Critiques

Brooklyn Secret : Être une femme

La question de la représentation de la transidentité au cinéma est un sujet délicat. On le voit d’ailleurs encore en ce moment avec le prochain film de Marie-Castille Mention-Schaar où Noémie Merlant – son actrice fétiche – a été castée pour joué le rôle d’un personnage transgenre. Une polémique qui remet encore sur le devant de la scène le sujet « des act.eurs.rices trans pour jouer des personnages trans ». Dans Brooklyn Secret, cette question ne se pose pas puisque la réalisatrice – et également actrice principale – est une femme trans.

Olivia travaille en tant qu’aide-soignante auprès d’Olga, une vieille dame qui n’a plus toute sa tête. Sans-papiers et vivant dans la peur de se faire expulser alors que la politique de Donald Trump envers les immigrés se durcit, elle arrange un mariage blanc pour obtenir la nationalité américaine. Malheureusement ce mariage ne se fait pas et alors qu’elle se retrouve dos au mur, elle tombe amoureuse du petit-fils d’Olga avec qui elle peut enfin vivre une véritable histoire d’amour.

Brooklyn Secret est le résultat d’une réflexion et d’un besoin de la réalisatrice Isabel Sandoval. Immigrée philippine transgenre, elle a mis du temps à trouver une place dans cette société fragilisé par l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Elle essaie de se battre avec le peu d’armes qu’elle a, son espoir constant et son envie de trouver sa place en tant que nouvelle femme. Aux antipodes des stéréotypes des transgenres philippins, la réalisatrice adopte un style extrêmement sobre et pudique pour délivrer son propos. La question de sa transidentité n’est pas évoquée de suite tout comme la question de l’immigration et de la peur d’expulsion. Sans jamais sombrer dans la colère ni le film politiquement fort, Brooklyn Secret met le doigt sur une peur inscrite dans le pays, celle d’être expulsé, d’être arrêté au coin de la rue ou devant ses enfants dans un pays qui semble avoir oublié qui il est, d’où il vient et comment il s’est construit – à l’image de l’Alzheimer d’Olga -.

https://medias.liberation.fr/photo/1322520-10611346701jpg.jpg?modified_at=1593539341

Ce qui caractérise aussi le film est la relation qu’entretiennent Olivia et Alex (le petit-fils d’Olga). Une relation aussi ambiguë qu’elle est forte. Ils s’aiment mais ne viennent pas du même milieu social et Alex n’est pas au courant qu’Olivia est transgenre. Le moment de la révélation -inopinée- le poussera à commettre l’irréparable, une trahison dont ne se remettra pas Olivia malgré toute la bonne volonté d’Alex pour se rattraper. Portrait d’une relation déchue mais également portrait d’une femme qui ne cède pas à toutes les facilités et garde son intégrité quitte à risquer l’expulsion. Revers également de « l’American Dream » idéalisé par les pays étrangers – et notamment par les Philippines – où tout semble synonyme de succès. La détresse et la fatigue se font ressentir lorsque la mère d’Olivia l’appelle pour prendre des nouvelles et surtout demander quand elle enverra l’argent.

Film sombre et mélancolique sans jamais tomber dans l’excès de son sujet, Brooklyn Secret est un film qui inscrit Isabel Sandoval parmi ces nouvelles voix qui comptent.

Brooklyn Secret d’Isabel Sandoval. Avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Lynn Cohen… 1h29
Sorti le 1er juillet

0 comments on “Brooklyn Secret : Être une femme

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :