Deauville 2020 Festivals

[DEAUVILLE 2020] Sophie Jones : Aime-moi

Les portraits de femmes ont toujours eu une place de choix dans le Festival de Deauville, que ce soit cette année avec The Assistant ou l’année dernière avec American Woman. Et c’est en compétition que l’on retrouve Sophie Jones ou l’histoire d’une jeune fille qui, pour faire le deuil de sa mère, se perd dans diverses relations sexuelles sans véritables envies ni attaches. Un film fort qui dépeint avec énormément de justesse ce qu’est la sexualité à l’adolescence, mais également l’amour et la famille lorsque l’on traverse un deuil.

À seulement 16 ans, Sophie Jones doit faire face à la mort prématurée de sa mère. Un deuil qu’elle n’arrive pas à faire, si bien que pour ressentir ne serait-ce qu’une chose, elle se lance à corps perdu dans des relations sans lendemain. Un comportement qui va doucement l’éloigner des seules personnes qui l’aiment réellement, avant qu’elle ne se rende compte que ces moments charnels sont vains et ne combleront jamais ce que le véritable amour peut offrir.

Le processus de deuil peut prendre diverses formes selon les personnes : la dépression, l’alcool, la drogue, la violence mais pour Sophie c’est le sexe. Vivre au jour le jour, faire des préliminaires avec un garçon, coucher avec un autre, embrasser son meilleur ami déjà en couple… Sophie se fiche des règles et de la bien-pensance, contrairement à sa meilleure amie qui se rend bien compte que ce comportement n’est pas normal. Mais qu’à cela ne tienne, Sophie trouve un échappatoire dans ces moments intimes qui ne lui apportent en réalité aucun plaisir (ce dont elle se rend compte lorsqu’elle couche pour la première fois avec un garçon qui n’en a que faire de son bien-être ou son plaisir). C’est un long processus qui s’opère pour Sophie qui, au fur et à mesure, se rend compte que ce n’est pas ce qui lui permettra d’être heureuse et encore moins de faire son deuil.

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Les films qui font traverser un deuil à leur héroïne par la sexualité sont assez rares, d’autant plus par le prisme de l’adolescence. Le récit pourrait tomber dans la morale bien pensante voulant que les relations d’un soir n’aient rien de sérieux ou raisonnables – encore moins lorsqu’on est adolescentes -, mais il évite soigneusement cet écueil en laissant justement son héroïne vivre. On la découvre dans une scène d’ouverture où elle sent les vêtements de sa mère, touche ses cendres et va même jusqu’à les mettre à sa bouche. Sophie a besoin de sentir les choses, de les expérimenter pour se convaincre d’être encore vivante. Cette idée des sens revient souvent, que ce soit lorsqu’elle touche le sol en étant allongée, quand elle goûte son propre sang alors qu’elle saigne après s’être rasée ou lorsqu’elle se retrouve sur la plage pour un dernier au revoir à sa mère.

La sexualité est abordée de manière très directe. On a là par exemple le moment où Sophie veut faire une fellation à un garçon ou quand elle annonce à un autre qu’elle veut perdre sa virginité. Ces quelques situations amènent inévitablement leur lot de couacs, les faux pas, l’hésitation, la peur mais aussi la douleur. Une représentation très juste qui n’essaie jamais de romantiser la chose, bien au contraire. Le long-métrage surprend également lorsqu’il s’agit de l’entourage de Sophie. On pourrait supposer une situation familiale loin d’être au beau fixe et pourtant c’est totalement l’inverse : sa sœur est aimante et partage beaucoup de choses avec elle, sa meilleure amie est d’un soutien sans faille et son père fait tout pour que ses filles soient heureuses. Alors pourquoi Sophie irait-elle se perdre dans des aventures fugaces ? Parce que c’est une adolescente, qu’à son âge il est normal d’essayer des choses, de découvrir son corps et celui des autres. Parce que si ça lui permet de faire son deuil il s’agit là de son choix et ses envies. Parce qu’il n’y a rien de mal à coucher avec des garçons. Les expérimentations et erreurs qui les accompagnent sont une étape logique du processus de la vie. Sophie s’en rendra d’ailleurs bien compte lorsque son père décide de s’inscrire sur un site de rencontres, un an après la mort de sa femme. Une page se tourne, elle est difficile certes mais nécessaire pour pouvoir reprendre le dessus sur la vie. Une reprise de pouvoir que Sophie effectue aussi par sa sexualité lorsqu’elle dit notamment à sa meilleure amie qu’elle se sent forte lorsqu’elle fait une fellation car elle pourrait « mordre sa bite si elle le voulait« . C’est d’ailleurs elle qui est toujours l’instigatrice, qui va chercher un garçon pour un rendez-vous arrangé, qui tente d’embrasser son meilleur ami… Une prise de pouvoir en contradiction avec Sophie qui, lorsqu’elle se retrouve toute seule, se met à pleurer sa solitude et à parler à sa mère de ses nombreuses aventures comme si elle cherchait son approbation.

Sophie Jones fait définitivement partie des coups de cœur de cette 46e édition du Festival de Deauville. Un film sur l’adolescence, le deuil mais aussi – et peut-être avant tout – sur la sexualité d’une jeune fille, qui l’explore sans limites. Un film aussi sincère qu’il est doux et bienveillant avec son personnage.

Sophie Jones de Jessie Barr. Avec Jessica Barr, Claire Manning, Charlie Jackson… 1h25
Sortie prochainement

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