Outrage : Dire sans jamais montrer

Outrage est une petite rareté pour les années 50 auquel on n’a pas assez prêté attention et ça tombe bien, le film ressort dans les salles le 9 septembre prochain. L’occasion de revenir sur un film qui a su détourner le Code Hays pour évoquer un sujet tabou à cette époque : une femme victime de viol et ses traumas. Fait rare d’autant plus qu’il a été réalisé par une femme, Ida Lupino, qui offre un regard plein de tendresse et de compassion.

Dans une petite ville d’Amérique, Ann Walton est une jeune comptable appréciée de tous et bientôt mariée à Jim Owens. Un soir, Ann est victime d’un viol qui la laisse totalement traumatisée. Incapable de reprendre le cours de sa vie, elle fuit sa ville pour essayer de reconstruire quelque chose ailleurs, mais les traumatismes sont toujours présents et vont compliquer son intégration dans cette nouvelle ville.

Pour contextualiser, le film d’Ida Lupino est sorti en 1950 alors que le code Hays (un code de censure appliqué entre 1934 et 1966) bat son plein et pousse les réalisateurs à trouver des subterfuges pour passer entre les mailles du filet. Évidemment toute question de viol – ou plus généralement de sexualité – est prohibée à l’écran. C’est ainsi qu’Outrage ne fait que suggérer tout ce qui s’est passé. Lorsqu’Ann subit son viol, on ne voit strictement rien, le mot n’est même pas évoqué. Et c’est dans ces moments-là qu’on admire toute la maestria de la réalisatrice qui amène intelligemment son moment critique. Des ruelles sombres, une jeune femme seule et un homme qui la suit. Rien n’est anodin, la tension se crée petit à petit. Ann court à travers les rues pour échapper à cet homme, tambourinant aux portes sans jamais trouver d’aide, se cachant entre les camions avant de tomber nez à nez avec son ravisseur. Ann tombe dans les pommes mais on devine aisément ce qui s’est passé lorsqu’elle rentre chez elle, titubant et incapable d’aligner deux mots devant ses parents.

Outrage (1950) – MUBI

Le coupable du viol devient très vite une donnée secondaire puisqu’il s’agit de suivre Ann et sa reconstruction. Lorsqu’elle décide de retourner au travail, elle croit faire face à un monde hostile qui la dévisage, la juge et parle derrière son dos. Tout lui rappelle cette agression, que ce soit un homme qui vient lui parler, le motif des barrières (endroit où elle a été agressée) qui revient sans cesse, le bruit du bout des doigts qui tapent contre la table, lui rappelant les pas de son agresseur.. Or, ce sont évidemment ses traumatismes qui lui font croire tout ça. Sa paranoïa est telle qu’elle ressent le besoin de partir sans prévenir personne, quitte à annuler son mariage avec Jim à qui elle dit qu’elle ne veut plus qu’il la touche (une réaction normale qu’il refuse d’écouter, lui suppliant de se marier avec elle de suite pour partir refaire leur vie au loin). Nouvelle ville, nouvelle femme qui tente de s’acclimater tout en cachant son passé mais malheureusement, enfouir un traumatisme n’est jamais une bonne solution, si bien que tout ceci va la pousser à commettre l’irréparable. Ann sera celle qui portera l’étiquette du bourreau, celle dont on a peur et celle qu’on juge. Cette affaire se conclue sur un monologue du prêtre de la ville qui pointe avec justesse les problèmes de la société, ce qu’elle engrange et comment elle se déleste de toute responsabilité.

Outrage est dénué de toute superficialité, que ce soit au découpage, au scénario ou à la mise en scène. Pourtant le film résonne grandement lorsqu’il s’agit de cette femme, perdue dans une société qu’elle ne reconnaît plus et dont elle a peur. Ida Lupino s’attarde sur ce chemin personnel à mener pour guérir d’un traumatisme et retourner à une vie normale.

Outrage, d’Ida Lupino. Avec Mala Powers, Robert Clarke, Tod Andrews…1h15
Film de 1950, ressortie en salles le 9 septembre 2020

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