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BlacKkKlansman : Spike Lee enragé

Disparu des radars cannois depuis 2002 dans la section Un Certain Regard avec Ten Minutes Older, Spike Lee fait un retour en grandes pompes sur la Croisette en amenant son dernier film BlacKkKlansman directement en Compétition officielle. Grand bien lui fasse, le réalisateur est reparti avec entre ses mains le Grand Prix. Une distinction éminemment politique faisant autant écho autant au passé qu’à une actualité (malheureusement) toujours aussi brûlante.

BlacKkKlansman c’est l’histoire vraie de Ron Stallworth, premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department qui, bien décidé à faire bouger les choses dans une société encore réfractaire aux droits des noir·e·s au début des années 70, se lance dans une mission quasi-suicide : infiltrer le Ku Klux Klan et dénoncer ses malversations. À travers des échanges téléphoniques, Ron réussit à intégrer l’Organisation – comme ils aiment s’appeler – et devient un interlocuteur privilégié avec Davis Duke, « Grand Wizard » du KKK alors que c’est son collègue Flip Zimmerman qui est en charge de prendre la place de Ron lors des rendez-vous avec les membres du Klan. Au cours de cette enquête périlleuse, Stallworth et Zimmerman découvrent la tactique du KKK consistant à épurer son discours pour le faire passer en douceur auprès du plus grand nombre tandis que d’autres membres préparent une attaque meurtrière envers un groupe d’afro-américains revendiquant leurs droits.

À l’heure où l’Amérique de Donald Trump est encore marquée par des tueries raciales – le film est en partie motivé par les événements de Charlottesville, mais on pense au nouvel écho actuel avec la bavure ayant coûté la vie de Geroge Floyd, entraînant enfin un mouvement qui ne cesse de croître -, Spike Lee s’invite dans la danse – comme il le fait depuis des années avec son cinéma engagé – pour mettre un bon coup de pied dans les cojones du gouvernement US. Malgré l’action se déroulant dans les années 70, le réalisateur n’hésite pas à envoyer quelques piques bien senties à l’actuel président, notamment par des reprises de ses plus célèbres phrases avec par exemple un des membres du KKK  clamant vouloir redonner sa grandeur au pays (« give back America her greatness ») ou encore lors de cette scène d’ouverture avec un Alec Baldwin – qu’on rappelle presque imitateur officiel de Donald Trump dans le Saturday Night Live – vociférant des insanités sur fond de Naissance d’une nation (1915). La charge est immense – et tristement d’actualité – pour Spike Lee qui veut son film comme une réponse au racisme non seulement aux États-Unis mais également dans le monde entier. Mais loin de faire seulement de BlacKkKsman un film politique, c’est également – et peut-être avant tout  – une véritable comédie prête à tourner au ridicule racistes et extrémistes en tout genre. Porté par un duo aussi drôle que dynamique et charismatique (Adam Driver/John David Washington) et des seconds couteaux loin d’être en reste que ce soit le grand manitou David Duke (Topher Grace) certain de différencier un noir d’un blanc à sa façon de s’exprimer ou encore Felix Kendrickson (Jasper Pääkkönen), extrémiste parmi les extrémistes. 

S’il fallait trouver un défaut à ce BlacKkKlansman il résiderait dans son manque cruel de mise-en-scène. En effet, même si le fond l’emporte de très loin sur la forme, c’est justement ce qui empêche le film d’être plus ambitieux. Se laissant porter par son propos, le film en oublie toute ambition (contrairement à Blindspotting dont on vous parlait hier) même s’il se rattrape allègrement avec son final. En effet, sans crier garde, Spike Lee nous assène avec une réalité qui nous avait peut-être échappé lors du visionnage du film : celle de contestations, de morts, d’injustices sociales encore bien présentes. Et si les images de Charlottesville sont malheureusement impossibles à oublier, de bien tristes nouvelles images continuent de se greffer dans un effet boule de neige dévastateur.

BlacKkKlansman de Spike Lee. Avec John David Wahsington, Adam Driver… 2h08
Sortie le 22 août 

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