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[DEAUVILLE 2020] The Nest : (false) gothic romance

Le capitalisme… cet univers impitoyable. Le Festival de Deauville s’y est très peu intéressé cette année, préférant se concentrer sur des portraits d’hommes et de femmes de la petite classe et des adolescents en proie aux doutes. Mais c’était sans compter sur Jude Law qui incarne dans The Nest un ambitieux entrepreneur qui fait tout quitter à sa famille pour tenter sa chance ailleurs.

Rory ne voit aucune perspective d’avenir aux Etats-Unis, là où il réside depuis des années avec sa famille. Un beau matin, en apportant le café à sa bien-aimée, il lui annonce qu’il veut changer de vie et changer de pays. Quitter les Etats-Unis et leur confort pour refaire leur vie en Angleterre. D’abord réticente, elle finit par accepter et la voilà partie avec les enfants dans un manoir au beau milieu de la campagne. Mais derrière ces belles promesses de renouveau financier et social, Rory est un menteur compulsif.

The Nest s’évertue à poser une multiplicité de pistes à développer, et le fait avec soin. Premièrement dans l’ambiance du manoir, où les effluves victoriennes envahissent le cadre et font peser sur les personnages un climat mortifère. En y ajoutant la métaphore de la terre brûlée, qui annihile la vie animale alentour, on pourrait penser à une relecture de Hill House, à un film qui joue sur ses ressorts d’épouvante, l’emprise d’un lieu qui va perturber spectralement les actes des personnages. Lorsque Rory déclare, d’ailleurs, que le manoir a autrefois appartenu à Led Zeppelin, on peut penser à cette fameuse demeure d’Aleister Crowley qu’a tant convoitée Jimmy Page, théâtre de tous les mystères occultes autour de la bande anglaise. Une mise en place longue, soignant sa forme, qui propose beaucoup pour finalement ne développer que peu, et qui va totalement nous laisser sur notre faim.

C’est en effet la montée en puissance de Rory, s’évertuant avec malice à mentir à son épouse, Allison, mais aussi à ses collaborateurs, et perdant progressivement son aura à mesure qu’il ne concrétise pas sur le terrain ses capacités auto-proclamées, qui va être au cœur du récit. Point de fantastique malgré les métaphores fantasmagoriques, mais une histoire où l’ennemi est l’humain. L’homme oppresseur, faisant peser sur son épouse le poids de ses décisions, de ses mensonges et de son train de vie bien au-dessus des moyens réellement à sa disposition. Une prise de conscience pour Allison, qui va décider de reprendre soudainement le contrôle et de faire face aux manipulations de son époux.

Et vous nous direz que peu importe la promesse tant le sujet final peut s’avérer passionnant. L’exposition excessivement longue terminée, c’est le début des coups d’éclat, où Carrie Coon explose, et où ce pauvre Jude Law se fait tout petit face au courroux féminin qui l’anéantit. Mais le plaisir disparaît vite, à l’image du métrage qui, alors qu’il nous propose enfin quelque chose d’intéressant, se termine brusquement. Flemmardise de Sean Durkin, qui visiblement aime se complaire dans l’exposition interminable. Alors on reste circonspect, quand aucun climax n’est offert, et que son absence ne relève pas d’un choix de mise en scène approprié.

Au moment où ces lignes sont écrites, The Nest vient de gagner le prix de la Critique, de la Révélation, ainsi que le Grand Prix du jury. Récompenses incompréhensibles tant nous sommes face à un film totalement anecdotique, qui flirte avec le genre pour juste lui pomper son imagerie – autant dire que les plus énervés seront les amateurs, qui se sentiront dépossédés d’un cinéma qui peine déjà à être représenté -, et qui n’amorce son sujet que pour le conclure à la va-vite. Un emballage bien joli, mais pour un fond plus que vain.

The Nest, de Sean Durkin. Avec Jude Law, Carrie Coon, Rose Garnett… 1h47.
Sortie prochaine.

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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