C'est au cinéma Critiques

Mignonnes : Early queens

L’adolescence, période de toutes les découvertes et de tous les émois. Période où l’on se cherche, où la quête identitaire bat son plein et où on se laisse aller à toutes les tentations pour explorer ses limites. Avec Mignonnes, Maimouna Doucouré va dresser le portrait d’Aminata, une gamine de 11 ans pleine de vie, qui va s’enfuir dans de nouvelles passions pour échapper à son destin familial.

Issue d’une famille très traditionnelle, et par extension très religieuse, Aminata suit le chemin des femmes de sa maisonnée. Sa mère et sa tante l’éduquent à devenir une bonne épouse destinée à tenir le foyer, mais Aminata rêve d’ailleurs, d’indépendance. Alors que son père, absent, s’apprête à revenir au foyer avec une seconde épouse, Amy voit les pressions familiales s’accentuer. Ce second mariage qu’elle doit aider à préparer est pour elle un nouvel enfermement, qui peu à peu la contraint à son sort. Surtout, elle observe. Elle voit des filles de son âge libérées, les « meufs cools » du collège, qui s’affirment et sur qui rien ne semble avoir d’impact. Amy va alors les idéaliser, et tout faire pour s’en rapprocher.

Ce récit de libération prend sa logique dans le départ vers un sentiment drastiquement opposé à l’enfermement qu’Amy ressent. Pour contraster avec sa situation familiale étouffante, et les responsabilités qui ne sont pas siennes commençant à envahir son esprit, elle s’enfuit, au plus loin. Le monde qu’elle découvre, ses nouvelles copines, tout lui est totalement inconnu, et pour se faire accepter par ces dernières, Amy veut jouer la carte du cool à tout prix. Elle va alors éclore, se découvrir de nouvelles ailes, une capacité à s’intégrer mais également des limites qu’elle n’envisage pas. À 11 ans, il est compliqué de savoir quand s’arrêter, et la pré-adolescence est toujours dans cet entre-deux où l’on veut grandir trop vite. Là où les copines jouent à se donner un genre – mentir sur leur âge pour faire leur effet sur les garçons -, Amy va s’improviser femme, et répondre à une société qui, au final, l’instrumentalise autant que sa famille. En témoigne ce concours où, si finalement elles parviennent à choquer l’auditoire lors de la prestation finale, elles convainquent un jury en se sexualisant dans leurs pas de danse, et ce toujours pour des enfants de 11 ans.

Maimouna Doucouré pose alors la question de l’enfance. Comment grandir sainement, en faisant ses expériences mais en conservant une âme innocente ? Là où les réputations se détruisent en un snap, Amy va découvrir un monde hostile, qui lui tend les bras autant qu’il les déchiquette. Toutes les tentations se présentent, ne sont pas forcément néfastes, mais doivent être jugées avec parcimonie pour en prendre le meilleur sans tomber dans ses excès, ce qu’une enfant n’est aucunement en mesure de juger. Constat acerbe quant aux familles imposant une tradition lourde – ici musulmane, mais qui pourrait venir de toute culture, sociale ou religieuse – et qui en bridant leurs enfants, leur refusant jusqu’à l’explication sur des éléments où la prévention serait de mise, les font tomber dans l’extrême inverse. Les actes d’Amy, au-delà de sa volonté d’être juste une enfant comme les autres et de calquer sa volonté sur ce qu’elle imagine, sont une réaction logique à cette éducation stricte : à ne rien pouvoir faire, on veut tout tenter.

C’est d’ailleurs dans l’évolution des rapports avec sa mère que la résolution s’amorce. Elle aussi totalement bridée par la tante, contrainte à accepter son sort d’épouse flouée et de femme dans une culture où elle n’a que peu de droits, va lentement se réveiller face à la rébellion de sa fille, et également se libérer de son joug familial. Elle accorde alors à Amy le droit le plus fondamental, celui d’être une enfant, d’exister par le prisme de l’innocence et des bêtises, de ne plus être simplement une femme en devenir selon des préceptes qui ne seront pas les siens. Désormais sans contraintes, Amy peut alors choisir quelles seront ses fréquentations, ses jeux, ses limites.

Mignonnes offre un beau portrait de la pré-adolescence. Cette période où l’on veut se sentir adulte, commencer à jouer à des « jeux de grands » avant de se rendre compte que ce n’est pas pour soi. La perte d’une certaine forme d’innocence, ou au contraire ses retrouvailles après l’excès de trop. Dans un grand huit émotionnel où Amy perd pied, elle va se libérer de ses chaînes, s’épanouir, se découvrir, et mieux se retrouver.

Mignonnes, de Maimouna Doucouré. Avec Fathia Youssouf, Medina El Aidi, Esther Gohourou… 1h35
Sortie le 19 août 2020

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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