L’infirmière : quand le désespoir amène la vengeance

Après plusieurs coups d’éclat en festivals, avec notamment le prix du jury de la sélection « Un certain regard » à Cannes en 2016 pour Harmonium, Kōji Fukada revient avec un nouveau drame/thriller psychologique, L’infirmière. Attendu au tournant après un enchaînement de titres appréciés, il fait revenir Mariko Tsutsui, lui offrant ici une belle partition. Suffisant pour convaincre ?

Ichiko (Mariko Tsutsui) est une infirmière à domicile qui semble mener une vie heureuse : elle s’épanouit à son travail, est appréciée de ses collègues comme de la famille Oishi chez qui elle travaille, et elle est sur le point de se marier et de déménager avec son fiancé. Pourtant, tout n’est pas rose et ce dès le début, avec une narration qui annonce d’emblée qu’un événement va troubler ce quotidien. C’est l’enlèvement de la jeune Saki Oishi qui va mettre Ichiko dans l’embarras, malgré son innocence, à la suite de quoi cette dernière va lancer un projet de vengeance.

Fukada étudie le désir de revanche et ce qui peut pousser une personne bienveillante à sombrer. Ici, le schéma est idéal pour cette thématique, un membre du corps médical est censé faire le bien par essence. Tellement idéal qu’il en profite et prend son temps, jouant de son récit non linéaire pour disposer toutes ses cartes, créant ainsi une montée en puissance redoutable. Ce puzzle fonctionne bien à mesure que le film avance, une tension perverse s’installe et tandis que le plan de vengeance des plus pernicieux nous apparaît, notre rapport à Ichiko évolue vers une ambivalence intéressante. On ne sait plus comment la considérer : victime ou manipulatrice ? Entre l’effervescence médiatique qui la ronge et l’enfonce et son côté vil qui ressort peu à peu, on est d’abord touché par ce portrait de femme bafouée avant de nuancer ce ressenti. Au milieu de cette spirale infernale, une passion inassouvie, dont on ne sait jamais vraiment si elle aurait pu voir le jour, qui plane et renforce l’ambiance malsaine qui s’impose progressivement.

On doit ceci à une mise en scène subtile, notamment autour du personnage de Motoko qui hante le cadre souvent, quand elle ne l’occupe pas en étant collée à Ichiko. Leur relation et ses conséquences est finalement le fil rouge du récit, source des troubles psychologiques de l’infirmière déchue sans que cela ne soit trop appuyé. C’est toutefois là que Fukada trouve ses limites. Si la partie vengeance est limpide et aboutie, le cinéaste arpente le chemin de la folie avec moins d’assurance. Il nous montre une femme qui devient instable, en proie à des visions et des comportements imprévisibles, mais l’on ne voit pas vraiment d’évolution ni de sens à ces crises. Elles ajoutent un degré de confusion supplémentaire sans que ce pan soit assez développé pour qu’il soit appréciable. On le ressent particulièrement sur la fin, pénible à arriver et qui perd en impact malgré une dernière séquence très forte, dotée d’un beau clin d’œil à Psychose.

Fukada brille donc mais pas assez fort. Bien aidé par Mariko Tsutsui qui livre une prestation impressionnante, il se perd un peu dans son puzzle à la réalisation pourtant aboutie. Le résultat est un propos affaibli, bien que passionnant à voir se développer sous nos yeux. Sans nous convaincre totalement, il continue de s’inscrire comme un des metteurs en scène japonais les plus intéressants à suivre de sa génération.

L’infirmière de Kōji Fukada. Avec Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sōsuke Ikematsu. 1h51
Sortie le 5 août 2020.

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