La jeune fille à l’écho : chronique d’une amitié enfantine éphémère

L’été, c’est souvent la période des premiers émois amoureux, des amitiés temporaires et des sentiments exacerbés. Ceci concerne aussi les enfants, ici au centre du film d’Arūnas Žebriūnas (auteur aussi de La belle), dans une histoire digne d’une fable où pureté, onirisme et déception se mêlent au bord de mer, lors du dernier jour des vacances. Jamais sorti en France, La jeune fille à l’écho fait donc escale sur La Rochelle pour une avant-première, avant sa sortie dans quelques mois.

Le récit commence par nous montrer Vika, jeune enfant qui vit ses derniers moments chez son grand-père, l’été arrivant à sa fin. On la voit en communion totale avec la nature, se baladant avec aisance même nus-pieds sur les cailloux, se baignant nue et accompagnant le remous des vagues en soufflant dans son cor. Le cinéaste offre là une vision d’une pureté éclatante. Cette jeune fille semble magique, intrépide – elle tient tête à une bande de jeunes garçons -, mais profondément seule. La rencontre avec Romas vient alors casser ce sentiment, et elle accorde à ce dernier sa confiance très rapidement, lui confiant même son secret le plus cher : l’existence d’un rocher avec lequel elle joue de l’écho.

Il est intéressant de noter comment le réalisateur fait évoluer sa mise en scène ici. Il opte d’abord pour un style assez simple, réaliste, dans la présentation de cette plage et de cette enfant au milieu d’une nature à l’allure paradisiaque. Il n’hésite pas à jouer de l’astre solaire pour créer des images d’une grande beauté, comme lorsqu’il filme l’enfant en train de nager alors que les rayons du soleil réfléchissent l’eau. Puis, se rapprochant du rocher, il se libère davantage et crée une atmosphère particulière, un sentiment d’irréel. La scène d’écho, pivot du film, donne une dimension presque fantastique au récit. Les cris de Vika sont filmés comme ricochant sur les parois, tel un esprit se baladant, alors que les masses pierreuses montrées ressemblent à des visages ou des animaux, constituant alors un monde fantôme n’existant que par l’imaginaire, qui répond à cette jeune fille esseulée. Ce lien personnel qu’elle entretient avec ce lieu presque sacré (ironiquement appelé Doigt du Diable) est ensuite mis en valeur quand l’on verra Romas la trahir, renforçant l’aspect magique de l’endroit, et donnant même l’impression que la fillette dispose de pouvoirs magiques.

Photo du film La Jeune fille à l'écho - Photo 3 sur 4 - AlloCiné

Car finalement, ce que Žebriūnas montre c’est l’histoire d’une amitié qui s’effrite face aux rivalités du jeune âge. Romas va privilégier la reconnaissance de la bande de kékés des plages à celle de Vika, qui lui ouvre pourtant son cœur. Le cinéaste bascule alors sur lui et ses remords qui grandissent, son envie de revenir en arrière, lui qui comprend mais un peu tard que l’on ne l’y prendra plus à vouloir impressionner une galerie n’en valant pas la peine. Malgré la bonne représentation de ces sentiments, on peut peut-être regretter un certain trop-plein de simplicité dans la mise en scène lors de scènes fortes, notamment la conclusion, qui peine alors à nous faire ressentir la tristesse propre au départ de l’être apprécié. Néanmoins, cela suinte aussi la sincérité, l’idée qu’il ne s’agit là que d’une tranche d’été avec les bons comme les mauvais moments qui la parsèment.

La jeune fille à l’écho est donc une oeuvre belle, mignonne et solaire. Questionnant les relations enfantines estivales, le cinéaste lituanien parvient à nous offrir un beau voyage teinté de poésie et de désillusion. On sent une véritable foi dans les enfants pour porter cette fable sur l’importance de rester fidèle à soi-même et ses sentiments, quitte à ne pas être intégré dans un groupe en réalité malveillant. On finit charmé par la prestation de Lina Braknyte, très forte, avec un certain sentiment de mélancolie à l’idée de la quitter, elle qui par son caractère rayonnant et son aura aussi pure que féerique remplit même le cœur le plus cynique d’une chaleur bienvenue.

La jeune fille à l’écho de Arūnas Žebriūnas. Avec Lina Braknyte, Valeri Zoubarev, Bronius Babkauskas… 1h05
Sortie le 2 septembre 2020 (première sortie française, film sorti en 1964 en URSS)

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