Été 85 : Passions destructrices

Été 1985, le jeune François Ozon, 17 ans, lit pour la première fois La Danse Du Coucou, roman d’Aidan Chambers, qui va profondément le marquer. Ne pensant alors pas qu’il deviendrait cinéaste, il se prend au jeu d’imaginer à quoi ressemblerait sur grand écran le récit d’Henry et Barry, ces deux jeunes garçons qui vont connaître la passion, la fureur et la désolation amoureuse. 35 ans plus tard, après la carrière qu’on lui connaît, Été 85 est l’accomplissement de ce rêve d’adolescent.

Henry devient alors Alexis, jeune garçon discret, s’apprêtant à commencer son été dans une petite ville normande. Tiraillé entre son père qui souhaiterait qu’il trouve un job saisonnier pour apporter de l’aide au foyer, et sa mère qui veut lui conserver son insouciance, Alexis va partir seul en bateau le temps d’un après-midi, où la mer soudain agitée va lui prêter retors. Dans son embarcation désormais en danger, il est secouru par David (initialement Barry), qui en lui sauvant la vie va aussi faire naître le sentiment amoureux. Désormais inséparables, liés par bien plus que leur passion, les deux garçons vont vivre une histoire teintée de bonheur, de conflits et, comme il est annoncé dès le début de l’intrigue, de mort.

Le destin funeste est omniprésent dans Été 85. Alexis est jugé pour un acte dont on ne nous donne que peu de détails, mais dont on sait qu’il implique le décès de David. Au-delà des insouciances, de la jouissance de leur amour léger et de la découverte de leurs envies mêlées à ces ambiances 80’s bien poussées, l’aura mortifère plane, prête à fondre sur ses personnages lorsqu’elle en sentira l’instant. Ces allures tragiques sont pourtant balayées régulièrement par l’amour entre Alexis et David, leur connexion intense. En cela, les choix de Félix Lefebvre et Benjamin Voisin sont la force motrice du film. L’alchimie entre les deux jeunes comédiens est palpable, et il n’y a aucun moment où l’on ne peut croire en leur relation, les deux offrant à leur rôle une prestation fantastique. Le film respire de cette sincérité, de ces instants que l’on veut vivre à leurs côtés, avant que la tragédie ne s’installe.

Avec Été 85, François Ozon nous présente une vision de cet amour estival éphémère, ces passions que l’on pense éternelles car elles naissent dans des conditions idylliques, mais qui touchent bien rapidement à leur fin, quand la vie reprend son cours. Très vite, Alexis comprend que David n’a pas les mêmes aspirations que lui, et que leur relation est vouée à la déchirure et aux jalousies. Il en vient à questionner ses propres désirs, et sa façon d’avoir idéalisé celui qui a également besoin d’exister. Les disputes, ces moments insoutenables où l’on sent que le cœur explose, servi ici par des dialogues toujours justes et ressentis par les comédiens. Le destin mortifère s’inclut alors dans une continuité, celle du désespoir causé par la rupture, mais qui trouve alors un ultime tournant, celui du lien éternel. L’acte d’Alexis survient alors, beau tant dans son exécution que dans sa force symbolique, acte qui permet alors au jeune homme d’avancer.

Ozon sait parler d’amour, on en a eu maintes fois la preuve, et Été 85 ne fait pas exception. On retrouve nombre d’éléments de ses précédentes œuvres, ainsi que des récurrences dans les thèmes, prouvant que le roman d’Aiden Chambers a fait bien plus qu’influencer cette adaptation. Il renoue avec un ton plus léger après le très grave Grâce À Dieu, et s’impose encore comme ce cinéaste versatile, aux multiples sujets qui ne dérogent jamais de l’humain.

Été 85, de François Ozon. Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Valéria Bruni-Tedeschi…1h40
Sortie le 14 juillet.

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