Critiques

[DEAUVILLE 2020] Shiva Baby : Journée mortifère

Jusque là, il faut dire que la joie n’était pas forcément au rendez-vous pour ce 46e Festival de Deauville. Des perspectives d’avenir peu prometteuses dans Holler, la désillusion de l’American dream dans Minari ou encore les pressions psychologiques dans The Assistant. Alors, quand une comédie arrive enfin, on ne va pas dire non à une petite bouffée d’air frais même si derrière les rires qu’il provoque, Shiva Baby est aussi un portrait de femme tiraillée par les attentes autour d’elle, les cases dans lesquelles elle devrait rentrer mais qu’elle renie une à une lors d’un rituel juif entourée de toute sa famille, ses amis… et un homme marié avec qui elle a l’habitude de coucher.

Danielle est une jeune fille en terminale qui entretient des relations sexuelles tarifées avec Max. Un après-midi, la voilà à une Shiva (un rituel juif effectué après le décès de quelqu’un) avec ses parents un peu névrosés mais surtout avec le reste de la famille et des amis de la famille qui ne voient pas d’un très bon œil la direction que prend la vie de Danielle. Alors qu’elle pense que ça ne pourrait pas aller plus mal, voilà que débarque Max et surprise… il a une femme et un bébé ! Une journée qui risque d’être bien longue et non sans risque pour Danielle.

Nous avions déjà évoqué la sexualité chez les adolescentes avec Sophie Jones, qui l’utilisait pour essayer de faire son deuil, et ici le ton est très vite donné, dans une scène de sexe qui ouvre le métrage, avant que Danielle ne retrouve ses parents devant la maison. Le père un brin fantasque arrive avec son van rempli d’affaires, ne retrouve jamais ses affaires et oublie tout ce qu’on lui dit, ce qui a le don d’énerver sa femme sur son 31 qui demande sans cesse à sa fille si elle est présentable. Une situation déjà bien gênante pour Danielle alors qu’arrive au loin une certaine Maya. Le malaise est définitivement installé. On ne sait pas encore pourquoi mais on a déjà hâte de connaître la suite.

Shiva Baby | Film Threat

Une fois le pas de la porte passé, Danielle se retrouve coincée dans une maison où tous les regards fusent vers elle. Huis clos mortifère où la tristesse côtoie l’angoisse grandissante de l’héroïne. La voilà assaillie de questions sur son poids, ses études – qu’elle n’évoque que très rapidement et avec très peu de détails pour éviter un interrogatoire trop long -, sa vie amoureuse et ses perspectives d’avenir. À côté de ça, les murmures des vieilles tantes derrière ne cessent de la comparer à Maya qui elle va en fac de droit et semble promise à un avenir radieux. Bonne ambiance me direz vous ? Attendez de voir débarquer le fameux Max, sa femme et son bébé pleurnichard. La goutte d’eau de trop pour Danielle qui ne peut que subir cette longue après-midi. Malheureusement pour elle – mais pour notre plus grand plaisir -, les situations cocasses s’enchaînent entre la femme de Max qui lui propose de s’occuper de leur bébé, un problème de collant qui la met dans une situation embarrassante lorsqu’elle se baisse pour ramasser quelque chose ou encore lorsqu’elle perd son téléphone portable et que son amie Maya tombe sur son petit trafic de relations tarifées.

Pourtant derrière cet humour noir se cache un véritable mal-être chez Danielle qui ne sait absolument pas où elle va ni même ce qu’elle voudrait faire de sa vie. Elle qui s’est dit qu’avoir ce genre de relations lui permettrait de se faire de l’argent facilement tout en se sentant aimée le temps d’un instant. Elle vit aussi dans la peur. Peur de décevoir ses parents qui fondent énormément d’espoir en elle, celle aussi de se faire juger constamment par ceux qui réussissent mieux, sans oublier sa sexualité car on découvre rapidement que Maya et Danielle ont été plus que de simples amies dans le passé. Un poids d’autant plus important qu’elle est juive – même si cet aspect est très peu évoqué -.

L’adolescence est un âge bien ingrat et Danielle va en faire l’amère expérience au cours d’une après-midi mouvementée où notre héroïne va devoir prendre le dessus pour s’affirmer. Ne pas savoir ce qu’on veut faire de sa vie n’est pas une tare, loin de là. Totalement étrangère à toute bienséance, Danielle est une jeune fille incroyablement attendrissante dans ses erreurs et sa désinvolture. Le tout présenté dans un film à l’humour fin, aux situations tantôt drôles et tantôt tristes jusqu’à un final réunissant toute cette joyeuse bande dans un malaise hilarant.

Shiva Baby de Emma Seligman. Avec Rachel Sennott, Molly Gordon, Polly Draper… 1h17
Sortie prochainement

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