Conte d’été : mélodie salée

« Ça cause trop ! » diront les renfrognés, « y s’passe rien ! » enchériront les bornés… Alors bien sûr, si vous voulez du sang, de la bagarre et des cascades enflammées, changez de programme ! Mais diantre, posez-vous tout de même la bonne question : pourquoi faut-il impérativement regarder du Rohmer ? Réponse objective : parce que Rohmer écrit sur nos problèmes existentiels, les vrais, ceux qui charrient notre petit cœur d’artichaut. Sachez donc apprécier l’intime pensée de ces intelligentes causeries et prenez des notes s’il le faut !

« à ta place (…) je chercherai une fille pour l’été »

Dans son troisième film du cycle des Contes des quatre saisons (Conte d’été sort en 1996), Rohmer renoue avec deux de ses sujets de prédilection : la jeunesse contrariée et les plages, ces espaces d’oisiveté où l’on s’ennuie un peu. Ainsi l’on suit les aventures estivales de Gaspard, un étudiant rennais venu passer ses vacances à Dinard. Alors qu’il attend la venue de sa petite amie Léna, le garçon solitaire rencontre Margot, une étudiante qui travaille en tant que serveuse dans une crêperie. Hasards, hasards… ces jeux-là sont bien connus chez Rohmer. Margot devenue la confidente de Gaspard, l’on assiste, charmés à notre tour, à ces inimitables discussions qui ont fait la réputation du maestro…

« si jamais elle ne veut pas, pense à moi… »

Tantôt torturé à l’idée de ne pas aimer celle qui lui plaît vraiment, tantôt happé par les charmes de sa troisième prétendante, la volubile Solène, Gaspard noie ses états d’âme en composant quelques pansements musicaux à la guitare. Léna, la casse-pied, finit pourtant par rejoindre son petit ami et sème le trouble définitif.

En bon personnage rohmérien, Gaspard est romanesque. Il est donc (et surtout) de mauvaise foi. Une mauvaise foi qui le fait douter de tout, le rendant aveugle devant toute réalité. Choisir, dit-on, c’est renoncer. Alors, l’idée de choisir l’une des trois jeunes femmes, ne serait-ce que pour aller visiter l’île d’Ouessant, cette île sauvage des Filles de la pluie si bien racontée par l’écrivain André Savignon (référence littéraire citée dans le film), ne l’enchante guère… pire : ça lui fait peur. Les puristes le savent : le rohmérien, au fond, ne fait rien. Autrement dit, le fantasme, cette rêverie enfantine, doit rester intact.

Vous l’aurez compris, Conte d’été n’est pas une simple carte-postale remplie de bons mots ni une longue séance de causeries en bikini sur la plage ; le réalisateur quasi septuagénaire lors du tournage réussit – une nouvelle fois – à saisir ces instants captivants et sensibles tournés vers un avenir qui nous accueille et nous enivre passionnément. Au fil des promenades iodées et de la chanson de La Fille du corsaire (vous l’écouterez attentivement…), l’on finit par mesurer l’importance des cinq lettres du verbe aimer.

Conte d’été de Éric Rohmer. Avec Melvil Poupaud, Amanda Langlet, Aurélia Nolin, Gwenaëlle Simon… 2 heures.
Sorti le 5 juin 1996.

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