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Le Tombeau Des Lucioles : Abandon crépusculaire

Notre rétrospective Ghibli a commencé à s’éloigner des sentiers arborés par Hayao Miyazaki, pour s’intéresser aux autres auteurs de la firme, et surtout son alter-ego tout aussi représentatif des travaux du studio, Isao Takahata. Alors que nous sommes déjà revenus sur Souvenirs Goutte À Goutte, nous nous penchons aujourd’hui sur le premier film que le japonais y a réalisé, Le Tombeau Des Lucioles. Quiconque s’apprêtant à le découvrir se verra souvent entendre la même remarque par les amateurs : « Si tu ne pleures pas devant, c’est que tu n’as pas de cœur ». On aurait voulu leur donner tort, mais une heure trente d’émoi plus tard, le constat est unanime : les larmes sont bien là.

Pour Seita et Setsuko, l’horreur de la guerre n’est qu’à un pas : après un bombardement sur la ville de Kobe qui coûte la vie de leur mère, les deux enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, n’ayant pour seul réconfort que celui qu’ils s’apportent quand le Japon doit se rationner, et que les habitants ne peuvent s’encombrer de deux bouches supplémentaires. La nourriture et le confort de vie viennent à manquer, notamment lorsque Setsuko développe des carences et une anémie. Dans le désespoir de cette situation, Seita va tout faire pour aider sa petite sœur à subsister, et lui épargner les horreurs qui les entourent.

S’il axe son récit sur le sort des enfants, et qu’une empathie naturelle nous anime dès lors qu’il est question de ces jeunes êtres dont l’innocence ne permet pas de réaliser l’ampleur du climat ambiant – innocence que Seita perdra peu à peu -, Takahata ne cède pas à une forme de misérabilisme outrancier. On assiste à la décrépitude, à ces corps qui cèdent à la famine, mais jamais sans justesse. On y voit également la description d’un peuple en lutte. Avant que Seita et Setsuko ne fuient dans leur caverne de fortune animée nuptialement par les lucioles, le foyer dans lequel ils sont recueillis voit ses ressources s’amenuiser, des décisions drastiques se prendre, jusqu’à l’abandon des ces personnes que l’on ne peut plus nourrir. À mesure que les événements empirent, difficile de les contourner, la joie que les enfants parvenaient à extirper de leurs situation, par des choses simples – le plaisir de déguster un bonbon, d’essayer d’attraper les dites lucioles – s’estompe peu à peu. Pour nous laisser avec ce sentiment, impossible à diminuer, que la fin approche, et qu’à partir de maintenant, tout va faire mal.

Alors on observe Setsuko. On la voit dépérir, perdre son âme d’enfant, à mesure que les signes de sa maladie avancent, et que le sort la condamne. On observe Seita lutter en vain, tenter de garder espoir quand la conscience du sacrifice devient pourtant envahissante. Le cœur se tord, chaque image devient insoutenable, par son minimalisme, cette portée symbolique qui n’a besoin que de peu pour nous retourner. Et chaque fois que le souvenir du film refait surface, on pense à cette enfant, portant en elle le poids de tous ces sacrifiés qui n’ont rien demandé d’autre que de vivre, et de ne pas subir les à-côtés d’affrontements, au final, si sordides.

Avec Le Tombeau Des Lucioles, Isao Takahata a une portée internationale. S’il parle de ce qu’il connait, et qu’il est normal que le Japon soit au cœur de son récit, l’horreur guerrière n’a pas de drapeau, et le traumatisme est commun à tous ces rescapés, ces civils qui quels que soient leur pays ou les convictions qu’ont embrassées leurs gouvernements, se retrouvent victimes collatérales de combats qui les dépassent. Ceux qui ont perdu les leurs, les ont vu dépérir, ou ceux qui sont partis seuls, dans l’oubli.

Le Tombeau Des Lucioles, d’Isao Takahata. Avec les voix de Tsutomu Tatsumi, Ayano Shiraishi, Yoshiki Shinohara… 1h29.
Film de 1988, sorti en France le 19 juin 1996.

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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