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[DEAUVILLE 2020] Holler : Avenir rouillé

Si nous vous parlions du Festival de Deauville qui se fait vitrine de l’état de l’Amérique dans le documentaire Deauville et le rêve américain, il faut dire que les récits d’émancipation sont monnaie courante. D’autant plus maintenant qu’elles s’ancrent dans la politique de Donald Trump qui, durant les Présidentielles, promettait de donner du boulot à tout le monde. Désillusion absolue que l’on découvre dans Holler, premier film de Nicole Riegel.

Nous sommes en plein hiver et le temps semble suspendu pour Ruth et son frère qui tentent de survivre jour après jour sans que rien ne change. Alors que les perspectives d’avenir pour la jeune fille sont limitées, c’est finalement un courrier lui annonçant son admission à la fac qui va peut-être lui offrir une porte de sortie, contrebalancée par des frais de scolarité impossibles à avancer pour ceux qui peinent déjà à payer loyer et eau. Avec un père absent et une mère en prison qui refuse d’aller en désintoxication, le quotidien de ces enfants obligés d’être adultes est compliqué. Ruth se retrouve à travailler avec son frère pour une bande de ferrailleurs illégaux et se frotte dangereusement à la mort pour essayer de s’en sortir.

Holler est le genre d’histoire qui existe par la puissance d’interprétation de son actrice principale. Bien qu’elle ne soit pas la seule comédienne du film, elle est le centre de gravité d’un récit qui doit parler en filigrane des laissés pour compte. Jessica Barden remplit admirablement ce rôle, et donne à son personnage une densité assez épatante. Holler parle de l’épuisement d’un pays, de ses habitants qui sont voués à survivre. L’absence des parents, et la vie de Ruth et Blaze mettent en avant cet appel à l’aide et un certain dégoût face à une société qui les éprouve. C’est entre autres le poids que souhaite dénoncer sa réalisatrice, à travers une lycéenne qui doit se salir les pattes et un frère qui n’a jamais eu la possibilité de saisir une voie qui lui correspond.

La caméra est toujours proche de Ruth, on éprouve avec elle une multiplicité de sentiments par le résultat de ses péripéties. On souffre en même temps qu’elle d’un choix à faire qui l’obligerait à abandonner son frère. Le film joue sur une certaine dissonance cognitive, à l’image du moment où l’on voit, par exemple, Trump dire que les américains retrouvent du travail après une scène de licenciement et de délocalisation de l’usine où travaille Blaze. Car oui, la ville semble appartenir à une capsule temporelle. Le spectateur prend un temps fou avant de comprendre que le film est contemporain, tant le grain de la pellicule traduit à merveille une ville à l’agonie, entre autres. L’activité de ferrailleurs que vont occuper Ruth et Blaze en dit long sur cette ville qui ne crée plus mais récupère ses déchets. Hark, le patron des ferrailleurs est un exemple de l’homme aliéné par cette ville, où il est seulement question de survie.

L’éducation d’étudiants défavorisés est un sujet important dans le cinéma indépendant actuel, et Holler en fait partie car le sujet est en réalité de plus en plus flagrant. Tous les choix sont faits pour en faire un film plaisant et bien écrit. Cependant, le film reste du déjà-vu, et ne parvient pas à être assez impactant dans sa réalisation et dans son style pour pleinement convaincre.

Holler, de Nicole Riegel. Avec Jessica Barden, Gus Halper, Austin Amelio… 1h30
Sortie prochainement.

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