netflix post Stranger Things.

Zoe Wittock pèche d’autant plus à chaque moment de l’intrigue voulu comme marquant. Incapable de retranscrire des émotions, elle sombre pathétiquement dans le vulgaire et viole le mot subtilité, au même titre que l’intelligence du spectateur, à de nombreuses reprises. Quoi ? Vous n’aviez pas compris que les tours de manèges étaient des parties de jambes en l’air malgré les cris douteux de Jeanne et ses grimaces gênantes ? Que l’huile avec laquelle Merlant se badigeonne le corps, comme une gamine de 5 ans jouant avec son caca, lui procure un orgasme ? Pas d’inquiétude, le personnage se fera un plaisir de le hurler au cours d’une scène dans les cinq minutes qui suivent tant la mise en scène peine à faire effet malgré l’application basique apportée. On se rappelle alors le Créatures célestes de Peter Jackson, film qui, traitant d’une adolescente découvrant sa sexualité sortant du cadre hétéro traditionnel prôné par la société, évoquait un sujet assez similaire donc en mêlant habilement poésie, féerie même et violence.

Et si vous pensez que le pire est atteint à la fin de chaque séquence, réjouissez-vous, la conclusion arrive à dépasser l’imaginable. C’est ainsi qu’alors que vous ravalez votre vomi, prêts à affronter l’épilogue tant désiré, on vous badigeonne les yeux de wasabi tout en vous découpant les lobes d’oreille au cutter rouillé (personne n’a « mouillé » dessus pour qu’il soit dans cet état-là, si cela peut rassurer Emmanuelle Bercot, remontant le niveau du film d’ailleurs). Le générique de fin intervient donc comme une libération. On quitte le parc d’attraction malade, l’estomac retourné, le regard vide, la larme à l’œil mais pas pour les raisons escomptées, et l’on espère vite retrouver Noémie Merlant non plus proche du grand huit mais du grand Art, comme il n’y a pas si longtemps…  

Jumbo de Zoe Wittock. Avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon, … 1h34

Sortie le 1er juillet 2020.

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